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’Accord provisoire’ entre le Vatican et la Chine sur la nomination d’évèques

jeudi 27 septembre 2018, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/09/22/accord-provisoire-entre-le-vatican-et-la-chine-sur-la-nomination-d-eveques_5358821_3216.html


� Accord provisoire � entre le Vatican et la Chine sur la nomination d��v�ques

Pr�sent� comme imminent depuis deux ans, � l�accord provisoire � sur la nomination d��v�ques est le fruit de n�gociations qui durent depuis des ann�es.

LE MONDE | 22.09.2018 � 14h14 � Mis � jour le 24.09.2018 � 08h04

Fr�d�ric Lema�tre et C�cile Chambraud

Photo : Le pape Fran�ois rencontrant un groupe de catholiques chinois, le 18 avril, au Vatican.

Le Vatican a annonc� par un communiqu�, samedi 22 septembre, la signature, � P�kin, d�un � accord provisoire � avec la R�publique populaire de Chine � sur la nomination des �v�ques �. Plusieurs fois pr�sent�e comme imminente depuis deux ans, cette annonce est le fruit de n�gociations qui durent depuis plusieurs ann�es entre le Saint-Si�ge et P�kin.

Pour le Vatican, l�accord vise � rem�dier � la division des catholiques chinois entre une Eglise officielle �troitement contr�l�e par le pouvoir chinois, dont sept des �v�ques ne sont pas reconnus par Rome, et une Eglise � souterraine �, dont les trente �v�ques ne sont pas reconnus par P�kin. La politique du Saint-Si�ge a consist�, ces derni�res ann�es, � favoriser l�unit� de ces communaut�s � officielle � et � clandestine �. Mais elle ne va pas sans susciter des critiques dans certains secteurs de l�Eglise, qui craignent que les catholiques fid�les � Rome dans les plus grandes difficult�s en fassent les frais.

Le communiqu� du Vatican dit que cet � accord provisoire � a �t� sign�, pour le Saint-Si�ge, par le sous-secr�taire pour les relations avec les Etats, Mgr Antoine Camilleri, et, pour P�kin, par Wang Chao, ministre adjoint des affaires �trang�res. Le caract�re provisoire, est-il pr�cis�, laisse entrevoir � la possibilit� d�un r�examen p�riodique de son application �. N�anmoins affirme le Saint-Si�ge, � il cr�e les conditions d�une meilleure collaboration bilat�rale �. � L�espoir partag� est que l�accord puisse favoriser un processus de dialogue institutionnel fructueux et tourn� vers l�avenir et puisse contribuer positivement � la vie de l�Eglise catholique en Chine, au bien commun du peuple chinois et � la paix dans le monde. �

� Ce n�est pas la fin d�un processus, c�est le d�but �, a comment� Greg Burke, le porte-parole de la salle de presse du Vatican. Pietro Parolin, le secr�taire d�Etat (num�ro 2) du Vatican, a expliqu� pour sa part que dans cet accord, � l�objectif du Saint-Si�ge est pastoral, c�est-�-dire d�aider les Eglises locales pour qu�elles jouissent d�une situation de plus grande libert�, d�une plus grande autonomie, de la possibilit� d�une meilleure organisation et qu�ainsi elles se consacrent � l�annonce de l�Evangile �.

Il s�agit donc, pour les signataires, d�un premier pas, qui porte uniquement sur les nominations d��v�ques. Celles-ci cristallisent les tensions entre les deux signataires. Pour le Saint-Si�ge, qui n�entretient pas de relations diplomatiques avec la R�publique populaire de Chine depuis l�expulsion du nonce, en 1951, et le transfert de l�ambassade � Taipeh (le Vatican est l�un des derniers Etats � entretenir des relations diplomatiques avec Taiwan), le choix des �v�ques par le pape est la condition de l�exercice de la libert� religieuse. Pour P�kin, permettre � une autorit� ext�rieure de nommer souverainement des responsables est inconcevable.

Notre reportage  : En Chine, les catholiques aspirent � l�unit�

Politique de � sinisation � des religions

Depuis 1957, la Chine entretient une � association catholique patriotique � qui nomme des �v�ques et ne reconna�t pas l�autorit� de Rome. Depuis 2010, l�Eglise officielle a nomm� sept �v�ques non reconnus par le Vatican, et Rome une trentaine d��v�ques non reconnus par P�kin. Mais certains des �v�ques nomm�s par l�Eglise officielle auraient secr�tement demand� et obtenu l�accord de Rome. Deux Eglises donc pour une communaut� estim�e � une dizaine de millions de croyants.

Samedi, en d�but d�apr�s-midi, un second communiqu� du Vatican a annonc� qu�� afin de soutenir la proclamation de l�Evangile en Chine �, le pape Fran�ois avait � d�cid� de r�admettre dans la communion eccl�siale �, c�est-�-dire de reconna�tre, les sept �v�ques � officiels � ordonn�s sans son accord.

D�s le d�but de son pontificat, le pape Fran�ois a multipli� les signes de bonne disposition envers le pouvoir chinois. Elu un jour avant Xi Jinping, en mars 2013, il avait �crit au dirigeant chinois trois jours plus tard. Une premi�re r�union entre une d�l�gation chinoise et des repr�sentants du Saint-Si�ge avait eu lieu � Rome en juin 2014. Elle a �t� suivie de plusieurs autres, alternativement au Vatican et � P�kin. A plusieurs reprises, le pape Fran�ois a exprim� son d�sir de pouvoir se rendre un jour en Chine. Apr�s trois ans sans ordination, le 4 ao�t 2015, avait eu lieu la premi�re ordination du pontificat de Fran�ois, Joseph Zhang Yilin, � Anyang, dans le Henan, choisi par P�kin et approuv� par Rome (mais sans communication officielle du Vatican). Les trois �v�ques qui pr�sidaient � son ordination avaient eux-m�mes �t� reconnus par le Vatican.

Mais parall�lement, la pression du pouvoir chinois sur les communaut�s catholiques n�a cess� de cro�tre sous l�influence de la politique dite de � sinisation � des religions. Si le r�gime communiste m�ne une r�pression impitoyable contre les Ou�gours, des musulmans install�s depuis des si�cles au Xinjiang, allant jusqu�� en enfermer pr�s d�un million dans des camps de redressement, selon plusieurs estimations, il s�en prend �galement aux autres cultes. La campagne de � sinisation � des religions relanc�e en 2016 a abouti � la fermeture voire � la destruction de nombreux lieux de culte catholiques et protestants, � la destruction de milliers de croix et de bibles et � la pers�cution d�un certain nombre d�eccl�siastiques, voire de fid�les.

Photo : Un cierge d�cor� d�un verset de la Bible lors d�une messe � cath�drale de l�Immacul�e conception de P�kin, le 22 septembre.

� Un p�rilleux r�ve chinois �

Avant m�me d��tre conclu, l�accord entre le Vatican et P�kin �tait comment� dans la presse chinoise. Dans un �ditorial, le quotidien nationaliste, le Global Times, se f�licitait d�s le 19 septembre de l�accord en vue. � S�il se mat�rialise, l�accord constituera un progr�s substantiel dans les relations Chine-Vatican. C�est une bonne chose non seulement pour les Eglises catholiques en Chine mais aussi pour le d�veloppement du catholicisme �, �crivait le journal.

Dans le m�me quotidien, Marcelo Sanchez Sorondo, �v�que argentin et actuel chancelier de l�Acad�mie pontificale des sciences et de l�Acad�mie pontificale des sciences sociales, qualifie samedi de � bruyante minorit� � les opposants � l�accord. � Selon notre interpr�tation, les critiques sont une petite minorit� de gens, des gens qui voulaient cr�er des troubles �, ajoutait ce proche du pape Fran�ois, qui, selon le quotidien, se trouvait ces derniers jours dans la province du Shaanxi pour participer � un colloque international sur les transplantations d�organes. L�un des plus oppos�s � un accord est l��v�que �m�rite de Hongkong, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun. Selon lui, un accord entre Rome et P�kin se ferait n�cessairement au d�triment de l�Eglise souterraine.

En revanche, l��crivaine italienne Ilaria Maria Sala rappelle dans le South China Morning Post, le quotidien de Hongkong, o� elle vit, qu�il y a quatre ans, lorsque P�kin avait autoris� l�avion pontifical � survoler la Chine alors que le pape Fran�ois se rendait en Cor�e, celui-ci avait remerci� Xi Jinping et adress� � la nation chinoise � la b�n�diction divine de paix et de bien-�tre �. Mais pour l��crivaine, dans les circonstances actuelles de r�pression du fait religieux en Chine, le pape a choisi � un p�rilleux r�ve chinois �.