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France : Tariq Ramadan remis en liberté, et après ?

samedi 17 novembre 2018, par siawi3

Source : https://www.liberation.fr/france/2018/11/16/tariq-ramadan-remis-en-liberte-et-apres_1692485

Tariq Ramadan remis en liberté, et après ?

Par Bernadette Sauvaget

16 novembre 2018 à 18:32 (mis à jour à 18:34)

Après dix mois de détention provisoire, Tariq Ramadan, mis en examen pour trois viols dont l’un en Suisse, retrouve la liberté mais a perdu l’essentiel de ses soutiens.

Personne n’aurait parié un kopeck, au début de cette semaine, sur une possible remise en liberté de Tariq Ramadan, mis en examen pour viols et incarcéré depuis le 2 février 2018. C’est pourtant chose faite, ce vendredi après-midi. Sa famille elle-même envisageait de nouvelles actions face aux refus répétés de la justice. L’audience de jeudi, un recours devant la cour d’appel de Paris après le quatrième rejet le 8 novembre d’une demande de libération, apparaissait presque comme une formalité. Ça n’a pas été le cas… mais un véritable coup de théâtre !

La cour d’appel de Paris a considéré jeudi soir, selon la décision que Libération a pu consulter, qu’il « n’était pas démontré que la détention provisoire serait encore l’unique moyen d’éviter une pression sur les témoins et les parties civiles ou de garantir son maintien à la disposition de la justice. » Exit aussi le risque de fuite à l’étranger, régulièrement avancé depuis dix mois pour refuser la remise en liberté du théologien. « Je n’ai pas à fuir, je suis totalement innocent de ce dont on m’accuse […] Je vais rester en France et défendre mon honneur et mon innocence », a déclaré, jeudi lors de l’audience, Tariq Ramadan qui a parlé plus de vingt minutes pour plaider sa cause. Fait très exceptionnel, celle-ci était publique. Sa fille Maryam et une dizaine de ses soutiens étaient notamment présents.

Plaignantes malmenées

La sortie de détention du prédicateur s’accompagne d’une remise de caution de 300 000 euros et de son passeport suisse, d’une interdiction de sortie du territoire et de prendre contact avec certains témoins et les plaignantes. Tariq Ramadan a également l’obligation de pointer une fois par semaine au commissariat et de résider en région parisienne. Des conditions, selon des sources proches du dossier, relativement sévères.

Pour les plaignantes, très malmenées sur les réseaux sociaux, la décision de la justice crée un vrai malaise et une grande inquiétude. Les unes et les autres ont fait part de leur crainte de subir des représailles. « Je n’ai pas dormi de la nuit et j’ai peur que l’on s’en prenne physiquement à moi », a confié, à Libération, vendredi, « Christelle » (un prénom d’emprunt), la deuxième femme à avoir porté plainte contre Tariq Ramadan en octobre 2017.

Reste également une inconnue concernant la procédure suisse. Début septembre, le théologien a été mis en examen à la suite d’une plainte pour viol, les faits remontant à octobre 2008. Pour le moment, selon des sources proches du dossier, il n’a toujours pas été entendu par le procureur qui devrait faire le déplacement en France. « Cela implique une coopération très bien huilée entre la France et la Suisse », soulignent des avocats. La défense de Ramadan mène à Genève une véritable guérilla judiciaire pour empêcher la victime présumée de s’exprimer. Ses avocats ont réclamé une mise sous silence des parties civiles qui n’ont pas le droit de parler publiquement sur cette affaire. Après deux rejets de cette demande, un recours fédéral a été récemment introduit.

Réputation ruinée

Pour Tariq Ramadan, la sortie de détention provisoire va aussi être un moment de vérité. Jusqu’à présent incarcéré à l’hôpital pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) car il souffre d’une sclérose en plaques, le théologien n’a sans doute pas pris toute la mesure de la chute de son audience dans les milieux musulmans et le discrédit désormais attaché à sa personne. Depuis le printemps dernier, ses réseaux historiques en France et les milieux proches des Frères musulmans l’ont peu à peu lâché, choqués par les révélations sur sa double vie et ses pratiques sexuelles violentes, très peu conformes (et même interdites) au regard de la stricte morale islamique. La reconnaissance in fine, fin octobre, de relations sexuelles avec les deux plaignantes, ce qu’il niait vigoureusement depuis plus d’un an, a achevé, selon d’anciens proches du théologien, de ruiner sa réputation.

Considérablement rétréci, le cercle des soutiens à Ramadan est surtout actif sur les réseaux sociaux menant une bataille souvent violente et injurieuse contre les plaignantes. Malgré cet isolement, le théologien, selon des responsables musulmans, compterait tenter un retour sur la scène islamique. Contactée par Libération, la famille de Ramadan n’a pas donné d’indications sur ses projets immédiats ou s’il s’exprimerait prochainement dans les médias. « Nous n’avons pas encore assez d’informations pour vous répondre », a-t-elle fait savoir.

« Prisonnier politique »

Pour le théologien, l’urgence est surtout de renouer ses liens avec le Qatar qui a jusqu’à présent très généreusement financé ses activités et qui aurait aussi pris des distances ces derniers mois. L’émirat est le mécène de sa chaire à l’université d’Oxford dont il a été mis en congé, l’année dernière, à la suite des deux premières plaintes déposées contre lui. Toutefois son salaire a été maintenu tant qu’il n’a pas été pas condamné par la justice. Avant le déclenchement de l’affaire, Ramadan résidait une partie de l’année au Qatar où il dirige un centre de recherches sur l’éthique islamique, rattaché à l’université de Doha.

Discrédité en France, le théologien reste considéré à l’étranger. C’est là qu’il pourrait poursuivre à l’avenir ses activités. Fin octobre, sa fille Maryam, très investie dans sa défense, s’est rendue au Sénégal où elle a rencontré Serigné Mountakha MBacké, le chef de la très puissante confrérie des Mourides. Sur place, elle a répété à la presse que Tariq Ramadan était un prisonnier politique en France.

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Source : http://www.europe1.fr/societe/apres-la-remise-en-liberte-de-ramadan-lune-des-plaignantes-craint-les-represailles-de-ses-partisans-imaginez-ce-qui-va-se-passer-pour-nous-3801293

TEMOIGNAGE EXCLUSIF - Après la libération de Tariq Ramadan, l’une des plaignantes dit craindre pour son « intégrité physique »

Par Salomé Legrand, édité par Romain David

07h01, le 16 novembre 2018, modifié à 07h53, le 16 novembre 2018

RÉACTION - Au micro d’Europe 1, l’une des trois femmes qui accusent Tariq Ramadan de viol avoue craindre des violences de la part des soutiens de l’islamologue, autorisé jeudi à sortir de prison sous conditions.

TÉMOIGNAGE EXCLUSIF

« J’estime que c’est de l’inconscience totale. » Accusé de viols, Tariq Ramadan a obtenu jeudi soir sa mise en liberté sous conditions, et pour Christelle*, l’une des victimes présumées de l’islamologue, ce n’est pas cette décision qui l’inquiète, mais plutôt les réactions que cela pourrait entraîner chez ses partisans.

Des fidèles « dévoués, corps et âme ». « Ce n’est pas sa libération qui me fait peur, dans le sens où monsieur Ramadan ne fait jamais les choses lui-même lorsqu’il s’agit de menace et de harcèlement. Il envoie toujours des gens le faire faire pour lui », réagit-elle en exclusivité pour Europe 1. « Ce sont ces gens dévoués, corps et âme, aveuglés, qui sont dangereux ! », alerte cette plaignante. « Le fait de laisser sortir monsieur Ramadan, veut dire, dans leur tête : ’nous avons une impunité totale’, ce qui est problématique. »

Une importante caution. Après dix mois d’incarcération, l’universitaire reste accusé de viols par trois femmes. Pour recouvrer sa liberté, Tariq Ramadan va devoir verser une caution de 300.000 euros, remettre son passeport suisse, aura interdiction de quitter le territoire, d’entrer en contact avec les plaignantes et certains témoins. Il devra également pointer dans un commissariat toutes les semaines.

Moi, j’ai été victime de crachats, de coups d’épaule, d’insultes

Des actes d’intimidation. « Je rappelle que quand monsieur Ramadan a été mis en détention provisoire, ces personnes ont déjà commis des actes », dénonce encore Christelle. « L’une des plaignantes a été agressée plusieurs fois. Moi, j’ai été victime de crachats, de coups d’épaule, d’insultes. On m’a suivi », énumère-t-elle. « Et ça, c’était quand il était enfermé et, dans leur tête, présumé coupable. Maintenant que, dans leur tête, il est présumé innocent, imaginez ce qui va se passer pour nous. »

« Ils vont essayer d’atteindre à mon intégrité physique ». Christelle considère donc que la décision rendue jeudi en appel par la chambre de l’instruction, après plus de deux heures d’audience, la met directement en danger. « Je pense que maintenant, ils vont essayer d’atteindre mon intégrité physique », conclut-elle.

*Le prénom a été modifié

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Source :http://www.europe1.fr/societe/tariq-ramadan-remis-en-liberte-le-combat-continue-affirme-lavocat-de-christelle-3801227

Tariq Ramadan remis en liberté : « le combat continue », affirme l’avocat de Christelle

22h05, le 15 novembre 2018, modifié à 22h19, le 15 novembre 2018

Photo : Me Eric Morain défend Christelle, une des plaignantes de Tariq Ramadan. @ KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Me Eric Morain a affirmé jeudi soir que la remise en liberté de Tariq Ramadan ordonnée par la justice « réactive une crainte de pressions et de menaces » pour sa cliente.

Après la remise en liberté sous conditions de Tariq Ramadan ordonnée par la justice jeudi soir, l’avocat de Christelle, une des plaignantes, a affirmé que « le combat continue ». « Il est évident qu’après les aveux de Monsieur Ramadan, après avoir égaré la justice pendant 9 mois de mensonges, on s’attendait et on se préparait à une telle décision. Mais le combat continue », a réagi auprès d’Europe 1 Me Eric Morain, ajoutant que « le dossier n’a jamais été aussi solide qu’aujourd’hui concernant ma cliente ».

« Une crainte de pressions et de menaces ». Toutefois, l’avocat concède que « c’est un coup dur » pour Christelle. « Ça réactive une crainte, une crainte de pressions et de menaces ». La cour d’appel de Paris a ordonné jeudi la mise en liberté sous contrôle judiciaire de l’islamologue suisse, mis en examen le 2 février pour des viols qu’il conteste : cette demande de mise en liberté, la quatrième après dix mois de détention, avait été rejetée la semaine dernière par les juges. Les magistrats craignaient notamment des pressions sur les plaignantes, Henda Ayari et Christelle. Toutes deux avaient lancé l’affaire en dénonçant à l’automne 2017 avoir subi un rapport sexuel d’une extrême violence, en 2012 pour la première et en 2009 pour l’autre.

« Il n’a aucune attache en France ». Me Eric Morain espère toutefois que Tariq Ramadan respectera son contrôle judiciaire. « Il n’a aucune attache en France, il n’a pas de passeport français, il n’est pas Français, il a des attaches à l’étranger… Après ce sera sa responsabilité s’il décide de ne pas respecter son contrôle judiciaire », souligne-t-il. Tariq Ramadan, qui devra remettre son passeport suisse, aura interdiction de quitter le territoire français, d’entrer en contact avec les plaignantes et certains témoins. Et devra pointer une fois par semaine au commissariat. La chambre de l’instruction a rendu cette décision, non susceptible d’appel, après avoir entendu Tariq Ramadan plaider lui-même sa cause avec énergie lors d’une rare audience en public jeudi. « J’irais fuir où ? (...) Je vais rester en France et défendre mon honneur et mon innocence », avait-il lancé depuis le box.