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Le Panama révoque le pavillon de l’Aquarius sous la pression du gouvernement italien

COMMUNIQUÉ DE PRESSE de SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières

lundi 1er octobre 2018, par siawi3

Source : https://www.msf.fr/communiques-presse/le-panama-revoque-le-pavillon-de-l-aquarius-sous-la-pression-du-gouvernement-italien

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Le Panama révoque le pavillon de l’Aquarius sous la pression du gouvernement italien

23 SEPTEMBRE 2018 - MIS À JOUR LE 24 SEPTEMBRE 2018

par SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières

Les autorités maritimes du Panama ont annoncé à SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières (MSF) avoir été forcées de révoquer l’enregistrement du navire de secours en mer Aquarius.

Cette révocation résulte de la pression économique et politique flagrante exercée par le gouvernement italien et condamne des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants en fuite à rejoindre le cimetière marin qu’est devenu la Méditerranée. Elle porte un coup violent à la mission humanitaire vitale de l’Aquarius, le seul navire de recherche et de sauvetage non gouvernemental encore présent en Méditerranée centrale. Nos deux organisations demandent aux gouvernements européens d’autoriser l’Aquarius à poursuivre sa mission en intercédant auprès des autorités panaméennes et en réaffirmant que les menaces de rétorsion formulées à leur égard par les autorités italiennes sont infondées, ou en lui délivrant immédiatement un nouveau pavillon sous lequel naviguer.

Le samedi 22 septembre, l’équipe de l’Aquarius a été choquée d’apprendre qu’une communication officielle émanant des autorités panaméennes indiquait que le gouvernement italien les avait exhortées à prendre des « mesures immédiates » contre l’Aquarius. Le message des autorités maritimes du Panama expliquait alors que « malheureusement, il faut qu’il [l’Aquarius] soit exclu de notre registre, car maintenir ce pavillon impliquerait de sérieuses difficultés politiques pour le gouvernement panaméen et pour la flotte panaméenne qui travaille dans les ports européens ». Cela intervient en dépit du fait que l’Aquarius répond à toutes les normes maritimes en vigueur et qu’il respecte scrupuleusement les spécifications techniques exigées par les autorités du Panama.

Les deux organisations humanitaires dénoncent ces actions comme une preuve supplémentaire du jusqu’au-boutisme du gouvernement italien qui choisit sciemment de laisser les gens se noyer en mer Méditerranée, et cherche à se débarrasser des derniers témoins de ces naufrages.

Depuis le début de l’année, plus de 1 250 personnes se sont noyées alors qu’elles essayaient de traverser la Méditerranée centrale. Ceux qui tentent la traversée à présent ont trois fois plus de risque de se noyer que ceux qui ont fait le même trajet en 2015. Le nombre réel de décès est probablement beaucoup plus élevé, les autorités ou les agences des Nations unies n’étant pas témoins de toutes les noyades. Cela a été clairement mis en évidence lors du naufrage survenu au début du mois de septembre au large des côtes libyennes, où plus de 100 personnes se sont noyées.

Pendant ce temps, les garde-côtes libyens, soutenus par l’Europe, continuent d’intercepter dans les eaux internationales entre l’Italie, Malte et la Libye un nombre croissant de personnes fuyant la Libye, les privant de leur droit à débarquer dans un lieu sûr, comme l’exige le droit international maritime et le droit international relatif aux réfugiés. Ces personnes vulnérables sont renvoyées dans un dangereux système de détention en Libye, où plusieurs centres de détention sont d’ailleurs actuellement touchés par les violents combats qui se déroulent à Tripoli, la capitale.

L’annonce des autorités maritimes du Panama est parvenue à l’Aquarius alors que ses équipes étaient engagées dans une opération active de recherche et de sauvetage en Méditerranée. Au cours des trois derniers jours, l’Aquarius a porté assistance aux passagers de deux bateaux en détresse et compte maintenant 58 rescapés à son bord. Plusieurs d’entre eux sont dans un état de détresse psychologique, épuisés par les expériences traumatisantes vécues en mer et en Libye Ces rescapés doivent être rapidement débarqués dans un port sûr conformément au droit international maritime.

Tout au long de son opération de sauvetage actuelle et au cours de toutes les opérations précédentes, l’Aquarius a maintenu une transparence totale sur ses actions, intervenant sous les instructions des centres de coordination maritimes et respectant les conventions maritimes internationales en vigueur.
SOS Méditerranée et MSF insistent de nouveau sur le fait que l’Aquarius doit être autorisé à poursuivre sa mission de secours humanitaire. Elles exigent que les gouvernements européens lui attribuent un nouveau pavillon ou qu’ils intercèdent auprès des autorités panaméennes, leur confirmant que les menaces de rétorsion formulées par le gouvernement italien sont infondées.

SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières (MSF)

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Source : https://www.courrierinternational.com/article/le-panama-retire-son-pavillon-laquarius-2-le-dernier-bateau-dong-en-mediterranee

Le Panama retire son pavillon à l’“Aquarius 2”, le dernier bateau d’ONG en Méditerranée

lundi 24 septembre 2018,

par LA REPUBBLICA

Les autorités panaméennes ont annoncé leur intention de retirer son pavillon au bateau Aquarius 2. SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, qui affrètent le bateau, dénoncent des pressions du gouvernement italien.

La nouvelle est tombée samedi 22 septembre, rapporte La Repubblica : l’Aquarius 2, “le bateau avec lequel SOS Méditerranée et Médecins sans frontières [MSF] mènent à bien depuis plus de deux ans leur mission humanitaire, a été rayé du registre naval du Panama. En pratique, l’Aquarius 2 s’est vu révoquer le permis de naviguer.” Or il s’agissait “du seul bateau d’ONG encore en Méditerranée”.

D’après les deux ONG, cette décision fait suite à “des pressions économiques et politiques du gouvernement italien”, dont le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, promeut une politique très dure en matière d’immigration et vis-à-vis des ONG.

Mais Matteo Salvini nie toute intervention : “Des pressions  ? Je ne connais même pas le préfixe du Panama”,a-t-il tweeté. Pour le ministre, par ailleurs secrétaire de la Ligue (extrême droite) :

Il est évident qu’aucun État ne veut prendre la responsabilité d’être associé à un bateau qui entrave les opérations de secours en mer, qui refuse la coordination avec les garde-côtes libyens [chargés, en vertu d’un accord avec l’Union européenne, d’intercepter les embarcations de migrants et de les reconduire en Libye], qui attaque des gouvernements démocratiques comme celui de l’Italie et qui cherche à amener des clandestins en Europe.”

Au mois d’août, le bateau s’était déjà vu retirer son pavillon par Gibraltar, au motif qu’il menait des opérations de sauvetage alors qu’il n’était enregistré que comme navire de recherche. Il avait alors obtenu le pavillon panaméen et avait changé de nom, passant d’Aquarius à Aquarius 2.

À plusieurs reprises cet été, l’Aquarius a fait les frais de la décision italienne de fermer l’accès de ses ports aux bateaux transportant des migrants, rappelle La Repubblica. Une fois de plus, il s’est retrouvé, “avec à son bord 58 migrants dont 17 mineurs et une femme enceinte, à la recherche d’un port où accoster”. Le 24 septembre dans l’après-midi, il a annoncé être en route pour le port de Marseille. SOS Méditerranée et MSF demandent aux autorités françaises d’autoriser le débarquement “à titre exceptionnel”.

Né en 1976, le titre se veut le journal de l’élite intellectuelle et financière du pays. Orienté à gauche, avec une sympathie affichée pour le Parti démocrate, c’est le deuxième quotidien le plus vendu en Italie après le Corriere

“J’ai lu que le parquet d’Agrigento a ouvert une enquête contre X pour séquestration”, s’amuse Matteo Salvini dans une vidéo en direct sur Facebook, le 22 août.

“Je suis là  !” ajoute le patron de la Ligue (extrême droite) en se désignant.

Je ne suis pas inconnu. Je m’appelle Matteo Salvini, né à Milan le 9 mars 1973 […] actuellement sénateur et ministre de l’Intérieur de ce pays, j’ai pour mandat la défense des frontières de ce pays.”

Dans un deuxième post, il ajoute à l’adresse de ses partisans :“S’ils m’arrêtent, vous viendrez me voir, les amis  ?” à côté du mot-clé : #ArrêtezMoi.

Cela fait une semaine que le ministre refuse de laisser débarquer les passagers du Diciotti. Ce bateau des gardes-côtes italiens a secouru, dans la nuit du 15 au 16 août, 190 migrants, dont 13 ont été hospitalisés d’urgence. Il est ensuite resté plusieurs jours en mer avant d’être autorisé lundi 20 à accoster dans le port de Catane pour “une escale technique”, relate La Repubblica. Mais le ministre de l’Intérieur a refusé de laisser débarquer les migrants tant que d’autres pays européens ne se seraient pas engagés à les prendre en charge.

La menace d’une crise au gouvernement

Mardi 21 au soir, les mineurs non accompagnés qui étaient à bord ont été autorisés à débarquer pour rejoindre une structure d’accueil. Un geste obtenu grâce à l’intervention du Premier ministre, Giuseppe Conte – figure politique faible, car il ne s’agit pas d’un politicien élu mais d’une personnalité de compromis, sur laquelle se sont accordés les deux partis de la majorité populiste, le Mouvement 5 étoiles et la Ligue.
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Or la discussion avec Conte a été houleuse, indique le journal de centre gauche : “Salvini en est venu à brandir la menace d’une démission, ce qui reviendrait à faire éclater une crise au gouvernement.”

“La journée avait pourtant commencé sous le signe d’un prudent optimisme”, note encore La Repubblica. Giuseppe Conte pensait parvenir à raisonner Matteo Salvini, et à obtenir un geste de la part de ses voisins européens. “Mais il se trompait sur les deux fronts.”

Le ras-le-bol des voisins européens

Au niveau intérieur, cette crise pèse sur l’entente entre les deux formations au gouvernement. Le leader du M5S, Luigi Di Maio est dans l’ombre de Salvini, et dans les rangs du parti, certains, comme le président de la Chambre, désapprouvent la ligne dure du ministre de l’Intérieur.
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Au niveau européen, les partenaires sont irrités. Depuis le mois de juin, Matteo Salvini a décidé de fermer les ports italiens pour contraindre les Européens à accueillir des migrants. À force, souligne le quotidien, les pays européens “sont à bout de patience” :

ils considèrent les méthodes de Salvini comme du chantage, comme une attitude illégale visant à renforcer sa popularité en Italie.”

À ses débuts, le gouvernement italien prétendait infléchir la gestion européenne de l’immigration. Mais pour l’heure c’est tout le contraire qui se produit, conclut La Repubblica : “en déclenchant une crise autour de chaque débarquement, il s’est isolé en Europe.”

LA REPUBBLICA
Publié le 23/08/2018