Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Brésil : Le chiffre clé de la poussée religieuse

Brésil : Le chiffre clé de la poussée religieuse

samedi 6 octobre 2018, par siawi3

Source : https://mailchi.mp/revuedesdeuxmondes/le-mot-cl-de-la-semaine-brsil?e=185c22bfcc

6 Octobre 2018

Le chiffre clé
29% des Brésiliens étaient évangéliques fin 2016...

...selon l’Institut brésilien de géographie et statistique (IBGE). C’est presque deux fois plus qu’en 2000 où ce mouvement chrétien plafonnait à 15% de la population. Une croissance ultra rapide dans un pays de cette importance. La religion catholique, majoritaire dans le pays, perd peu à peu de son influence au profit de ces églises conservatrices qui séduisent les plus pauvres et exercent leur influence dans le jeu politique. Avec 81 députés sur 513 et trois sénateurs sur 81, les mouvements évangéliques vont tenter de maintenir, voire renforcer leur groupe au Parlement lors des élections d’octobre.

°°°

Avril 1964
Aux origines de la dictature militaire
Archives

En tête des sondages en vue du premier tour de l’élection présidentielle de ce dimanche 7 octobre, Jair Bolsonaro est un nostalgique de la dictature militaire ayant gouverné le pays entre 1964 et 1985. Le candidat du parti social-libéral n’a d’ailleurs jamais caché son admiration pour les membres de l’ancienne junte militaire. Fait récent au Brésil : le consensus sur le fait que l’armée devrait rester en dehors de la politique a été rompu face à une classe politique jugée comme majoritairement corrompue. C’est notamment dans un contexte d’inflation galopante et de défiance des élites politiques que se déroule le golpe du 31 mars 1964 qui va conduire à l’exil du président Goulart et à l’accession au pouvoir du maréchal Humberto de Alanca Castelo Branco. “De l’avis des spécialistes, le complot fut mené de mains de maître”, écrit l’écrivain et journaliste Paul Mousset, dans la Revue des Deux Mondes. Depuis plus de quatre mois, une demi-douzaine de colonels travaillaient à son élaboration. “Inquiets des projets de M. Goulart (réformes agraires et sociales, ndlr) les officiers lancent l’offensive le 31 mars”. Les syndicats pro-Goulart entament alors une grève générale pour protester contre le putsch. “Cette grève, une erreur, eut en effet pour résultat d’empêcher par manque de transports, les masses populaires d’affluer au cœur de Rio. Se fussent-elles trouvées là, tout aurait pu changer”, explique le journaliste de retour d’un voyage au Brésil.

“Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? À cette révolution à propos de laquelle l’étranger s’est exprimé de façons diverses, d’aucuns n’hésitant pas à qualifier le régime actuel de ‘dictature à la Bautista’, d’autres accusent les États-Unis d’avoir fomenté la révolution qui porta à la présidence le maréchal Castelo Branco”, détaille Paul Mousset. Et l’auteur de citer les motifs invoqués par les “révolutionnaires” pour justifier le putsch : “la situation économique n’a de cesse de se détériorer. Ces inégalités contribuaient à aigrir un climat que compromettait depuis plus de trente ans une corruption élevée à l’état de principe [...] Pourtant ce qui a déclenché le soulèvement, ça a été l’emprise du communisme sur le gouvernement”. “Le Brésil risquait de devenir à brève échéance un nouveau Cuba. Une réaction s’imposait”, fait valoir l’auteur, reprenant l’idée selon laquelle la dictature aurait été fondée au nom de la sécurité nationale, l’armée devenant la seule garante de l’intérêt général et du caractère chrétien du Brésil face au communisme présumé de Goulart. En avril 1964, une déclaration de vacance du pouvoir présidentiel par le président du Sénat permet d’ailleurs à Washington, alors engagé dans une politique anti-communiste en Amérique latine, de reconnaître le nouveau pouvoir militaire.

“Le rôle de l’Oncle Sam, qui après avoir usé du ‘gros bâton’ parle maintenant de ‘bon voisinage’ dans le jeu diplomatique et politique avec ses neveux du continent sud-américain, n’est pas très clair et n’a pas été sans étonner”, écrit pour sa part Léon Boussard. “Le président Johnson, ajoute-t-il, a définitivement abandonné la doctrine même de Kennedy qui déclarait ne vouloir accorder aucun aide aux régime dictatoriaux”. “Joao Goulart, conclut-il, maintenant exilé, s’est montré très mauvais organisateur dans un pays où il est impossible de mener à bien une révolution sociale, même reconnue nécessaire, sans l’appui des grands propriétaires fonciers et des forces armées”.