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Des migrants iraniens prennent la mer par « désespoir » dans le nord de la France

samedi 1er décembre 2018, par siawi3

Source : https://www.mediapart.fr/journal/international/291118/des-migrants-iraniens-prennent-la-mer-par-desespoir-dans-le-nord-de-la-france?utm_source=20181129&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20181129&M_BT=1289581865541

Des migrants iraniens prennent la mer par « désespoir » dans le nord de la France

29 novembre 2018

Par Elisa Perrigueur

Mardi, au petit matin, deux embarcations transportant 18 migrants ont été interceptées au large de Dunkerque et de Douvres. Cette année, 268 migrants ont tenté de ou sont parvenus à rejoindre la Grande-Bretagne par bateau. Ce type de départs périlleux s’accélère depuis octobre. Ces passagers sont iraniens, pour la plupart, comme Davod, aujourd’hui réfugié à Londres.

Londres (Angleterre), Calais et Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), envoyée spéciale.– En cette fin novembre, la lune éclaire la mer froide, le long du littoral qui s’étire entre Boulogne-sur-Mer et Dunkerque. De petits groupes de cinq à dix hommes, accompagnés de femmes et parfois d’enfants, se faufilent vers ces plages désertes, les criques isolées au pied des falaises vertigineuses battues par les vagues à marée haute.

Ce sont des migrants, des Iraniens. Transis, ils embarquent sur de frêles esquifs, des bateaux de pêche ou semi-rigides, et voguent vers le large, sur les courants du détroit du Pas-de-Calais qui sépare la mer du Nord de la Manche. Ils naviguent à l’aveugle dans ce dangereux chenal, le plus fréquenté du monde, où croisent chaque jour près de 400 navires marchands. Cap sur un avenir meilleur, cap sur le sud-est de l’Angleterre, dont on aperçoit par beau temps la côte aux roches couleur craie, à 40 kilomètres.

Photo : La traversée de la Manche. © Elisa Perrigueur

Pour beaucoup, la traversée s’arrête au bout de quelques kilomètres. Ils se signalent eux-mêmes en détresse, en contactant les numéros d’urgence, ou bien sont repérés par des navires témoins, avant d’être ramenés à terre. Mardi 27 novembre au petit matin, neuf migrants étaient ainsi aperçus par un ferry à quatre milles marins de Dunkerque et reconduits sur le rivage français. Neuf autres avaient réussi à fendre les flots jusqu’au comté de Kent. Ils ont été vus à la dérive par un navire britannique non loin de Douvres.

Les tentatives s’enchaînent à un rythme inédit sur la côte d’Opale. Entre octobre et novembre, 28 passages illégaux en mer vers l’Angleterre, avortés ou réussis, ont été constatés par la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord, généralement dans l’obscurité. La nuit la plus alarmante fut celle du mercredi 21 au jeudi 22 novembre. Sous la pleine lune, 36 migrants ont été interceptés ou sauvés au cours de quatre opérations de la préfecture maritime et de la police aux frontières. Certains s’apprêtaient à embarquer dans le froid agressif, d’autres manœuvraient déjà dans les eaux à 12 degrés. Sept personnes ont été conduites en Grande-Bretagne. Les autres, revenues en France, ont été auditionnées par la police. Plusieurs ont été transportées à l’hôpital, en état d’hypothermie.

Au total, 40 embarcations se sont risquées à ce périple clandestin cette année. Soit 268 personnes. « Une explosion », s’inquiète la préfecture maritime, qui n’avait repéré que treize bateaux de migrants en 2017. « Ce détroit est accidentogène, les courants peuvent y être forts, met en garde la porte-parole adjointe de la préfecture. Il n’y a eu aucun mort jusqu’ici, mais nous voulons éviter toute catastrophe et préserver la vie humaine avant tout. »

Ces candidats au passage « ne savent pas naviguer et ont des moteurs très puissants », raconte Pascal Marconville, procureur de Boulogne-sur-Mer, qui rappelle que les migrants arrêtés en cette fin novembre sont « tous ou presque des Iraniens, souvent kurdes ». « Nous nous interrogeons sur l’origine de leurs embarcations, ajoute-t-il. Les migrants nous disent qu’ils agissent seuls, sans passeurs, qu’ils se sont cotisés pour acheter des Zodiac ensemble. Parallèlement, nous avons constaté beaucoup de vols de bateaux ces derniers temps. Peut-être qu’il y aurait des trafiquants derrière. Nous ne savons pas encore. »

Cela fait longtemps, près de trente ans, que des mafias organisent des passages vers les côtes britanniques sur ce détroit agité. Des réseaux de passeurs demandent jusqu’à 10 000 euros pour un voyage en bateau de plaisance avec pilote. Comme cet ancien capitaine de la marine anglaise de 70 ans, condamné en septembre à trente mois de prison pour avoir effectué des trajets contre 9 000 euros.

Les Iraniens prennent la mer car cette voie dangereuse était jusqu’ici délaissée par les autres groupes de passeurs, estiment les autorités. Les 500 migrants dormant dehors à Calais et aux alentours, des Afghans, des Érythréens, des Soudanais, etc., privilégient le franchissement en camion. Ils se dissimulent dans les véhicules qui transitent par milliers par le port ou l’Eurotunnel afin de rallier la Grande-Bretagne. Les 500 Kurdes irakiens présents à Grande-Synthe, à 30 kilomètres de Calais, font souvent de même. Mais ce mode de passage est de plus en plus difficile. Les parkings autoroutiers des poids lourds, souvent territoires des mafieux, sont difficiles d’accès. Des aires de stationnement ont été fermées. Et la police intensifie les contrôles au port et à l’Eurotunnel.

Le nombre de tentatives de passage, qu’elles soient en bateau, en camion ou en voiture, augmente. Selon le procureur Pascal Marconville, une fausse information précipite les départs : « Les passeurs expliquent que la frontière britannique va fermer avec le Brexit. » La météo clémente des derniers jours a aussi encouragé l’emprunt de la voie maritime.

Photo : Davod, à Londres, en octobre 2018. Il reste marqué par sa traversée en 2016. © Evelina Llewellyn

Assis dans un salon aux murs nus dans un appartement de Golders Green, quartier nord de Londres, Davod, un Iranien de 35 ans au regard noir, raconte qu’il a tenté la folle traversée « par désespoir ». « Pendant quatre mois, j’avais essayé de monter seul dans les camions, mais la police me trouvait. Il fallait payer des passeurs pour que ça marche [de 3 000 à 5 000 euros – ndlr], je n’avais plus assez d’argent. » Tirant nerveusement sur sa cigarette roulée, cet ancien ingénieur en BTP de Téhéran raconte son « grand départ » sur ce littoral sauvage, deux ans plus tôt. C’était en juin 2016, à l’aube, sur le sable bordé d’oyats de la plage de Dannes, dans le Pas-de-Calais. Près de ces dunes qu’ils foulent pour la première fois, ils sont trois Iraniens, Davod, Mokhtar et Kourosh, déterminés à rejoindre l’Angleterre. Deux Français, Laurent Caffier et Béatrice Huret, les aident pour cette équipée clandestine. Ils disent avoir agi « par solidarité, par amour, par amitié, sans demander d’argent ».

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Source : https://blogs.mediapart.fr/sos-mediterranee/blog/291118/ne-les-laissons-pas-mourir-la-nouvelle-campagne-de-sos-mediterranee?utm_source=20181129&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20181129&M_BT=1289581865541

« Ne les laissons pas mourir ! », la nouvelle campagne de SOS Méditerranée

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29 nov. 2018 Par SOS Méditerranée Blog : Le blog de SOS Méditerranée

A l’heure où l’Aquarius est la cible de nouvelles attaques visant à criminaliser son action de sauvetage en mer, l’association SOS Méditerranée a lancé ce 27 novembre une campagne d’appel aux dons autour des valeurs universelles d’humanité et de solidarité afin de soutenir et pérenniser son action : « Ne les laissons pas mourir ».

Ne les laissons pas mourir - SOS MEDITERRANEE © SOS MEDITERRANEE France

Mobiliser le grand public autour de valeurs universelles

Les attaques répétées dont l’Aquarius est la cible détournent l’attention du drame qui se joue aux portes de l’Europe : plus de 2000 hommes, femmes, enfants morts noyés en Méditerranée depuis le début de l’année. Ce film appelle les citoyennes et citoyens à se mobiliser autour des valeurs universelles de solidarité et d’humanité qui fondent l’action de SOS MEDITERRANEE.

L’objectif de la campagne, centrée autour d’un film de deux minutes, est donc d’appeler le public à soutenir concrètement SOS MEDITERRANEE dans sa mission de sauvetage en mer. Une mission qui doit reprendre d’urgence, alors que l’action des navires de sauvetage civils comme l’Aquarius est sciemment entravée et que le taux de mortalité n’a jamais été aussi élevé en Méditerranée centrale.

« ‘Ne les laissons pas mourir !’ c’est le cri d’alarme de nos marins-sauveteurs qui côtoient la mort et la détresse quotidiennement », rappelle Sophie Beau, co-fondatrice et vice-présidente du réseau européen de SOS MEDITERRANEE. « Par le biais d’une fiction aux accents intimes et oniriques, le film invite à une réflexion et cherche à provoquer l’empathie du spectateur sur une réalité terrible : les naufrages qui se poursuivent en Méditerranée, en l’absence d’une solution européenne ». Depuis février 2016, SOS MEDITERRANEE a porté secours à près de 30 000 personnes sur cet axe migratoire, le plus mortel au monde. Sa mission doit continuer.

Un film de 2min autour d’un désir commun : « l’envie de vivre »

L’association a confié la réalisation de ce film de deux minutes à l’agence PlusPlusPlus et au réalisateur Julien Faure, pour véhiculer un message fort et humaniste sur la condition de ces hommes, femmes et enfants qui tentent de traverser la Méditerranée pour survivre.

Le film met en scène une rencontre entre deux êtres humains qui ne portent pas le même regard sur la Méditerranée mais partagent la même envie de vivre. Il illustre cet instinct de survie qui pousse chaque jour des familles entières à risquer leur vie en mer.

« Il s’agissait pour nous de nous détacher du contexte géopolitique complexe de la migration pour revenir à la mission prioritaire de l’association : sauver des vies humaines en mer » souligne Mickael Jeanne, directeur de création de l’agence. Le film est construit à la manière d’un court métrage, en-dehors des codes publicitaires classiques, permettant ainsi de mettre en exergue les émotions communes que partagent les deux personnages assis sur le sable...

« Au lieu de parler du drame des migrants, aujourd’hui assimilés à une masse anonyme, nous avons voulu montrer le visage d’une personne qui a une histoire, une vie de famille, des rêves… », poursuit Monsieur Jeanne. « Ces hommes, femmes et enfants qui traversent la Méditerranée sont comme vous et moi, prêts à tout pour survivre. C’est cette envie de vivre qui est au cœur de notre film, symbolisée par cet homme auquel nous pouvons tous nous identifier, avec ses peurs, ses joies, ses désirs... ».

L’Association Française des Cinémas Art et Essai (AFCAE) étant partenaire de la campagne, le court métrage sera projeté à partir du mercredi 28 novembre dans de nombreuses salles de cinéma Art et Essai sur les territoires. Il sera aussi diffusé dans des lieux culturels et sur des supports de communication numérique (réseaux sociaux, sites internet des médias, relais influenceurs).

SOS MEDITERRANEE souhaite ainsi toucher un public très varié. « Il nous parait important de ne pas nous adresser uniquement à des personnes convaincues par notre action, mais aussi de toucher d’autres publics encore peu sensibilisés à la catastrophe humanitaire qui se déroule en mer Méditerranée, aux portes de l’Europe.", explique Sophie Beau. L’agence et la production ont souhaité contribuer bénévolement à la création de cette campagne.

SOS MEDITERRANEE Ensemble agissons pour sauver des vies en mer

SOS MEDITERRANEE est une association européenne de citoyens créée en juin 2015 pour sauver des vies en mer. En deux ans et demi, 29 523 personnes ont été secourues, dont près d’un quart sont des mineurs.

SOS MEDITERRANEE opère avec le navire Aquarius depuis février 2016 afin d’apporter une réponse humanitaire d’urgence en mer Méditerranée centrale, où plus de 15 000 personnes sont mortes noyées depuis quatre ans en tentant de fuir la Libye, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

Outre sa mission de sauvetage en mer, l’association témoigne auprès du grand public de cette tragédie humanitaire qui se déroule aux portes de l’Europe. Des actions de sensibilisation sont menées partout en France par près de 450 bénévoles à l’occasion de différents évènements (projections, festivals, concerts, etc.) ainsi que dans les établissements scolaires.

Chaque jour en mer coûte 11 000 euros : financée à 93% par des dons privés, SOS MEDITERRANEE ne pourrait poursuivre sa mission de sauvetage sans l’indéfectible engagement de citoyens, d’entreprises, d’associations de tous horizons.

Pour nous soutenir et suivre notre actualités : http://www.sosmediterranee.fr/