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USA : La fusillade de Pittsburgh est un attentat antisémite, n’ayons pas peur des mots

mardi 30 octobre 2018, par siawi3

Source : https://www.huffingtonpost.fr/marc-knobel/la-fusillade-de-pittsburgh-est-un-attentat-antisemite-nayons-pas-peur-des-mots_a_23573973/?utm_hp_ref=fr-homepage

La fusillade de Pittsburgh est un attentat antisémite, n’ayons pas peur des mots

Qu’est-ce que cela pourrait être d’autre d’ailleurs, à l’intérieur d’une synagogue ? Une fiesta ? Un petit anniversaire estudiantin ?

29.10.18

Marc Knobel
Historien et essayiste

Il est temps d’utiliser les mots qui conviennent, de dénoncer haut et fort ce qui doit l’être.

Pittsburgh : un type entre dans une synagogue. Il ouvre le feu. C’est un horrible carnage. Onze morts, six blessés. L’auteur de la fusillade s’est rendu. Il a aussitôt été inculpé de près d’une trentaine de chefs d’accusation et pourrait encourir la peine de mort. Une peine de mort que Donald Trump dit ouvertement souhaiter. Quel étrange propos. Voilà bien une manière on ne peut plus populiste et démagogique de faire du buzz. Plutôt que de pointer du doigt les vrais problèmes que sont la vente d’armes aux Etats-Unis, que sont l’absence de législation antiraciste, le développement de mouvements suprémacistes blancs qui prospèrent, se développent, manifestent librement et appellent quotidiennement au meurtre de juifs, de noirs, d’autres. Au-delà, quelle est donc aux Etats-Unis ou ailleurs, cette incroyable furie destructrice ? Qu’est-ce que cet antisémitisme fou et paranoïaque, ce monstre froid ? Qu’est-ce ce cancer, qui se répand ainsi dans de nombreux pays, dans les réseaux sociaux, ailleurs ? Et dont on ne voit pas la fin et dont on ne connaît pas le remède, que l’on ne sait vaincre, parce qu’il s’actualise, se réactualise et que les métastases se répandent et affectent le corps social, le corps tout court. Dévorant tout ce qu’il trouve, puisant en cette folie destructrice, son incroyable énergie. La bête immonde se nourrit de ses fantasmes, elle copule de ses mots froids et assassins. Elle fait de petits déshumanisés.

Sommes-nous alors encore en 2018 ?

En 1930, peut-être ? Je n’ose y croire. Je sais que l’histoire ne se répète pas de la même manière. Nous ne sommes plus en 1930. Je sais aussi que la haine peut se répandre et prospérer au-delà de tout ce qui a/aurait pu se passer, de tout ce qui devrait empêcher que la haine ne se répande, encore et encore. Il devrait y avoir une leçon à toutes ces choses, comme pour nous prévenir, nous avertir. L’histoire devrait être là pour nous rappeler l’indicible. Mais, la force des préjugés, l’hydre folle est là pour se rassasier d’elle-même. À ce stade, une seule chose compte, il faut dénoncer et combattre fermement l’antisémitisme. Car il n’est jamais une opinion. Il est au minimum un délit. Il se révèle souvent en ce qu’il est vraiment : un crime impitoyable et par conséquent, impardonnable.

Surprise cependant, nous apprenons ce dimanche 28 octobre que le réseau social prisé de la mouvance d’extrême droite américaine « alt-rigt » et sur lequel l’auteur de la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh postait des messages antisémites a annoncé qu’il était contraint d’interrompre son activité. Qu’il était contraint ? Vous avez bien lu. On parle ici de contrainte, personne ne veut tirer les conséquences de cette folie. L’antisémitisme fait sa petite victime. Et, ce n’est qu’une goutte d’eau dans un océan.
Tout le monde le sait, les réseaux sociaux sont des déversoirs, des défouloirs de haine.

Il n’y a pas d’exception. Depuis quelques années, on peut parler de déferlante antisémite ou raciste sur les réseaux sociaux. On se souvient que sur Twitter, le hashtag #unbonjuif de certains internautes avait suscité un nombre record de tweets à caractère antisémite qui témoignaient de la résurgence d’un racisme à l’égard des juifs particulièrement inquiétant. Ce dérapage avait été dénoncé par plusieurs associations qui avaient assigné Twitter en justice pour contraindre le réseau à lui communiquer, avec l’autorisation du juge, les données permettant d’identifier les auteurs de tweets racistes et antisémites. Après des mois de bataille judiciaire, le réseau social américain avait finalement livré « les données susceptibles de permettre l’identification de certains auteurs » de tweets antisémites. Autre exemple : les « pièges à juifs », une soi-disant « plaisanterie » qui sillonne les réseaux sociaux en Belgique (ou ailleurs). Il s’agit de clichés qui ciblent les juifs comme celui-ci : sur son compte Facebook, un internaute a déposé une image qu’il a trouvée sur Twitter. Sur ce cliché, on peut y voir un four avec deux billets de banque qui représente un... « piège à juif ». Sur Twitter, la « blague du piège à juifs » est répandue depuis longtemps. On trouve plusieurs clichés similaires, souvent avec un four renfermant des billets, parfois avec une boîte contenant quelques pièces. Plusieurs sont signalés et retirés au fur et à mesure par le réseau social, mais de nouveaux clichés plus ou moins identiques fleurissent aussitôt.

Heureusement, certains twittos et membres de Facebook soulignent le mauvais goût de ces sorties ou essayent de faire la « morale » à ceux qui postent de telles choses. Cela fait plusieurs années que les extrémistes prospèrent, ont investi les réseaux sociaux, comme Facebook. Les messages qu’ils déposent sont particulièrement violents et le nombre de pages antisémites et racistes augmentent. Mais ce sont surtout les messages et vidéos négationnistes qui prennent de l’ampleur, sur Youtube. C’est là une bien triste réalité. Enfin, le réseau russe VK est un immense déversoir de haine. Sur VK, des individus, des groupes et groupuscules et/ou des marchands de haine font ce sale boulot. Ils en vivent, ils en jouissent.
La parole est totalement décomplexée, l’antisémitisme se répand, se déverse, se construit et appelle au meurtre.

Combien là, d’images et de photographies dégradantes et de souillure, ai-je vu ? Des images nazies, des photomontages, de Juif, pistolet sur la tempe. Dans une indifférence quasi générale, je l’affirme ici. Et l’on s’étonne après que des crimes soient commis. Car, presque personne n’ose pointer du doigt les vrais problèmes et dire les choses. Personne n’a voulu penser/panser les réseaux sociaux, créer de véritables verrous, protéger les éventuelles victimes, modérer sérieusement les propos. Les machines ont été lancées pour faire du fric, non de l’éthique. Pour nous laver le cerveau, non pour éduquer, prévenir et aimer.

Au même moment, de France, en cette nuit du 28 octobre et pendant de longues heures, il fut pathétique et fâcheux de condamner un attentat antisémite sans désigner le caractère antisémite de l’attentat. Précision utile ? Utiliser la qualification de fusillade est restrictive, elle est aussi malhonnête. Il s’agit bien d’un attentat et celui-ci est bien antisémite. Qu’est-ce que cela pourrait être d’autre d’ailleurs, à l’intérieur d’une synagogue ? Une fiesta ? Un petit anniversaire estudiantin ?

Il est temps d’utiliser les mots qui conviennent, de dénoncer haut et fort ce qui doit l’être, d’affirmer haut et fort que le nécessaire respect de la liberté d’expression se heurte à la non moins nécessaire protection des personnes visées par les menaces et les violences racistes. Et le monde virtuel ou réel ne doit pas être le refuge de toutes les provocations, de toutes les saletés qui bafouent constamment la nature humain.