Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > impact on women / resistance > France : Pourquoi nous ne marcherons pas aux côtés de #NousToutes

France : Pourquoi nous ne marcherons pas aux côtés de #NousToutes

Contre le relativisme culturel !

samedi 24 novembre 2018, par siawi3

Source : https://www.huffingtonpost.fr/bouchera-azzouz/pourquoi-nous-ne-marcherons-pas-aux-cotes-de-noustoutes_a_23598359/?utm_hp_ref=fr-homepage

LES BLOGS
24/11/2018 07:00 CET | Actualisé il y a 9 heures

Pourquoi nous ne marcherons pas aux côtés de #NousToutes

Par notre absence à cette marche, nous souhaitons appeler chacune et chacun à éclaircir ses positions et ses soutiens.

Par Bouchera Azzouz et Ouarda Sadoudi

En ne marchant pas le 24, nous n’abandonnons pas la lutte, mais appelons à un sursaut féministe.

L’association « Les Ateliers du Féminisme Populaire » a décidé de ne pas marcher ce 24 novembre avec le collectif #NousToutes, bien que nous partagions des valeurs communes avec beaucoup d’associations et personnalités mobilisées.

La lutte contre les violences faites aux femmes est évidemment pour nous une question majeure, comme en atteste notre engagement militant de près de 20 ans. Mais ce combat ne peut nous soustraire à la responsabilité qui est la nôtre d’alerter sur les dérives et les insidieux glissements de certains mouvements dits « féministes ».

Nous sommes arrivées à une situation critique où le féminisme est devenu un « fourre-tout », un funeste alibi où convergent des mouvements rétrogrades, néo-conservateurs, avec une résurgence inquiétante du relativisme culturel.

C’est pourquoi, par notre absence à cette marche et à travers cette tribune, nous souhaitons appeler chacune et chacun à éclaircir ses positions et ses soutiens, comme nous l’avons déjà exprimé par le passé.

Le féminisme a été au cours des siècles un combat politique des plus cohérents et des plus universels pour défendre l’égalité, la liberté et la fraternité, dans une perspective de justice, et de justice sociale. Il doit, aujourd’hui plus que jamais, le rester.

Faut-il rappeler le courage d’Olympe de Gouges qui ne concevait pas l’égalité sans l’abolition de l’esclavage et l’accès à la citoyenneté des femmes ? Sa vision politique ne se réduisait pas à la seule question des femmes dans la société, mais emportait dans son exigence de cohérence, une vision globale sous-tendue par une question simple : comment se libérer de toutes les injonctions, quelles soient religieuses, politiques, dogmatiques, pour permettre à chacun de s’émanciper, c’est à dire de prendre en main son destin ?
Cette question en appelle d’autres aujourd’hui, il faut avoir le courage de les poser.

Pouvons-nous raisonnablement marcher au côté des quelques égarées qui, poussent les logiques du relativisme culturel, jusqu’à défendre l’impensable : le droit à l’excision ?

Pouvons-nous marcher au côté des quelques inconscients qui ont pour mot d’ordre l’évitement de la question des mariages forcés ou des violences intracommunautaires au motif qu’elles alimentent le racisme et la stigmatisation d’une communauté ?

Pouvons-nous raisonnablement marcher aux côtés de tous ceux qui défendent la prostitution comme un droit inaliénable des femmes à disposer de leur corps ?

Pouvons-nous raisonnablement marcher aux côtés de ceux qui défendent un féminisme soumis aux injonctions des courants religieux radicaux, limitant la liberté des femmes aux seules règles religieuses ?

Ces mêmes règles qui, quand elles sont le fondement juridique et politique de certains pays, conduisent à la persécution des homosexuels, des athées et de toutes les minorités, sans parler du statut et de la condition des femmes ?

Comment comprendre alors, ces alliances improbables entre les « travailleuses du sexe », certains mouvements LGBT, et les ferventes défenseuses du port du voile qui se veulent dans le même temps les fers de lance de la lutte contre les discriminations et le racisme. Naïveté ou défiance à la République et ses valeurs ? Les deux ?

Le voile est devenu leur étendard, leur cause commune.
Nous le disons fermement, le voile peut être un choix consenti, pour autant il ne peut être revendiqué comme une conviction féministe.

Avec le recul, on comprend bien que le voile n’était pas soutenu pour des raisons religieuses mais bien politiques. D’évidence, les républicains laïcs n’auraient de cesse de lutter contre, privilégiant souvent la politique de la terre brûlée pour tenter de freiner les avancées politiques des fondamentalistes. On observe parfois un acharnement sur des femmes voilées qui sont souvent malgré elles, les victimes collatérales, des pressions religieuses d’un côté, du manque d’accompagnement de l’autre.

Le voile est devenu le point d’achoppement du débat sur les discriminations et la laïcité : c’est là que se niche le danger et le piège se referme sur nous.

Nous savons bien que derrière ces manœuvres il s’agit d’alimenter chez la jeunesse désemparée des quartiers, l’idée que la République est intolérante, incapable de penser l’égalité pour les « noirs », les « arabes » ou les « musulmans », qui seraient ad vitam eternam des « colonisés ».
Leur responsabilité est énorme et leur posture impardonnable.

En France, ce sont nous, les féministes, qui nous heurtons de plein fouet à ces dérives et ces incohérences.

Pour être des femmes de terrain, et non des femmes de postures idéologiques, nous savons que les femmes des quartiers populaires, sont prises en otage de ces discours, alors que leurs besoins et leurs attentes sont immenses.

Nous portons un féminisme d’urgence, pratique, un féminisme du quotidien, un féminisme à l’arrache, toujours prompt à rendre visibles les invisibles et les réalités qui les touchent.

Nous posons des questions aussi tragiques que triviales qui soulignent tout à la fois les rapports de domination, le poids du patriarcat, de la pression radicale mais aussi les questions de discriminations, de racisme, de délit de faciès de mépris social et de relégation sociale.

Chaque jour nous sommes confrontées à une immense détresse à laquelle nous avons le devoir d’apporter des solutions pratiques.

En ne marchant pas le 24, nous n’abandonnons pas la lutte, mais appelons à un sursaut féministe, pour nous organiser d’ici le 8 Mars et définir, ensemble, les grands axes que doit tracer la lutte féministe pour être présente sur le terrain des discriminations, des luttes sociales, du droit des femmes et de l’égalité.

Cette tribune est également signée par Julie Jouvencel, Secrétaire Générale de l’association Les Ateliers du Féminisme Populaire