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L’Islamisation fulgurante du Moyen Orient

Book presentation : ’Sortir du chaos’ par Gilles Kepel

vendredi 19 octobre 2018, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/10/18/31002-20181018ARTFIG00343-au-levant-nous-sommes-dans-un-moment-comparable-a-l-europe-en-1918-ou-1945.php

« Au Levant, nous sommes dans un moment comparable à l’Europe en 1918 ou 1945 »

18/10/2018 à 19h57

Par Alexandre Devecchio

GRAND ENTRETIEN - Dans son nouveau livre Sortir du chaos (Gallimard), Gilles Kepel décrit la fulgurante islamisation du Moyen-Orient. L’auteur déplore ce qu’il juge être des erreurs d’appréciation dramatiques des Occidentaux et propose des pistes afin d’anticiper et de cesser de subir.

LE FIGARO. - Votre dernier livre revient aux racines du mal djihadiste et retrace les crises en méditerranée et au Moyen-Orient depuis près de cinquante ans. Pourquoi avoir commencé ce récit en octobre 73 ?

Gilles KEPEL. - Octobre 1973 marque un changement de paradigme. C’est la guerre du Kippour ou du Ramadan. C’est au nom du djihad, qui permet de suspendre le jeûne, que les soldats arabes combattent. La guerre est gagnée par l’Arabie saoudite car elle met en place l’embargo sur les livraisons de pétrole - bloquant la progression militaire d’Israël. De ce fait, cela marque une islamisation de la politique au Moyen-Orient : dans un premier temps les monarchies sunnites s’en servent pour saper le nationalisme arabe, le nassérisme, le baasisme. Elles seront ensuite confrontées à la concurrence sur ce même créneau par la République islamique iranienne à partir de 1979. On est passé en 1973 d’un Moyen-Orient déstructuré par les conflits israélo-arabe et Est-Ouest à un Moyen-Orient traversé par l’affrontement sunnite/chiite, fracturé à l’intérieur du monde sunnite, et où la Russie fait son grand retour. Un Moyen-Orient où le conflit israélo-palestinien a été marginalisé comme nous l’avons vu le 14 mai dernier lors de l’inauguration de l’ambassade américaine de Jérusalem où soixante Palestiniens de Gaza ont été tués par des snipers israéliens à la frontière. Il y a quelques années, cela aurait enflammé le monde arabe. Là, au milieu des milliers de morts au Yémen, en Libye, en Syrie ou en Irak, cela est presque passé inaperçu. La centralité paradigmatique du conflit israélo-palestinien, pour le plus grand plaisir de Netanyahou a disparu.

C’est en 1977 que vous commencez à travailler sur la région du Moyen-Orient. Imaginiez-vous alors le chaos qui allait suivre ?

En 1977, j’étais encore dans une période de formation. Je partais en Syrie pour apprendre l’arabe à l’institut français de Damas. Les arabisants en herbe étaient très fiers d’aller au « Shâm », le terme arabe pour Levant, et aussi pour Damas. Nul n’entrait dans la carrière sans passer par le Shâm. Avec Daesh, ce Shâm-là est devenu le cri de ralliement des djihadistes des banlieues françaises qui allaient égorger les alaouites et revenaient ensuite tuer leurs compatriotes. Il y a quatre décennies, c’était difficile à envisager, y compris que je serais moi-même condamné à mort par les djihadistes depuis le Shâm ! J’éprouve de la nostalgie pour la grande beauté de la Syrie et du Liban de ma jeunesse. Ce qui a tout changé c’est l’explosion démographique catastrophique. Aujourd’hui, sans même parler des destructions liées à la guerre, il n’y a plus que des baraques en béton avec des fers qui dépassent, une situation complètement chaotique dans le monde urbain et rural. Ces banlieues mitées, comme l’ancienne oasis de la Ghouta autour de Damas, qui était une merveille chantée depuis quinze siècles par la poésie arabe, et qui fut l’un des foyers de l’insurrection, écrasée en février 2018. Tout cela me donne un sentiment de très grande tristesse sur l’immense ratage qui s’est produit en quarante ans.

Vous revenez également sur les Printemps arabes. Comment expliquez-vous l’aveuglement des Occidentaux qui n’ont pas anticipé l’hiver islamiste qui allait suivre ?

L’échec à comprendre les enjeux des soulèvements arabes vient de ce qu’ils ont été généralement interprétés par des gens qui disaient : « c’est pareil que la chute du mur de Berlin, les Arabes sont entrés dans la démocratie ». L’Histoire spécifique de ces pays et le travail des orientalistes ont été mis à la poubelle au nom de la fascination pour la révolution 2.0. Si l’on avait été plus attentifs, on aurait vu comment la troisième génération djihadiste, qui émerge à partir de 2005 et a déjà été bien identifiée par les arabisants qui lisaient ses textes, a tiré parti de l’effondrement des régimes au pouvoir dans le monde arabe et assez rapidement a imposé son propre agenda sur les révoltes - sans parler des tentatives de récupération par les Frères musulmans appuyés par AlJazeera, le Qatar et la Turquie. Les généralités pseudo-philosophiques l’ont emporté. Cela a d’ailleurs été tout le sens de la controverse qui m’a opposé à Olivier Roy ces dernières années. Son interprétation a prévalu dans les chancelleries, celle d’une islamisation sans conséquence de la radicalité et non d’une radicalisation de l’islam. On paie en rétrospective très cher le prix de cette erreur d’analyse, ce refus de considérer que la connaissance et le savoir spécifiques sur ces sociétés, leurs langues et leurs cultures était une nécessité pour l’analyse. Peut-être aussi parce que ce sont des généralistes qui prennent les décisions politiques en Occident, qui déterminent les lignes éditoriales, et ils redoutent de se trouver mis en défaut par des spécialistes. Le paradoxe est que le système post-soviétique en Russie a été capable de tirer un parti plus efficace du savoir spécialisé. J’ai été très frappé que Poutine, lui, se soit appuyé sur la connaissance qu’avaient les orientalistes russes du terrain syrien, il ne les a pas du tout méprisés. Sa qualité d’information, très supérieure à celle de nos dirigeants, lui a permis de mener la politique qui a fait de lui le maître du jeu syrien, et il a même su saisir cette opportunité pour se remettre en selle internationalement puisque en 2014 après l’occupation de la Crimée, il était considéré comme un paria. Il s’est intégré à la « coalition contre la terreur » anti-Daesh pour bombarder les rebelles que soutenait l’Occident en Syrie sans que celui-ci ne puisse rien dire. En termes purement machiavéliens, sa stratégie l’a emporté du fait de la rupture entre savants et politiques en Europe et aux Etats-Unis.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Il y a un an exactement, le 17 octobre 2017, Raqqa, la capitale de l’Etat islamique tombait. Cela a clos une période de trois années ahurissantes dans l’histoire de la région où ce pseudo-califat islamique contrôlait, à son apogée en 2015, environ 8 millions d’habitants entre Alep et les faubourgs de Bagdad, et avait effacé la frontière « coloniale » Sykes-Picot entre Syrie et Irak. Cet « Etat islamique » était perçu par ses adeptes comme le début d’un processus de conquête universel dont l’objectif était de conquérir les Arabes sunnites, réislamiser les Kurdes, exterminer les « hérétiques », (chiites, alaouites, druzes, et alii), soumettre les chrétiens à l’état de dhimmi et bien sûr détruire Israël et annexer Jérusalem. Une carte de Fabrice Balanche publiée dans le livre restitue la géographie mentale de Daesh, qui se nourrit d’attente messianique issue d’une lecture littérale du Coran et des textes prophétiques. C’est aussi de Raqqa et Mossoul qu’ont été coordonnés les attentats qui ont ensanglanté la France. Aujourd’hui, l’Etat islamique ne contrôle plus de territoire. Dans sa partie syrienne, une coalition occidentale, appuyée au sol par les combattants Kurdes, a fait tomber Raqqa et contrôle aujourd’hui tout le nord-est de la Syrie, la partie du pays où se situent la plupart des puits de pétrole et dont le retour sous le contrôle de Bachar el Assad est absolument vital pour lui s’il veut que son pays soit viable. En Irak, ce sont les milices chiites qui pour l’essentiel ont assuré le travail sur le terrain avec l’aviation de la coalition internationale. La situation reste là aussi très tendue. J’ai donné une conférence en arabe à l’université de Mossoul au mois d’avril où un certain nombre de participants m’ont répondu que l’Occident a créé Daech, que les sunnites n’ont rien à se reprocher, et que Bagdad était contrôlé par des chiites hostiles. La réconciliation nationale va prendre du temps, et c’est l’un des défis du nouveau gouvernement, dirigé par Adel Abdel Mahdi, un francophone qui a passé en Auvergne ses décennies d’exil sous Saddam Hussein. Les tensions sont toujours là. Néanmoins, Daech n’a plus les moyens de coordonner à grande échelle une terreur internationale comme dans les années 2015-2016.

Est-ce pour autant la fin de l’islamisme ?

Les Frères musulmans ont été historiquement défaits. En Egypte, ils sont tous en prison. En Turquie, la priorité d’Erdogan est désormais le nationalisme turc. Pour ce qui est de la Révolution islamique et de son expansion, c’est davantage les intérêts de l’Iran qui sont en jeu désormais plutôt que le prosélytisme chiite. Quant à Daech, il a aussi subi une défaite terrible. Même si, on le voit dans les prisons comme sur les réseaux sociaux, son idéologie reste présente, les djihadistes se demandent pourquoi ils ont été punis par Allah, quels péchés ils ont commis. Pour l’instant, on ne discerne pas encore une stratégie de substitution à l’échec du djihadisme de troisième génération. Il reste encore bon nombre de djihadistes dans la nature et dans les prisons kurdes. Parmi eux, beaucoup de Français. Depuis un an, il n’y a pas eu d’attentats majeurs dans l’Hexagone : plusieurs attaques imputables à des individus, mais qui n’étaient pas coordonnées comme le Bataclan ou Charlie Hebdo. Il faut garder une très grande vigilance, mais c’est la mise en œuvre d’un processus vertueux au Levant qui sera la clef pour sortir du chaos. Paradoxalement, l’exacerbation de l’horreur de Daech a eu un certain effet. Par exemple, le nombre de gens qui se réclament de l’athéisme au Moyen-Orient aujourd’hui a augmenté. Je vois désormais de nombreux interlocuteurs qui n’hésitent plus à le dire en public. Autrefois, c’était quelque chose qu’on murmurait. Même si pour l’instant, cela touche surtout des milieux intellectuels. L’affaire n’est pas entendue, mais c’est l’un des phénomènes qui sera intéressant à observer.
Après la chute de Raqqa et la disparition de Daech, qui sont les vainqueurs et les perdants ? Qui sont les principaux acteurs qui vont dominer la région ?
Du point de vue syrien, le succès de la stratégie de Vladimir Poutine a d’abord bénéficié des atermoiements et de la médiocrité de la politique occidentale et notamment des errements du quinquennat précédent qui a soutenu des « rebelles » alors même qu’ils étaient aspirés dans la spirale djihadiste... et qu’on a qualifiés de « jihadistes modérés » ! Pourtant, la Russie reste en Syrie un colosse aux pieds d’argile. Moscou y a quatre alliés paradoxaux car ils sont en conflit mutuel. L’Iran pousse à la surenchère parce que la Syrie et le Liban sont sa ligne de défense avancée face à Israël contre l’Occident. Téhéran et le régime de Damas sont favorables à une solution militaire : réduire la poche rebelle d’Idlib le plus rapidement possible quelles que soient les conséquences. Mais les Russes ne sont pas sur cette ligne : ils voient la Syrie comme un pays majoritairement sunnite, et ils souhaitent un compromis politique avec la minorité alaouite qui tient les rênes. Cela ne peut pas fonctionner comme en Irak, majoritairement chiite, et où l’influence iranienne est majeure. Une solution purement militaire en Syrie signifierait que les Russes y restent, cela va leur couter très cher avec risque d’enlisement. Ils n’en ont pas les moyens avec un produit national brut entre ceux de l’Italie ou de l’Espagne pour 140 millions d’habitants. D’autres part, l’ex colonel du KGB Poutine, en poste à Dresde dans l’ex-RDA à la chute de l’URSS causée par la défaite en Afghanistan de l’Armée Rouge, sait ce que signifie s’embourber dans un pays où on est arrivé la fleur au fusil.

La Russie peut-elle se passer de l’Iran ?

Les Russes cherchent une solution négociée et pour cela ils ont aussi leurs autres alliés Israéliens et Saoudiens - lesquels sont quasiment en phase. Israël fournit l’essentiel de la haute technologie à Moscou, puisque la Russie est aujourd’hui une pétromonarchie qui ne produit plus grand’chose à part des hydrocarbures. Netanyahou se rend très fréquemment à Moscou où il était encore le 8 mai lors de la grande parade pour commémorer la victoire de l’armée russe sur le nazisme, seul dirigeant « occidental » puisque les autres boycottent les Russes à cause de l’occupation de la Crimée. Russes et Saoudiens ont quant à eux un intérêt commun qui dépasse tout le reste c’est le prix du pétrole. C’est l’alliance russo-saoudienne qui a permis de stopper la baisse des cours du baril et de le faire repartir au-dessus de 70 dollars aujourd’hui. Israël et l’Arabie Saoudite s’accordent pour que la Russie exerce sa suzeraineté sur la Syrie, mais à condition que l’Iran en soit éjecté. Or les Russes, pour l’instant, ont toujours besoin d’eux et des supplétifs chiites du Hezballah, du Pakistan ou d’Irak, comme infanterie. Cela étant, l’Iran est aujourd’hui fragilisé car, à cause des sanctions américaines suite au retrait du JCPOA le 8 mai, il exporte moitié moins de pétrole qu’avant cette date - de 2,2 à 1,1 millions de barils/jours. Cela pourrait encore être divisé par deux dans les prochaines semaines. L’Iran est étranglé économiquement et c’est peut-être cela qui explique les incohérences de sa politique. Alors que la France est le seul pays qui ait essayé de sauver l’accord sur le nucléaire, les services iraniens se sont fait prendre la main dans le sac en train de monter un attentat à Paris. On ne sait pas comment la lutte pour le pouvoir va aboutir. L’Iran a-t-elle encore les moyens de mener une politique panislamiste ? Ou va-t-elle vers un hyper-nationalisme sur le modèle turc d’Erdogan, où le prosélytisme religieux deviendrait secondaire ?

Qui est le quatrième allié des Russes ?

C’est justement la Turquie : en lâchant Alep dès décembre 2016, six mois après la tentative de coup d’Etat contre Erdogan, celui-ci a restructuré sa politique autour de la lutte contre les Kurdes, au détriment du soutien prioritaire aux rebelles Frères musulmans syriens. Erdogan met paradoxalement ses pas dans ceux d’Atatürk, mais un Atatürk repeint en vert islam et extrêmement occidentalophobe. Son objectif premier est d’empêcher les Kurdes de construire une structure étatique au Nord de la Syrie et c’est pourquoi ils ont envahi l’enclave d’Afrine, au nord-Ouest de la Syrie, pour éviter qu’un « corridor kurde » émerge au sud de leur propre frontière. Quant à Idlib, où les forces spéciales turques sont présentes, Ankara veut éviter que les Russes bombardent les rebelles et jihadistes qui y sont réfugiés : si une catastrophe humanitaire se produisait, il y aurait une énorme pression pour ouvrir la frontière turque dans un contexte où on dénombre déjà trois millions et demi de réfugiés syriens en Turquie, alors que la situation économique est difficile, la livre turque a perdu un quart de sa valeur en quelques mois.

Quid des Etats-Unis et de l’Europe ?

Il y a une opportunité vitale d’intervention européenne et occidentale pour la reconstruction du Levant. Il va bien falloir le faire pour que la situation ne nous explose pas de nouveau à la figure. Le Golfe aujourd’hui connait des difficultés. L’embargo contre Qatar s’est traduit par une baisse générale de la fréquentation de la région. A Dubaï l’immobilier est en crise, les malls sont vides. Les Saoudiens sont déterminés à ce qu’il n’y ait pas de Coupe du monde de foot à Qatar en 2022. Dans la perspective à long terme de la fin de la rente pétrolière dans ces pays, l’Europe a des atouts qui ne sont pas utilisés, faute d’analyse et de bonne connaissance de la région encore une fois. Les Russes vont être obligés de négocier sur la transition politique syrienne car ils craignent de s’enliser. Les Etats-Unis sont moins obsédés qu’autrefois par leur présence dans le Golfe Persique puisqu’ils sont redevenus l’un des premiers producteurs de pétrole, grâce au schiste. Cependant, ils ne peuvent pas s’en désintéresser complètement car ce serait laisser le Levant aux Russes et bien que Trump jure sur les estrades qu’il va retirer très bientôt les forces spéciales de la zone kurde du Nord-est syrien, on ne voit pas pourquoi dans l’immédiat, il se désengagerait de cette terre riche en pétroles. Quand les troupes syriennes et quelques supplétifs russes de la fameuse armée de mercenaires « Wagner » ont lancé une offensive contre un champ pétrolifère exploité par Conoco Oil, une demie heure plus tard, les avions américains arrivés de leur base du Qatar ont anéanti les assaillants. Trump s’était engagé à fond aux côtés de l’Arabie Saoudite pour la restructuration de la région : mais les tempêtes soulevées en Amérique même par la disparition et la probable exécution à Istanbul du fameux journaliste saoudien, Jamal Khashoggi, réfugié aux États-Unis et éditorialiste au Washington Post, risquent de fragiliser cette ligne.

La prétendue modernisation de l’Arabie Saoudite est-elle un mythe ?

Il existe une jeunesse en Arabie Saoudite qui est réellement désireuse d’assumer ses responsabilités et qui est déjà dans une logique post pétrolière. Cette génération est dynamique et c’est sur elle que s’est appuyé le prince héritier Mohammed ben Salman après avoir conquis le pouvoir. Le pays était sclérosé par un système de succession archaïque qui faisait la part belle aux nonagénaires, et le handicapait face aux initiatives qataries pour lui disputer l’hégémonie sur le sunnisme. Mais l’arrivée du jeune MBS au pouvoir a bouleversé la donne. Sera-t-il possible de gérer l’empowerment de la nouvelle génération tout en gardant un mode de gouvernement absolutiste ? C’est une vraie question qui se pose aujourd’hui de manière dramatique avec l’affaire Khashoggi, et la dimension mondiale qu’elle a très vite prise : outre les imputations d’atrocités commises et l’ambiance de mystère et de services secrets qui construisent une story exceptionnelle pour les médias et devenue virale sur les réseaux sociaux, cette affaire - quel que soit son déroulé exact - est le révélateur des tensions exacerbées qui secouent la région et le monde au moment de la reconstruction potentielle du Levant . Dans ce contexte de bouleversements, il faut que l’Europe et la France en particulier aient une politique plus visionnaire et pro-active. Nous sommes dans un moment décisif - comparable à l’Europe en 1918 ou en 1944. Or entre l’idéalisme wilsonien et le revanchisme français, les traités après 1918 ont amené la seconde guerre mondiale. Et au terme de celle-ci, on a eu la guerre froide. Il y a un véritable effort de prospective qui est à faire, mais pour l’instant le moins qu’on puisse dire c’est qu’on n’y est pas encore. J’ai écrit Sortir du Chaos avec l’ambition, en ces moments cruciaux, de fournir des matériaux à cette fin… inch’Allah !