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France : Quand un vent mauvais souffle sur le monde universitaire et culturel.

samedi 20 octobre 2018, par siawi3

Source : https://blogs.mediapart.fr/elena-mangusta/blog/191018/quand-un-vent-mauvais-souffle-sur-le-monde-universitaire-et-culturel

Quand un vent mauvais souffle sur le monde universitaire et culturel.

19.10.18

Elena Mangusta

“ Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser. ” Françoise Giroud

Voici trois histoires, sans lien entre elles en apparence et pourtant trois histoires qui présentent en réalité des similitudes troublantes et parlent profondément de notre époque, des idéologies qui avancent, de moins en moins masquées et des méthodes qui rappellent de mauvais souvenirs.

Episode 1, mai 2015 : Michel André, directeur du théâtre de la Cité à Marseille, théâtre qu’il a fondé en 2005, est accusé par Eva Doumbia, metteuse en scène, d’avoir tenu des propos racistes envers elle lors d’une soirée de fin de festival « Les bancs publics », le 22 mai 2015. Elle le poursuit pour « injures raciales » 1
En découle une « polémique identitaire médiatisée avec pétition sur Facebook »2
Mme Doumbia est soutenue lors du procés en décembre 2016 par l’association « Décoloniser les Arts » (DLA) 3 dont elle fait partie, par Houria Boutedlja du Parti des Indigènes de la Républiques (PIR), et saisit également le CRAN 4.

Au procès le tribunal relève pourtant des témoignages contradictoires, un historique de contentieux entre les deux protagonistes, un contexte de provocation de la part de Mme Doumbia qui serait la première passée au registre insultant.
Par ailleurs Michel André, engagé de longue date dans la vie culturelle marseillaise, est notoirement connu pour être parfaitement respectueux des cultures et de la diversité, sa programmation en témoigne et de nombreuses attestations sont produites à ce sujet.

La procureure Marie-Blanche Régnier requiert donc logiquement la relaxe au bénéfice du doute en parlant d’une querelle de conceptions entre un « anti-raciste universaliste » et une anti-raciste « plus essentialiste et plus communautariste », « sur fond de conflits préexistants, de rancunes et d’aigreurs partagées ».
Les témoignages de personnes assistant au procès iront dans le même sens 5.

Le tribunal de ce fait la suivra et conclura légitimement à la relaxe.
Le Président Fabrice Castoldi devra même en cours d’audience rappeler à Mme Doumbia le fonctionnement de la justice :
« Non, vous êtes une plaignante, vous n’êtes pas une victime et il est présumé innocent pour l’instant »
« C’est l’égalité des armes ici madame, sinon ça ne sert à rien de créer des tribunaux si chacun vient en pensant qu’il a raison »2

On pourrait penser que l’histoire s’arrête là.

Mais « l’égalité des armes », Eva Doumbia apparemment n’aime pas trop. Elle avait déà largement relayé l’affaire avant le procès, n’ayant pu obtenir satisfaction, elle donne son interprétation de la décision de justice dans un post rageur 6, se victimise et crie au racisme, et s’empresse de maintenir ses accusations ad nauseam dans ses réseaux avec une insistance qui ne se relâche pas.

Ainsi, en novembre 2017, soit plus de 2 ans après les faits, cet acharnement se poursuit encore à Genève, lors d’une table ronde animée par Rokhaya DIALLO, « Identités féminines afropéennes face aux violences publiques » 7
Elle y accuse de nouveau publiquement M. André, sans retenue.

Cet acharnement finira par nuire bien évidemment considérablement à M.André qui finira par renoncer à certains projets professionnels.

Episode 2, Février 2018 : Fatiha Boudjahlat, professeure de collège et auteure du « Grand Détournement », ouvrage dont Elisabeth Badinder elle-même a loué la rigueur intellectuelle et le courage, est accusée par Rokhaya Diallo (tiens) d’un soi-disant « appel au viol » ne reposant sur rien si ce n’est l’incompréhension de la rhétorique et du second degré.
Dans les faits en effet c’est Mme Diallo elle-même qui a sous-entendu, dans un premier tweet, que le voile envoyait un message de « non-disposition » du corps des femmes .

Mme Boudlahlat n’a fait que relever dès lors la violence du message en creux en l’explicitant ainsi : le corps des femmes non voilées pourrait donc être considéré comme « à disposition » par des « prédateurs » en puissance, reprenant le terme très polémique qu’avait utilisé Caroline de Haas quelques jours auparavant.

Et, de fait, en réponse à la plainte de Mme Diallo, le parquet ne poursuivra pas.
Mme Boudjahlat déposera même plainte à son tour, bien qu’un simple rappel à la loi ait été signifié, car Mme Diallo n’ayant pas mentionné son premier tweet dans sa plainte, les conclusions de l’enquête se trouvaient évidemment faussées.

Or, malgré cette absence de poursuite et le caractère malhonnête de cette plainte, le terme « d’appel au viol » sera repris sans aucun recul sur les réseaux par tous les sympathisants de Rokhaya Diallo, et jusqu’à un ancien responsable de SOS Racisme, Nasser Ramdame Ferradj, connu pour son acharnement contre Mme Boudjahlat .

A la suite de plusieurs cabales malveillantes de ce genre, Fatiha Boudjahlat finira par se retirer des réseaux en septembre 2018, objectif à n’en pas douter de cette mouvance indigéniste ou décoloniale aux méthodes douteuses. Et de deux.

Episode 3 Octobre 2018 : Isabelle Barbéris, Maître de conférences des universités, chercheur associé au CNRS, agrégée de lettres, normalienne est prise pour cible dans une campagne de dénigrement et de calomnie.
Encore une fois la cible est notoirement connue pour la qualité de son travail universitaire.

Et une situation similaire : un contexte de désaccord, une rancoeur nourrie par l’association DLA, encore elle, pour des articles critiques 8 publiés pourtant dans un cadre professionnel sur le travail de l’association et celui de David Bobée, directeur du CDN Rouen-Normandie qui en est membre actif.
Au premier prétexte venu, ici un incident mineur et un visuel à qui l’on donne une l’interprétation la plus tendancieuse en refusant même d’en discuter avec l’intéressée, la meute s’est à nouveau déchaînée. On se gargarise, on pousse des cris indignés, on publie des posts rageurs, on appelle à la vindicte, on se propose d’alerter « les employeurs », on fait huer publiquement le nom de l’universitaire dans une réunion « décoloniale » 9
On intervient aussi à plusieurs sur les pages wikipedia et le compte twitter de soutien est mystérieusement bloqué dès sa création.
Même procédé de lynchage, démesuré par rapport au prétexte, aucune limite n’est donnée aux insultes, aux menaces, aux commentaires graveleux et orduriers parmi lesquels on reconnaît avec stupéfaction des signatures de personnalités telles Béatrice Dalle, Jean-Luc Verna , David Bobée, avec le soutien de certains institutionnels tels Claire Guillemain.

A l’attaque, dans ce déferlement de haine, étonnamment toujours les mêmes personnes et leurs sympathisants. Issues des mouvements racialistes, « indigénistes » ou « décoloniaux ». Avec le soutien d’organes de presse nationale comme l’Humanité [9].
Et toujours les mêmes soutiens troubles aussi dans un camp soi-disant universaliste de gauche...

Par contre des personnalité comme Belattar ou Dalle peuvent, elles, insulter publiquement, sans que personne n’y trouve à redire apparemment.
Et quand Houria Bouteldja est attaquée, là tout le monde est là pour hurler contre « lynchage » et Libération prête obligeamment ses colonnes.10

En conclusion de ces trois histoires, quelques conclusion s’imposent :

1- Au vu des victimes ciblées, il ne s’agit aucunement de lutte des « antiracistes » contre « fachos » comme les premiers aimeraient nous le faire croire mais de combat entre deux visions de l’antiracisme, l’une universaliste et l’autre communautariste et racialiste. Il est décevant à ce propos que l’on trouve un ancien responsable de SOS Racisme en soutien du second camp.
Et d’une guerre idéologique, mais dans laquelle le débat est refusé et les méthodes sales du coup privilégiées.

2- On retrouve toujours les mêmes personnes et un réseau restreint, informel mais très actif et disposant de nombreux relais : Diallo, amie avec Bouteldjah, qui soutient Doumbia, qui est reçue par Diallo, qui joue pour Bobée, qui travaille avec Vergès et Doumbia etc

On retrouve aussi les même méthodes :
– tenir des discours provocants, attaquer.
– monter en épingle la réponse en jouant sur la couleur de peau, l’orientation sexuelle, en supposant des intentions.
- filmer, enregistrer etc et organiser le lynchage.

3- Enfin le rôle trouble des médias et de la presse de gauche en particulier est encore une fois mis en lumière. De façon extrêmement perverse les journaux l’Humanité, Libération, Le Monde se font les chantres de ces idéologues et ferment leur colonnes à l’antiracisme universaliste. Celui-ci n’a d’autres choix dès lors pour s’exprimer que de publier dans la presse de droite, ce que bien évidemment le »camp du bien » s’empresse de lui reprocher et utilise pour le décrédibiliser.

Imparable. Et grave. Les nuages qui s’annoncent sont bien sombres.

Elena Mangusta

[1] capture
[2]http://m.lamarseillaise.fr/marseille/faits-divers-justice/55476-la-soiree-etait-arrosee-au-blanc
[3] https://sceneweb.fr/decoloniser-les-arts-soutient-eva-doumbia-dans-son-proces-contre-un-directeur-de-theatre-a-marseille/
[4]https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=840681876021949&id=100002404331620&hc_location=ufi
[5]https://www.facebook.com/julie.v.julie.5/posts/10209318988386154?hc_location=ufi
[6] post post-procès
[7] Conférence de Genève https://www.youtube.com/watch?v=pA_A-llCAZ0&feature=youtu.be
[8] Marianne
[9] https://www.liberation.fr/debats/2017/11/23/contre-le-lynchage-mediatique-et-les-calomnies-visant-les-antiracistes_1612059