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USA: Nation Of Islam : malaise à la Women’s March

Sunday 18 November 2018, by siawi3

Source: https://www.marianne.net/debattons/editos/nation-islam-malaise-la-women-s-march

Nation Of Islam : malaise à la Women’s March

Publié le 15/11/2018 à 18:00

Caroline Fourest

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Entre deux incendies menaçant sa maison de Californie, l’actrice Alyssa Milano vient de lâcher une petite bombe. Celle qui est passée de l’enfant star craquante de « Madame est servie » à l’un des visages les plus célèbres du mouvement #MeToo ne manque ni de courage ni de lucidité. Dans une interview au magazine The Advocate, elle explique qu’elle ne se rendra pas à la Women’s March (le 19 janvier) tant que certaines de ses leaders ne clarifieront pas leurs liens avec le mouvement antisémite Nation Of Islam.

C’est un vrai sujet. Deux des figures emblématiques de la Marche des femmes américaine sont effectivement proches du mouvement extrémiste de Louis Farrakhan. Un fanatique qui ne cache pas son admiration pour Hitler. Lors d’un meeting de février 2018, il expliquait que les « juifs étaient responsables de tous les comportements crasseux et dégénérés de Hollywood, transformant les hommes en femmes et les femmes en hommes ». Avant de menacer : « Les Blancs, vous allez descendre. Et Satan va descendre aussi. Et Farrakhan [oui, il parle de lui à la troisième personne], grâce à Dieu, va retirer la couverture de ces juifs sataniques. Je suis là pour dire : votre temps est terminé ! »

Tamika Mallory, l’un des visages de la Women’s March issu du mouvement Black Lives Matters, était présente à ce meeting. Elle n’a pas dénoncé ces propos. Ni retiré la photo où elle embrasse goulûment Farrakhan sous cette légende « the Goat » ( grea-test of all time, « le meilleur de tous les temps »)… Sous le feu des critiques pour cette connivence, elle a toujours refusé de condamner les propos douteux du gourou, mais dit réprouver l’antisémitisme. Cela n’engage à rien. Après l’attentat de Pittsburgh, c’est même la moindre des choses.

Une profession de foi qui semble suffire à rassurer certains journalistes libéraux, décidément aveugles. Alyssa Milano demande une vraie clarification. Elle se fait copieusement insulter depuis. Mais d’autres artistes l’ont rejointe. Comme Debra Messing de la série « Will & Grace » ou Courtney Love, qui échange depuis des tweets furieux avec Linda Sarsour. C’est l’autre figure sulfureuse de la Women’s March. Un profil réellement troublant.

Voici donc le visage du progrès et du féminisme promu par la gauche américaine, Barack Obama et Bernie Sanders en tête.

Issue du militantisme en faveur de la Palestine (tendance Frères musulmans et Hamas), son visage serré dans un voile représente désormais le féminisme en Amérique. Maîtrisant parfaitement l’art du double discours, elle peut, d’une main, lever des fonds pour la synagogue de Pittsburgh… et, de l’autre, banaliser les mouvements incitant à la haine des juifs. En 2012, elle tweetait : « Lorsque nous écrivons l’histoire de l’islam en Amérique, Nation Of Islam fait partie intégrante de cette histoire. » A titre plus personnel, elle incite ses coreligionnaires à ne jamais « humaniser » les Israéliens, parle de la résistance à Trump comme d’une forme de « djihad » et invite ses frères et ses sœurs à refuser l’assimilation : « Notre priorité, la priorité des priorités, est de plaire à Allah et seulement à Allah. »

Une rhétorique qui épouse parfaitement le poster devenu l’emblème de la Marche des femmes : une femme voilée aux couleurs de l’Amérique sous-titrée « Espoir »… En Europe, ce choix a choqué. Aux Etats-Unis, personne ne voit le problème. Habitués à respecter tous les comportements sectaires et rétrogrades, la plupart des libéraux américains sont persuadés que le voile symbolise la culture musulmane. Une culture tellement exotique à leurs yeux qu’ils ignorent le bras de fer violent opposant modernistes et intégristes à son sujet. Parce qu’elle lui tient tête, la Somalienne moderniste Ayaan Hirsi Ali subit la foudre des bigots… comme Linda Sarsour. Dans un tweet, elle dit ne pas la reconnaître comme une femme et vouloir lui « arracher son vagin ». Délicat quand on sait qu’Ayaan Hirsi Ali a été excisée et vit toujours sous protection policière à cause des menaces de mort proférées par des intégristes..

Effarant. On ne peut qu’y voir le symptôme d’un mal que Mark Lilla dénonce très justement dans son dernier livre comme une « gauche identitaire » propre à réduire l’Amérique en miettes*. Avoir gagné les élections de mi-mandat ne suffira pas. Sans une sérieuse remise en question de cette gauche, la misogynie de Trump a encore de beaux jours politiques devant elle.

*La Gauche identitaire. L’Amérique en miettes, Stock, 2018.