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Pakistan : Les intégristes après le verdict favorable à Asia Bibi

mardi 6 novembre 2018, par siawi3

Source : https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-05-novembre-2018

Free Asia Bibi

Sophia Aram

5 novembre 2018

Le délit de blasphème, un peu comme la religion d’état, la science divine ou le beurre en broche, ça ne marche pas.

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Le délit de blasphème, un peu comme la religion d’état, la science divine ou le beurre en broche, ça ne marche pas.

Mélangez ce que vous voulez avec la religion et vous verrez ; la part de divin disparaître pour laisser place à l’ignoble.

En février 2006, au moment du procès des caricatures publiées par Charlie Hebdo, certains en France étaient prêts à sacrifier la liberté d’expression sur l’autel de l’hypothétique vertu “apaisante“ du délit de blasphème, en ventant les mérites incomparables du respect envers la foi, le sacré, le religieux et pourquoi pas, le beurre en broche.

Je pense bien sûr aux organisations ayant assigné Charlie Hebdo en justice : la Grande Mosquée de Paris, l’UOIF et la Ligue islamique mondiale, mais également à tout un aéropage de catholiques convaincus, de républicains modérés et d’abrutis congénitaux qui multipliaient joyeusement les appels à renoncer au droit de blasphémer et ce dans le silence assourdissant des laïcs.

Alors à tous ces déçus du paradis perdu que représentait pour eux le délit de blasphème.

J’ai une bonne nouvelle, un pays leur ouvre les bras. Un pays dans lequel ils pourront librement goûter aux vertus apaisantes et à l’indiscutable douceur qui règnent entre communautés lorsque le délit de blasphème est inscrit dans la loi.

Ce pays c’est le Pakistan.

Asia Bibi est pakistanaise, agricultrice de profession et chrétienne de confession.

En 2009, elle est allée, armée d’un gobelet en plastique, boire de l’eau au puits de son village.

Une voisine musulmane, soucieuse de préserver la pureté de l’eau d’un puits supposé réservé aux musulmans lui a reproché d’avoir souillé le puits.

Asia bibi lui aurait répondu « ton prophète c’est Mahomet, le mien c’est Jésus ».

Ces propos jugés blasphématoires par un tribunal de première instance, Asia Bibi a été condamnée à la pendaison pour blasphème.

La semaine dernière après que son avocat ait obtenu son acquittement, des milliers de convaincus (écrivez ça comme vous voulez) attachés à la douceur de vivre que le délit de blasphème ne manque pas de préserver, sont venus exprimer leurs craintes de le voir disparaître, en criant tout un tas de slogans pacifistes et dénués de haine comme « à mort Asia Bibi ».

Fuyant ce paradis perdu, l’avocat d’Asia Bibi a dû quitter le pays, emporté par la vague de menaces de tous ces croyants bafoués, blessés dans leurs convictions les plus profondes.

Soucieux de préserver la paix sociale, le gouvernement pakistanais a fini par céder en choisissant d’apaiser la douleur, les blessures et les « oh-la-la-je-suis-choqué » de ces barbus attardés, en promettant de revenir sur l’acquittement de celle qui les avait outrageusement blessé, en allant... boire un verre d’eau.

En France, ces temps-ci, on entend moins souvent les défenseurs du délit de blasphème et en l’état de mes lectures, je ne suis pas tombée sur une tribune vantant les mérites du sacré, sur la liberté d’expression. Et c’est bien dommage, parce que s’ils avaient un tout petit peu de conviction, c’est maintenant qu’on aimerait bien les entendre.

Alors, en attendant qu’ils retrouvent la parole, il serait temps de soutenir et protéger Asia Bibi et les siens, et au passage, si les saoudiens pouvaient profiter de l’occasion pour libérer Raïf Badaoui, ce blogueur condamné lui aussi pour délit de blasphème, ce serait bien aussi.

Parce qu’au risque de me répéter, pour moi, le blasphème, c’est sacré !

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Source : https://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/11/02/au-pakistan-des-islamistes-se-mobilisent-contre-l-acquittement-de-la-chretienne-asia-bibi_5378213_3216.html

Blocage des routes : au Pakistan, des islamistes se mobilisent contre l’acquittement de la chrétienne Asia Bibi

LE MONDE | 02.11.2018 à 16h42 • Mis à jour le 02.11.2018 à 18h09

par Julien BOUISSOU

L’employée agricole avait été condamnée à mort pour blasphème. Des manifestants bloquent les rues dans plusieurs villes et un parti radical a appelé à tuer les juges qui l’ont acquittée

La chrétienne Asia Bibi attend toujours la liberté. Deux jours après son acquittement par la Cour suprême pakistanaise, mercredi 31 octobre, cette mère de cinq enfants, incarcérée depuis sa condamnation à mort en 2010 pour blasphème, était gardée dans un endroit tenu secret alors que des manifestants islamistes réclamaient sa pendaison.

Pour le troisième jour d’affilée, ils bloquaient, vendredi, les principales artères de plusieurs grandes villes du pays, et ont été autorisés à pénétrer dans la « zone rouge » de la capitale Islamabad, quartier qui réunit les principales institutions de l’Etat pakistanais. La sécurité a été renforcée aux abords des lieux de culte chrétiens, des écoles ont été fermées et les réseaux de téléphonie mobile ont été suspendus dans les grandes villes.

Depuis le durcissement du code pénal condamnant le blasphème, en 1986, sous la dictature du général Zia-ul-Haq, grand artisan de l’islamisation du Pakistan, les accusations se sont multipliées dans le pays, au risque de servir de prétexte pour régler des conflits personnels. Dans le cas d’Asia Bibi, c’est une dispute qui a mal tourné : en 2009, cette employée agricole avait bu un verre d’eau provenant d’un puits réservé en principe aux musulmans, et été dénoncée par des voisines avec lesquelles sa famille était en froid. On l’accusa d’avoir insulté le Prophète. Les juges l’ont finalement acquittée mercredi au « bénéfice du doute ».

Appel à la mutinerie

« L’acquittement d’Asia n’est pas seulement un déni de justice, mais aussi une manière de satisfaire les demandes des opposants à la loi sur le blasphème, et des avocats de la liberté d’expression (haineuse) débridée », a posté sur les réseaux sociaux Khadim Hussain Rizvi, chef du parti radical Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP) à l’origine des manifestations. Son parti a appelé à une mutinerie des officiers de l’armée et à l’assassinat des juges responsables du verdict. « Nous tolérons des remarques contre nous, mais des actions peuvent être prises conformément à la loi et à la Constitution », a rétorqué vendredi l’armée pakistanaise, qui a menacé d’« entrer en action ». Cette dernière a toutefois indiqué qu’elle n’interviendrait qu’en suivant les instructions du gouvernement.

Or le premier ministre pakistanais, Imran Khan, qui est aussi chargé du ministère de l’intérieur, vient d’entamer un voyage de quatre jours en Chine pour négocier une aide financière de plusieurs milliards d’euros. Mercredi soir, il avait adopté un ton ferme à l’égard des manifestants, prévenant que l’Etat ne « tolérerait pas le sabotage » et « prendrait ses responsabilités » si nécessaire, tout en rappelant que la Constitution était conforme avec les enseignements du Coran. Mais depuis, le gouvernement dit vouloir privilégier les négociations.

« Le pays ignore qui est chargé de régler la crise, si c’est le gouvernement ou l’armée, observe Khurram Husain, éditorialiste au quotidien pakistanais Dawn. La situation est très instable : du côté des manifestants, il n’y a ni front uni ni leadership clairement identifié, il est difficile de connaître leurs revendications. » Une requête en révision du jugement de la Cour suprême a été déposée mercredi à un tribunal de Lahore, ainsi qu’une demande d’interdire à Asia Bibi de quitter le territoire. Interrogé par Dawn, le frère d’Asia Bibi a expliqué qu’elle n’aurait « pas d’autre option que de partir à l’étranger » pour sa sécurité.

« N’importe qui peut me tuer »

Les minorités religieuses, qui ne dépassent pas les 3 % de la population du Pakistan, sont surreprésentées parmi les cibles des plaintes déposées pour blasphème. « Le verdict montre que les pauvres, les minorités et la fraction la plus modeste de la société peuvent obtenir justice dans ce pays en dépit de ses défauts », s’est félicité l’avocat d’Asia Bibi, Saif-ul-Mulook, lui-même désormais en danger : « Je suis une cible très facile, a-t-il reconnu, n’importe qui peut me tuer. » Le gouverneur de la province du Pendjab, Salman Taseer, qui avait défendu Asia Bibi et demandé une révision de la loi sur le blasphème, a été assassiné en 2011 par son garde du corps.

En novembre 2017, Islamabad avait été paralysé pendant près de trois semaines par des manifestants pour des motifs similaires. Leur colère avait été déclenchée par un changement de formulation du serment que prononcent tous les candidats à des élections, et où la phrase « je jure solennellement » avait été remplacée par « je crois », pour affirmer que Mahomet est le dernier prophète de l’islam. Un fléchissement à peine perceptible, mais qui équivalait, selon les manifestants, à un blasphème. Le ministre de la justice pakistanais, Zahid Hamid, avait dû présenter sa démission.

A cette époque, Imran Khan s’était bien gardé de critiquer les manifestations. Il faisait alors campagne pour les élections législatives de juillet 2018 qui allaient le porter au pouvoir, et avait promis de défendre la loi du blasphème pour s’assurer du soutien de la droite religieuse.

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Source : https://abonnes.lemonde.fr/international/article/2018/11/04/pakistan-le-mari-d-asia-babi-demande-l-asile-pour-sa-famille_5378682_3210.html

Pakistan : le mari d’Asia Bibi, chrétienne acquittée de blasphème, demande l’asile pour sa famille

par Julien BOUISSOU

Le Monde.fr | 04.11.2018 à 13h59 • Mis à jour le 04.11.2018 à 16h26

Quatre jours après son acquittement, le sort de la Pakistanaise reste très incertain dans son pays face aux manifestations d’extrémistes musulmans.

Le mari d’Asia Bibi réclame l’asile pour sa femme, ses trois filles et lui-même aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Canada, alors que le sort de la Pakistanaise demeure très incertain dans son pays.

Dénoncée par des voisines pour avoir bu l’eau d’un puits réservé en principe aux musulmans, cette chrétienne avait été condamnée à mort pour blasphème en 2010, avant de se voir, finalement, acquitter mercredi. Elle reste, cependant, pour l’heure incarcérée.

« Je demande au président Donald Trump de nous aider à partir. Après cela, je demande à la première ministre britannique de faire de son mieux pour nous aider », a déclaré Ashiq Masih dans un message vidéo vu par l’AFP. Le mari d’Asia Bibi a également sollicité l’« aide » du premier ministre canadien, Justin Trudeau.

Dans la vidéo, Ashiq Masih demande également l’asile pour Joseph Nadeem, qui a hébergé sa famille depuis la condamnation à mort de sa femme.

« Si Asia Bibi quitte le pays, chaque membre de sa famille, chaque personne associée à elle, sera tué », a affirmé Wilson Chowdhry, le président de l’association des chrétiens pakistanais de Grande-Bretagne, qui aide Asia Bibi et sa famille depuis des années.

Acquittée mais incarcérée

Préalable à son départ du Pakistan, la libération de la chrétienne, qui semblait acquise après son acquittement mercredi par la Cour suprême, paraît toutefois incertaine.

Le gouvernement a signé dans la nuit de vendredi à samedi un accord controversé avec des manifestants islamistes qui ont paralysé le pays trois jours durant. Il s’est notamment engagé à lancer une procédure visant à interdire à Bibi de quitter le territoire et à ne pas bloquer une requête en révision du jugement d’acquittement initiée par un religieux.

Asia Bibi, bien que libérée par la justice, reste donc incarcérée à Multan. Samedi, Ashiq Masih avait demandé au gouvernement de « renforcer la sécurité » de son épouse « en prison ». L’avocat de la chrétienne, Saif-ul-Mulook, a, de son côté, annoncé à l’AFP son départ du Pakistan, où la question du blasphème est extrêmement épineuse.

Le Monde.fr avec AFP

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Source : https://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/11/02/acquittement-d-asia-bibi-les-islamistes-trouvent-un-accord-avec-le-gouvernement_5378272_3216.html

Les islamistes pèsent encore sur le sort d’Asia Bibi, acquittée pour blasphème

LE MONDE | 02.11.2018 à 21h34 • Mis à jour le 03.11.2018 à 11h01

Après trois jours de manifestations, ils ont obtenu de pouvoir faire appel de la décision de justice et d’empêcher la jeune femme de quitter le pays.

Les islamistes du Pakistan l’ont emporté. Après trois jours de manifestations contre la décision de la Cour suprême d’acquitter la chrétienne Asia Bibi, le gouvernement pakistanais a accepté, vendredi 2 novembre, d’engager une procédure visant à l’empêcher de sortir du pays. L’accord passé entre les deux parties, composé de cinq points, prévoit aussi que le gouvernement ne s’oppose pas au dépôt d’une requête en révision du jugement de la Cour suprême.

La femme de 52 ans, mère de cinq enfants, était incarcérée depuis sa condamnation à mort en 2010 pour blasphème. Sa famille espérait partir avec elle à l’étranger pour sa sécurité, avant que les islamistes ne fassent plier le gouvernement. Asia Bibi est toujours en prison, selon son avocat Saif ul-Mulook, cité par l’AFP, et elle ne peut pas quitter le pays avant l’examen de la requête. Son avocat lui-même a quitté le pays samedi, déclarant craindre pour sa vie après des menaces.

Dès l’annonce de son acquittement, mercredi, les islamistes étaient descendus dans la rue pour réclamer sa pendaison et la mort des juges. Après avoir adopté un ton ferme vis-à-vis des manifestants, le premier ministre pakistanais, Imran Khan, parti en Chine pour une visite de quatre jours alors qu’il est aussi en charge du ministère de l’intérieur, a finalement cédé à leurs demandes. Mercredi soir, il avait prévenu que l’Etat ne « tolérerait pas le sabotage » et « prendrait ses responsabilités » si nécessaire.

Mais la décision de l’armée, vendredi matin, de rester en retrait, a sans doute pesé dans la décision du gouvernement d’opter pour la négociation. Vendredi, les manifestants ont bloqué les principales artères des grandes villes du pays et ont brièvement pénétré dans la « zone rouge » d’Islamabad, quartier qui réunit les principales institutions de l’Etat pakistanais, telles que le Parlement et la résidence du premier ministre. La plupart des écoles étaient fermées et le réseau mobile a été coupé une bonne partie de la journée dans les grandes villes. Les manifestations ont pris fin dans la nuit de vendredi à samedi.

Les accusations se multiplient

Depuis le durcissement du code pénal condamnant le blasphème, en 1986, sous la dictature du général Zia-ul-Haq, grand artisan de l’islamisation du Pakistan, les accusations se sont multipliées dans le pays, au risque de servir de prétexte pour régler des conflits personnels. Dans le cas d’Asia Bibi, c’est une dispute qui a mal tourné : cette employée agricole avait bu un verre d’eau provenant d’un puits réservé en principe aux musulmans, et a été dénoncée par des voisines avec lesquelles sa famille était en froid. Les juges l’ont finalement acquittée au « bénéfice du doute ». Les minorités religieuses, qui ne dépassent pas 3 % de la population du Pakistan, sont les cibles de plus de la moitié des plaintes déposées pour blasphème.

« Encore une capitulation », regrette le quotidien libéral pakistanais Dawn, dans son éditorial de samedi. Sous la pression des groupes religieux extrémistes, Imran Khan était déjà revenu, début septembre, sur sa décision de nommer un conseiller économique issu de la minorité ahmadie au Comité de conseil économique, fraîchement créé pour remédier aux importantes difficultés financières traversées par le pays. Atif Mian est un professeur d’économie pakistano-américain de la prestigieuse université de Princeton. Mais les croyances des Ahmadis sont considérées comme blasphématoires et leur communauté est persécutée de longue date au Pakistan, car ses membres croient en un prophète postérieur à Mahomet.

En novembre 2017, Islamabad avait déjà été paralysée pendant près de trois semaines par des manifestants pour des motifs similaires. Leur colère avait été déclenchée par un changement de formulation du serment que prononcent tous les candidats à des élections, et où la phrase « Je jure solennellement » avait été remplacée par « Je crois », pour affirmer que Mahomet est le dernier prophète de l’islam. Un fléchissement à peine perceptible, mais qui équivalait, selon les manifestants, à un blasphème.

Le ministre de la justice pakistanais, Zahid Hamid, avait alors dû présenter sa démission. A cette époque, Imran Khan s’était bien gardé de critiquer les manifestations. Il faisait campagne pour les élections législatives de juillet 2018, et avait promis de défendre la loi du blasphème pour s’assurer du soutien de la droite religieuse.