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France : Quand LR se penche sur l’islam... !

Voile interdit aux mineures, prénoms français imposés, laïcité à deux vitesses…

mercredi 21 novembre 2018, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/politique/voile-interdit-aux-mineures-prenoms-francais-imposes-laicite-deux-vitesses-quand-lr-se?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Droite Wauquiez
Voile interdit aux mineures, prénoms français imposés, laïcité à deux vitesses… LR s’est penché sur l’islam

Par Hadrien Mathoux

Publié le 20/11/2018 à 15:32

Afin de combattre l’islamisme et de préserver « un mode de vie à la française », le député LR Julien Aubert propose dans un « Livret Tricolore sur les Islam(s) de France » une série de mesures outrepassant la loi de 1905. Où il assume d’être offensif envers l’islam, invoquant la prééminence du fond culturel judéo-chrétien en France.

Protéger « la séparation du temporel et du spirituel », défendre « l’assimilation républicaine », préserver « l’humanisme » : le « Livret Tricolore sur les Islam(s) de France » publié par Julien Aubert le jeudi 15 novembre ne manque pas d’ambitions. Alors qu’Emmanuel Macron a lancé une phase de réformes qui pourrait aboutir à une modification de la loi de laïcité de 1905, le secrétaire général adjoint du parti Les Républicains (LR) a voulu poser un acte fondateur et s’imposer comme l’un des porte-voix identifiés de la droite Wauquiez sur la laïcité. Sans hésiter à donner, entre le christianisme et l’islam, l’impression de verser dans le deux poids, deux mesures.

Tout au long de son document de 56 pages, Julien Aubert s’ingénie pourtant à prendre des précautions pour montrer que son projet n’est pas une charge sans nuance contre l’islam. On le voit ainsi rappeler que « l’islam traditionnel, malgré son caractère englobant, tolère la foi d’autrui », que « la liberté de croyance doit être défendue avec force », y compris pour l’islam, ce qui implique de « corriger les inégalités avec les autres cultes ». Cette volonté s’illustre ainsi par une proposition d’assouplissement de la loi de 1905 sur le financement des lieux de culte, afin de permettre la construction de mosquées. « La loi de 1905 a été votée alors que le pays était entièrement christianisé, il y a une hypocrisie autour d’elle », déplore Julien Aubert auprès de Marianne. Originaire du Vaucluse, le fondateur du mouvement gaulliste Oser la France a ainsi constaté qu’on pouvait y faire rénover l’Angélus d’une église sur fonds publics, mais pas adapter un temple protestant aux normes handicapés car celui-ci a été bâti après 1905. D’où une volonté de conciliation envers la religion musulmane dans son aspect cultuel : « On ne peut pas dire aux musulmans qu’ils n’ont pas le droit de pratiquer leur religion comme les chrétiens en s’appuyant sur le fait qu’ils sont arrivés après ».

« Assimilation républicaine » vs multiculturalisme

Tout à son entreprise de modération préliminaire, le député provençal propose une classification de trois manières dont l’islam s’exprime au sein du pays : « l’exercice d’un culte », jugé « compatible avec la République », « l’islamisme en tant qu’approche politique de la religion », faisant primer la norme religieuse sur la loi nationale et donc devant être combattue… et la « manifestation d’une culture arabo-islamique », un volet « plus ou moins litigieux selon que l’on défende une République assimilationniste ou multiculturelle ». Julien Aubert a l’honnêteté de l’assumer, il défend « une position clairement en faveur de l’assimilation républicaine ». Mais ce choix idéologique l’amène à porter un regard foncièrement inéquitable sur les différents cultes : ainsi, alors qu’il combat vigoureusement les manifestations d’une culture arabo-musulmane dans la société française, le secrétaire général adjoint de LR encourage vivement l’expression de la culture « judéo-chrétienne » et ce, jusque dans les lieux publics…

Ainsi, si le député du Vaucluse se livre à de savants développements sur les nuances entre culture et religion, la forme se fait plus offensive, voire agressive, lorsqu’il émet des propositions concrètes sur l’islam. Exemple : Julien Aubert écrit que les « aspects culturels de l’islam » doivent « être autorisés tant qu’ils subsistent à l’état de normes de conduite individuelle et non pas de prescription d’ordre collectif et politique, et tant qu’ils restent compatibles avec la culture nationale du pays d’accueil ». La difficulté majeure posée par l’islam à la République étant, selon le livret, qu’il est « un système total » où « culte, droit et politique sont intrinsèquement liés ». Jusqu’ici, rien de très choquant si l’on se place dans le cadre du modèle républicain français. Cela permet à Julien Aubert d’en conclure qu’il existe une distinction géographique restreignant les pratiques religieuses « à domicile ou dans des lieux spécialisés ». Ainsi, d’après lui, « la rue, l’école, l’université ne sont pas des endroits dédiés au culte et donc ne peuvent, sauf autorisation de l’Etat, faire l’objet d’une pratique religieuse ».

Lire aussi : Réforme de la loi de 1905 : les laïques face au casse-tête de la régulation de l’islam

Le voile interdit à l’université, au travail… dans la rue ?

Les propositions avancées sont musclées, assumant « une position conservatrice » : interdiction du port du voile (le hijab ou le tchador, la burqa et le niqab étant déjà interdits en France) dans les universités et les entreprises publiques, poser un principe général d’interdiction du voile islamique dans les entreprises privées (l’autorisation ne pourrait être que dérogatoire), autoriser aux forces de l’ordre « la possibilité d’enjoindre quelqu’un » d’ôter son voile dans la rue « pour des motifs d’ordre public ou de sécurité publique », lorsqu’il est « jugé clair que [le voile] est un instrument de propagande politique »... Interrogé par Marianne sur ces idées qui outrepassent très largement la laïcité républicaine, Julien Aubert répond « assumer d’aller au-delà de la loi de 1905 ». Il indique que « l’idée est de donner un cadre légal pour empêcher une forme d’offensive communautariste » ; un patron pourrait ainsi « permettre à une salariée qu’il connaît de porter le voile au travail, mais lui demander de le retirer dès lors qu’il s’agit d’une revendication identitaire qui peut être un facteur de déstabilisation interne » ; dans la rue, les forces de l’ordre auraient la possibilité d’évaluer « si le port du voile constitue une revendication ou leur donne l’impression de faire pression sur d’autres femmes ». Julien Aubert le sait, la frontière entre simple marqueur culturel et offensive communautariste est particulièrement ardue à évaluer. Rien n’indique, à la lecture des propositions d’Oser la France, comment les autorités publiques pourront faire le distinguo. Et tout semble bon pour limiter le port du voile islamique : le livret va jusqu’à « s’interroger sur la nécessité d’aller plus loin » et de défendre « une possible interdiction de port du voile aux mineures » pour des motifs… sanitaires, une étude jordanienne ayant alerté contre la « carence en vitamine D » et la perte de cheveux constatées chez les femmes voilées.

« Choisir un de leurs prénoms parmi ceux issus des différentes calendriers français »

Outre l’épineuse question du voile, le livret tricolore adopte également des postures très assimilationnistes en direction de ceux qui souhaitent devenir Français : l’accès à la double nationalité serait « restreint aux habitants de l’espace francophone » et à ceux de l’Union européenne ; quant aux naturalisés, on leur imposerait « de choisir un de leurs prénoms parmi ceux issus des différentes calendriers français, et ceux des personnages connus de l’histoire nationale », afin qu’ils manifestent « leur désir d’intégration ». Et c’est ici que la volonté, d’ailleurs assumée de la part de Julien Aubert, se fait la plus nette : défenseur d’une France marquée par son héritage « judéo-chrétien, gréco-latin et laïque », le député LR veut « donner une préférence au bloc culturel pré-existant », et se fait fort de rappeler aux musulmans et à ceux qui souhaitent intégrer la communauté nationale « qu’ils vivent dans un pays avec une coutume, un fonds culturel déjà installé »... au risque de s’éloigner singulièrement de l’émancipation de tous dogmes sur laquelle repose le concept de laïcité, ainsi que de la nécessaire neutralité de l’Etat.
Une « préférence culturelle » assumée en faveur du christianisme

Car Julien Aubert est si soucieux de la permanence de cette culture française qu’il propose également de dépasser la loi de 1905 en ce qui concerne le christianisme… mais dans un sens inverse à celui adopté pour l’islam, nettement plus compatissant. Ici, le cadre de LR propose tout bonnement de réécrire le premier article de la Constitution de 1958. Il souhaite en effet écrire que la République, « indivisible, laïque, démocratique et sociale » respecte « toutes les croyances »... en ajoutant : « dans la limite de la préservation de son propre patrimoine et immatériel, de ses traditions et pratiques régionales et de sa coutume nationale ». Dans la pratique, cet « accommodement raisonnable » ouvrirait par exemple la voie à l’installation de crèches chrétiennes dans les mairies. Pratique qui, pour l’élu originaire de Provence, « relève de la culture et non du culte ». Pour Julien Aubert, « la question de la société ne faisait pas débat en 1905 car la France était fortement christianisée ». Or d’après lui, cette époque où « même des anticléricaux notoires ou des socialistes adversaires de l’Eglise partageaient un fond culturel chrétien » est révolue. L’affaissement du catholicisme inquiète le député, qui décrit une « inquiétude face à une perte de sens, une déperdition de la coutume ». Ainsi, s’émeut-il, on rebaptise les vacances de Noël en « vacances de fin d’année » et les pompiers ne peuvent plus fêter la sainte-Barbe en toute tranquillité.

Conclusion, pour le député du Vaucluse : il faut avoir « une politique de préférence culturelle », en « posant un principe clair : toutes les croyances sont traitées sur un même pied d’équité par la République, mais pas toutes les cultures ». Le livret va jusqu’à recommander de « systématiquement donner la priorité aux us et coutumes issus de la culture nationale : judéo-chrétienne, de droit latin et de philosophie grecque ». Les musulmans sont quant à eux invités à pratiquer leur religion librement, mais à accepter que leur culture « cède le pas à la culture nationale du pays d’accueil », ce qui faciliterait in fine leur intégration. A toutes fins utiles, on rappellera tout de même que l’installation de crèches de la Nativité dans les mairies, qui fait l’objet d’un débat entre juges, n’a rien d’une tradition millénaire : une des plus anciennes, érigée à La-Roche-sur-Yon en Vendée date de… 1989. Mais à droite, certaines poussées identitaires semblent mieux acceptées que d’autres.