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France : Fustigé pour ses tweets antisémites, Mehdi Meklat se dit victime… de racisme

jeudi 22 novembre 2018, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/mehdi-meklat-se-dit-victime-de-racisme-apres-avoir-ete-fustige-pour-ses-tweets-antisemites

Monde à l’envers
Fustigé pour ses tweets antisémites, Mehdi Meklat se dit victime… de racisme

Par Hadrien Mathoux

Publié le 21/11/2018 à 18:00

Plus d’un an après l’affaire de ses tweets antisémites et homophobes, l’ex-chroniqueur du Bondy Blog et de France Inter Mehdi Meklat revient avec un livre, une tournée de promo médiatique… et joue la carte de la victimisation. D’après lui, la remontée à la surface de ses œuvres est une démonstration du racisme de la société française.

Mehdi Meklat aura vite atteint les limites de sa contrition. En février 2017, le blogueur et chroniqueur qui était alors la coqueluche d’une partie de la presse de gauche voyait sa carrière prometteuse se fracasser sur l’exhumation de dizaines de ses tweets. Publiés sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, ses messages ignobles s’en prenaient aux Juifs, à Charlie Hebdo, aux homosexuels, aux blancs, à certaines figures politiques… Leur révélation avait forcé la vedette du Bondy Blog et des « Kids » de Pascale Clark à se retirer de la scène.

Mehdi Meklat en promo médiatique

Un an et neuf mois après les faits, voici que Mehdi Meklat fait son retour avec un livre, Autopsie, qui paraît chez Grasset ce mercredi 21 novembre pour la somme de 21 euros. Le jeune homme de 26 ans y revient sur son parcours et notamment sur la manière dont il a géré le scandale provoqué par la découverte de ses messages antisémites, racistes et homophobes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que bien que la polémique de début 2017 ait mis passablement mal à l’aise France Inter, Libération, Mediapart, Les Inrocks ou Canal +, qui tous avaient porté le jeune blogueur au pinacle (bien que certains aient continué à le défendre envers et contre tout), tout son crédit médiatique ne s’est pas évaporé. Ainsi, pour faire la promo de son livre, Mehdi Meklat a déjà bénéficié d’une longue interview dans le Journal du dimanche et d’un passage à Quotidien, l’émission de Yann Barthès diffusée sur TMC.

Lire aussi : Pourquoi Mehdi Meklat était le chouchou des médias

Aujourd’hui, l’ancien chouchou des médias bat ostensiblement sa coulpe. Dans le JDD, il « implore à nouveau le pardon de ceux qui se sont sentis blessés… ». Tout en prenant bien soin de préciser « …par cette vingtaine de tweets que l’on a ressorti (sic) parmi 53.000 qui m’horrifient aujourd’hui ». On aura bien compris que c’est là peu de choses et que surtout, ceux qui ont pris la peine de mettre en lumière ces tweets sont des esprits bien pinailleurs. Passée cette relativisation subliminale, le jeune homme passe à une tentative d’explication de ses actes : « Mon ’moi virtuel’ était lancé dans une folle course aux followers. Pour en gagner, il fallait être toujours plus transgressif, toujours contre, provoquer pour exister ». Il n’est en revanche pas relancé sur une question cruciale : qui, dans le simple but de gagner des abonnés sur un réseau social, se transforme en un « moi virtuel » capable d’écrire de tels « messages ignobles » que : « Je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et tous ceux de Charlie Hebdo » ou encore « Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent » ?

Qui veut la peau de Mehdi Meklat ?

Voilà en tout cas pour la séquence regrets. Mais Mehdi Meklat n’est pas sorti de son silence médiatique pour simplement s’excuser. Dans le JDD, il accuse ainsi ceux qui ont révélé son « moi virtuel » : « Pour mes détracteurs, il était plus simple de me résumer à cela que de regarder mon travail depuis onze ans ». Feignant d’ignorer que c’est justement le contraste entre l’image de militant antiraciste de Mehdi Meklat et les messages de haine pure envoyés par « Marcelin Deschamps » qui avait donné du poids au scandale.

Mais l’ancien chroniqueur du Bondy Blog, tout à son introspection, a trouvé cet autre argument : « En cas de dérapage, la sanction n’est pas identique pour tout le monde. Quand Lorànt Deutsch s’abrite derrière des pseudos pour attaquer des gens, sa carrière n’est pas remise en question ». Lorànt Deutsch, souvenez-vous, avait été accusé en octobre 2016 par une enquête de BuzzFeed France d’utiliser également un compte anonyme sur Twitter, proférant des messages tels que : « Tu finiras couché au Bataclan, cancrelat de gauche » ou « [Je ne] vais pas faire le clochard en ZEP avec des islamo-gauchos ». Là encore, Mehdi Meklat omet un détail : dans le cas de l’acteur-féru d« histoire, qui nie être l’auteur des messages et dénonce un piratage, cette virulence anti-gauchistes avait peu étonné, venant d’un royaliste et réactionnaire assumé. Et l’ensemble paraît moins pénalement condamnable que l’œuvre de Marcelin Deschamps quand il clamait : »Vive les pd vive le sida avec Hollande !« ou »Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo« … »Un fantasme raciste" à l’origine du scandale

Finalement, plus d’un an d’« autopsie » auront permis à Mehdi Meklat de comprendre ce qui était vraiment en jeu dans l’affaire le concernant. Laquelle a ni plus ni moins révélé, à ses yeux, que la société française était profondément… raciste. Dans le JDD, toujours, il juge que la polémique autour de ses messages, qu’il relie gratuitement à l’affaire Mennel ou la démission forcée de Rayan Nezzar de LREM, révèle « un fantasme raciste : comme si l’Arabe de banlieue tétait l’antisémitisme avec le lait de sa mère ».

C’est donc ce racisme qui aurait en réalité tout déclenché, et non la nature de ses tweets quand ceux-ci ont été révélés à l’occasion de son passage à l’émission La grande librairie sur France 5 : « A un moment, il n’est pas question qu’un noir ou qu’un Arabe puisse aller dans l’émission la plus prestigieuse consacrée à la littérature en France. C’est là que tu es rappelé à ta classe de manière radicale et définitive ».

Mehdi Meklat adopte la même attitude dans Quotidien : « Si je m’appelais Maximilien Prat, est-ce que j’aurais eu droit à une forme d’impunité, à une différence dans le traitement médiatique ? », interroge-t-il, avant de réitérer le parallèle avec Lorànt Deutsch : « Aujourd’hui, sa carrière n’est pas mise en danger, si demain il s’excuse on acceptera ses excuses. Pourquoi on n’a pas accepté les miennes ? ». Mais de qui parle alors Mehdi Meklat, qui n’a pas accepté ses excuses ? Grasset, l’une des plus grandes maisons d’édition françaises, qui lui donne l’occasion de publier un livre pour exprimer son point de vue ? Ou les deux médias populaires qui lui accordent à leur tour une tribune ?

Qu’à cela ne tienne, le blogueur le martèle : « Je pense que quand on s’appelle Mehdi aujourd’hui en France, il n’est pas facile de s’excuser parce qu’il y a forcément une suspicion. Aujourd’hui, quand on est Arabe ou noir en France, il y a une forme de suspicion dans l’air, il est très facile d’enfermer une personne dans son identité ». C’est sans doute la triste conclusion de ce retour de Mehdi Meklat : après deux ans d’« autopsie », le jeune homme s’émeut toujours que lorsqu’un antiraciste médiatique tweete en secret « Faites entrer Hitler pour tuer les Juifs », c’est l’émotion provoquée qui pose problème, et non ce qui l’a déclenchée.