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France : Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique

jeudi 24 janvier 2019, par siawi3

Source : https://naembestandji.blogspot.com/2017/06/legislatives-2017-un-defi-pour.html

Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique

(1ère partie)

juin 08, 2017

Voir tous les tweets, images et illustrations auxquels il est fait référence ici

Les 11 et 18 juin prochains auront lieu les élections législatives. Des dizaines d’intégristes musulmans seront candidats. Des islamistes qui se présentent à des élections n’est pas un phénomène nouveau. Mais leur nombre pour celles-ci est inédit. Cette nouvelle étape devait arriver tôt ou tard. Nous nous retrouvons à présent avec des candidatures des deux extrêmes droites : le Front National et les groupuscules fédérés par Jean-Marie Le Pen d’un côté, et les islamistes de l’autre.

Comme expliqué dans un article précédent (1), les islamistes se partagent en deux grands courants (il en existe d’autres plus minoritaires) : les salafistes et les Frères musulmans. Leur vision de l’islam et du monde est la même (un islam littéraliste, l’obsession sexuelle à travers le voile, l’obsession de la Palestine, etc.). Les différences se situent sur les moyens pour l’appliquer et atteindre leurs objectifs. Les salafistes sont peu, voire pas du tout, engagés en politique. Ils préfèrent un fonctionnement sectaire, repliés sur eux-mêmes. Pour ceux souhaitant agir sur l’ensemble de la société, ils préfèrent la violence à la politique. Les islamistes djihadistes sont essentiellement issus du salafisme.

Les Frères musulmans sont, eux, tournés vers la politique. Ils ne souhaitent pas vivre au ban de la société. Ils veulent le « vivre ensemble » en faisant plier la société pour qu’elle s’adapte à leur radicalité. Mais les deux branches de l’islamisme ont les mêmes objectifs : faire de leur radicalité le véritable islam et imposer leur rigorisme et archaïsme à l’ensemble de la société. Les premiers, en souhaitant atteindre leurs objectifs à court terme par la violence, montrent leurs intentions bien trop frontalement. Les seconds, en souhaitant atteindre les mêmes objectifs par une stratégie politique sur le long terme (séduction par l’instrumentalisation de la lutte anti-raciste, arme du voile, victimisation et intimidation par le concept « d’islamophobie ») sont bien plus efficaces. Les premiers leur sont d’ailleurs bien utiles pour passer pour des « modérés ». Le voile frériste (le hijab) est plus court que le niqab ou le jilbab, et les femmes donnent l’impression d’être plus libres que les salafistes. Même si elles restent des objets sexuels dont le corps honteux doit toujours être caché car coupable de tous les débordements potentiels. C’est pour cela que l’expression « du juste milieu » est une ritournelle très souvent utilisée par les Frères musulmans. Leur extrémisme serait un islam modéré et apaisé face au sectarisme et à la violence des salafistes. Il ne faut donc pas prendre leurs mésententes occasionnelles comme des différences doctrinales profondes (leurs conférences communes régulières et soutiens réciproques l’attestent). C’est uniquement sur les moyens et méthodes pour atteindre leur rêve que se trouvent leurs divergences.

La vision du long terme semble plus ou moins fonctionner. Les intégristes ont du mal à avancer face à une France déconfessionnalisée et profondément laïque. La France n’est pas la Turquie, et encore moins l’Égypte ou autres pays fortement imprégnés par le religieux. La loi de mars 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école est pour eux leur plus lourde défaite. C’est pour cela qu’elle est leur première cible pour les législatives.

Mais ils réussissent néanmoins, bon an mal an, à progresser. Des avancées facilitées par une partie de la société (politiques, associations, intellectuels, etc.) qui ne mesurent pas le danger en ne voyant en eux que la poudre aux yeux qui leur est lancée : « les musulmans » éternelles « victimes de l’oppression impérialiste d’un État raciste néocolonial très très méchant ». Ce qui permet de faire accepter des revendications et attitudes totalement rejetées lorsqu’elles viennent des autres cultes.

Cette vision du long terme, dont les graines ont été posées à partir des années 1980 et fortement irriguées dès les années 1990, voit aujourd’hui ses récoltes abondantes. Youssef Al-Qaradhawi, l’UOIF et surtout Tariq Ramadan ont su semer comme il le fallait depuis plus de 25 ans. Le CCIF, les multiples centres « culturels », les Indigènes de la République où nombre d’islamistes militent, Oumma.com, Lallab, des « journalistes » (militants) du Bondy Blog et bien d’autres encore en sont les fruits les plus juteux.

Mais un nouveau palier, donc, est franchi depuis quelques temps déjà et qui prend aujourd’hui la lumière : la constitution de nombre d’islamistes en partis politiques ou en candidatures individuelles. Le rêve de Tariq Ramadan, qui n’a eu de cesse de le recommander dans ses livres et prêches depuis tant d’années, se réalise peu à peu.

Que représentent ces partis religieux ? Quel est leur stratégie et la menace qu’ils représentent pour notre pays ?

Nous entendons souvent l’expression « proche des Frères musulmans ». Ce qui ne veut rien dire. D’ailleurs, il n’y a pas l’expression équivalente pour le salafisme « proche des salafistes ». On est salafiste ou on ne l’est pas. On est donc Frère musulman ou on ne l’est pas.

L’appartenance à la confrérie n’est pas formelle. Il n’y a pas de carte d’adhésion ni une organisation pyramidale dirigée depuis l’Égypte (pays d’origine de cette idéologie). Il existe bien des structures tel que le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche. Mais là encore, aucune référence n’est officiellement faite à la confrérie. Il existe toutefois des exceptions. Le Hamas n’a jamais caché son appartenance. Cela s’explique par l’Histoire et les circonstances. Dans le préambule de sa charte, il cite une expression de « paix et d’amour » du fondateur des Frères musulmans (2) :
« Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé ». L’imâm martyr Hasan al-Bannâ -que Dieu lui fasse miséricorde !-

Mais c’est son article 2 qui est le plus clair et le plus important :
Le Mouvement de la Résistance Islamique est l’une des ailes des Frères musulmans en Palestine. Le Mouvement des Frères musulmans est un organisme mondial, le plus important des mouvements islamiques de l’époque moderne ; il se distingue par la profondeur de son mode de compréhension, la précision de son mode de représentation et l’universalisme parfait des concepts islamiques qui s’appliquent à l’ensemble des domaines de la vie, aux représentations et aux croyances, à la politique et à l’économie, à l’éducation et à la vie sociale, au judiciaire et à l’exécutif, à la mission et à l’enseignement, à l’art et à l’information, à ce qui est caché comme à ce qui est manifeste et à tous les autres domaines de la vie.

Cet article montre à la fois l’appartenance officielle du Hamas à la confrérie des Frères musulmans, mais aussi le cœur de la doctrine frériste, sa vision totalitaire du monde et son rêve de conquête.

Mais dans les pays non musulmans, la plupart des Frères préfèrent ne rien en dire. C’est le principe de la taqiya (concept permettant de dissimuler ses véritables intentions religieuses). L’intérêt est double : ne pas effrayer la société et faire passer leur radicalité comme étant le véritable islam, un islamiste frériste devenant ainsi un simple musulman. Le CCIF ou le parti politique « Français ET Musulmans » par exemple exploitent à fond ce principe. Les sujets de tension qui existent autour de l’intégrisme musulman sont ainsi brouillés. De nombreux musulmans maitrisant peu leur religion sont convaincus que l’interprétation frériste est l’islam véritable. Ils voient en Tariq Ramadan ou Hassan Iquioussen des maîtres à penser musulmans, pas des idéologues fréristes. Ils voient dans le CCIF une association « anti-raciste » de défense des musulmans, pas des militants identitaires d’extrême droite ayant une vision raciste et totalitaire de l’islam. Ces musulmans relèvent donc de cette idéologie sans même le savoir. Considérer le voile comme une obligation religieuse, et non pas comme une interprétation intégriste, en est l’exemple le plus emblématique. Les femmes voilées sont qualifiées de « musulmanes » tout court. La lutte contre l’intégrisme, ainsi que la critique et la moquerie de l’islam, sont nommées « islamophobie ». On y joint les actes et propos antimusulmans qui, eux, sont condamnables, pour apporter la couverture nécessaire à son acceptation. Le mélange entre une idéologie religieuse critiquable comme toutes les autres et les individus victimes de discrimination est un amalgame soigneusement entretenu et choyé par les islamistes avec le soutien des « idiots utiles ». Car la notion de blasphème, réelle motivation de « l’islamophobie », est fortement ancrée et instrumentalisée. Encore une fois, les Frères veulent faire passer leur radicalité comme étant le véritable islam. S’attaquer à eux serait s’attaquer à l’ensemble des musulmans. Les critiquer serait donc des propos antimusulmans. Les musulmans formant une « race » et faisant partie d’un peuple supérieur, comme l’a bien expliqué à plusieurs reprises le directeur du CCIF Marwan Muhammad, alors critiquer les intégristes serait du racisme. CQFD. Voilà comment une idéologie raciste prétend officiellement lutter contre le racisme (3).

Ainsi, l’appartenance aux Frères musulmans n’est pas administrative ni organique. La conséquence est que cela permet aux militants de pouvoir nier leur appartenance lorsque cela est nécessaire, comme en France. Leur appartenance se manifeste par leur idéologie, leur vision littéraliste et mythifiée de l’islam. Un islam bien plus politique que spirituel. Ce qui n’est pas le cas des musulmans modérés et/ou progressistes. Cette appartenance aux Frères musulmans se manifeste aussi à travers leur stratégie. La taqiya en est un des éléments de base. Les salafistes, eux, ne dissimulent pas grand-chose.

Sur le plan idéologique, leurs références théologiques sont claires. Youssef Al-Qaradhawi est un de leurs idéologues de référence, que l’ensemble des islamistes fréristes n’hésite jamais à citer et à louanger. Tariq Ramadan est de ceux-là, tout en étant également le prédicateur de référence pour les musulmans fréristes francophones. Lui-même fait souvent aussi l’éloge de son grand-père, Hassan Al-Banna, le co-fondateur de la confrérie. Hani Ramadan, prédicateur et frère de Tariq expulsé du territoire à cause de ses prêches radicaux, est aussi admiré par ces mêmes musulmans. Ils se sont d’ailleurs publiquement émus de cette expulsion.

Les musulmans modérés rejettent la doctrine de Youssef Al-Qaradhawi et les discours de Tariq Ramadan, même si certains se laissent berner par son discours ambigu. Les musulmans progressistes sont d’ailleurs de farouches adversaires de Tariq Ramadan. Nombre de musulmans ont été soulagés, ou au moins indifférents, à l’expulsion de Hani Ramadan ou l’interdiction de territoire pour Youssef Al-Qaradhawi.

Les Frères musulmans rejettent la vision de l’islam des Lumières, que Marwan Muhammad nomme avec mépris « islam du réverbère ». Ils n’adhèrent pas à l’islam d’Abdennour Bidar, Mohamed Talbi ou d’autres. Leurs citations doctrinales et rhétoriques sont uniquement issues de la confrérie et d’une partie du salafisme.

Mais c’est le voile qui marque de façon flagrante l’adhésion ou non à l’extrémisme. Les musulmans modérés ne considèrent pas le voile comme étant une prescription religieuse, puisque cela relève uniquement du sexisme. La vision d’une femme potentiellement coupable d’exciter la libido masculine qui pourrait être contrôlée par la condamnation au voilement des femmes est purement intégriste. Aucun théologien, islamologue et intellectuel musulman progressiste n’est sur cette ligne, ni sur la ligne du « préserve ta pudeur et ne t’habille pas comme les femmes occidentales » pour justifier le voilement. En parcourant les sources, on s’aperçoit que seuls les théologiens et islamologues fréristes et salafistes prônent le port du voile.

Le voile est le trait d’union entre l’idéologie et la stratégie, autre élément identificateur de l’appartenance à l’idéologie frériste. Leur islam est politique, identitaire et totalitaire. Le voile en est l’instrument, soutenu par l’arme de l’« islamophobie » pour tenter d’écarter toute opposition. Leur islam donne plus d’importance à l’apparence (uniformes, vocabulaire, attitudes) qu’à la spiritualité. L’intransigeance pour le port du voile le démontre encore (4).

Les musulmans modérés considèrent leur foi comme intime. Ils ne ressentent pas le besoin de l’afficher et encore moins de la faire déborder dans la sphère publique en menant des actions politiques en son nom. Un musulman modéré qui s’investit en politique ne le fait pas au nom de sa foi mais de sa citoyenneté. Car il estime faire partie d’une seule communauté : la Nation. Si sa foi est son guide dans l’intimité, les valeurs républicaines sont son phare dans la société.

Il n’y a rien de cela chez les Frères musulmans pour qui la citoyenneté est l’instrument politique de diffusion de leur islamité. Les actions et l’existence même du CCIF, les orientations de l’UOIF et l’apparition de candidats et partis politiques musulmans le démontrent.

Un autre critère les identifie : les éléments de langage. Des termes comme « juste milieu », « vivre ensemble », « injustice », « victime », « islamophobie », « éthique musulmane », etc. reviennent constamment. Ces termes ne sont pas utilisés du matin au soir par les musulmans modérés. Quand certains le sont, comme « vivre ensemble », ce n’est pas dans le sens détourné par les islamistes mais dans celui de l’universalisme.

Ces éléments de langage typiques des Frères (les salafistes ne sont pas aussi subtils) relèvent de leur stratégie de conquête politique. Un prosélytisme (qui est par définition de l’intégrisme) servi par la taqiya : ce qu’on montre à la société et ce qu’on est face à nos fidèles, la vitrine et l’arrière-cour. C’est fondamental chez les Frères musulmans. Je l’ai, là aussi, démontré dans mon article sur cette nouvelle extrême droite française.

C’est par l’ensemble de ces éléments que nous pouvons affirmer que les mouvements comme l’UOIF, le CCIF, Havre de Savoir et autres associations « culturelles », certains prédicateurs, les candidats « musulmans » aux élections et tant d’autres sont idéologiquement des Frères musulmans.

Aujourd’hui, le salafisme et surtout l’islam des Frères musulmans sont bien ancrés en France. Les musulmans progressistes ont été abandonnés par une partie de la gauche qui préfère soutenir les intégristes. Ces derniers correspondent mieux à leur image de « victimes de l’impérialisme et du colonialisme ». Avec cet ancrage solide dans les quartiers populaires, la densité de leur réseau sur internet et dans le monde réel, l’étape suivante coule de source : l’investissement en politique.

C’est à la lumière de ces éléments que nous pouvons mieux comprendre et appréhender l’apparition plus importante des islamistes aux élections législatives.

Qu’ils se présentent en indépendants ou sous la bannière d’un parti islamiste, leurs stratégies sont assez similaires : la lutte contre les discriminations et les inégalités. Ils abordent des thèmes généraux et classiques pouvant toucher tous les électeurs, avec une teinte de populisme. Chacun aurait donc pu rejoindre la multitude de partis classiques déjà existants qui proposent un peu les mêmes choses. Mais le cœur de leur campagne est bien le communautarisme sur base religieuse en utilisant la rhétorique habituelle : le « vivre ensemble », l’anti-racisme, « l’islamophobie », etc. Ils utilisent encore et toujours les termes républicains pour les retourner contre la République. Ainsi, la laïcité serait bafouée (seuls les intégristes musulmans seraient les défenseurs de la vraie laïcité), la gauche et la droite laïques seraient racistes, il faudrait se plier aux revendications islamistes pour le « vivre (dans leur) ensemble », etc. Leurs programmes, comme leurs actions militantes, sont un discours teinté de gauche enveloppé dans une idéologie d’extrême droite. Les références religieuses sont d’ailleurs très peu présentes dans leurs professions de foi et sur leurs sites officiels. Pour la nouvelle extrême droite comme pour la traditionnelle, la dédiabolisation est un leitmotiv. Mais leurs partisans sont plus naturels. Leurs commentaires à forte connotation religieuse et aux formules en arabe sur les pages Facebook et comptes Twitter de ces candidats, qui leur répondent volontiers, nous ramènent à leur réalité doctrinale et leurs candidatures « areligieuses » (sic).

Parmi les candidats islamistes, certains se présentent en indépendants. C’est par exemple le cas de Samy Debah, fondateur et ex-président du CCIF. Si Marwan Muhammad est la figure médiatique de ce collectif, Samy Debah en était le vrai patron (il a démissionné le 1er mars 2017 pour se lancer en politique en tant que candidat aux législatives). Tout ce qui a été fait ou dit par le CCIF, de sa création à mars dernier, a été validé par son (ex)président. Militant acharné du sexisme au nom du religieux et de l’acceptation de l’islam politique, partenaire assumé de nombreux prédicateurs plus rigoristes et rétrogrades les uns que les autres, il est aujourd’hui candidat dans la 8ème circonscription du Val d’Oise (5). Mais, en fin politique frériste, il ne laisse rien transparaitre de son pédigrée dans sa campagne officielle. La vitrine est encore là pour cacher l’arrière-cour.

Il y a aussi David Bizet, un islamiste référent du CCIF en Alsace. Il se présente comme « historien » avec pour bagage universitaire… une simple licence en Histoire. Pour avoir une idée du personnage, il avait donné un « cours d’Histoire » en mai dernier, dans la salle de conférence d’une mosquée de Vénissieux, sur « l’islam et les musulmans en France du Moyen-Age à nos jours ». Une conférence organisée par les islamistes turcs du Millî Görüs (6). Pour faire partie du public, les femmes, toutes voilées, étaient d’un côté et les hommes de l’autre, séparés par un long paravent. C’est pour la « pudeur » et la concentration. On ne sait jamais : la mixité, des cheveux visibles, un pull un peu trop près du corps, et le « cours d’Histoire » risque de susciter des érections et des fantasmes bien éloignés du sujet de la conférence. Ça se passe comme ça chez les islamistes.

David Bizet, candidat dans la 6ème circonscription du Haut-Rhin, législatives 2017
Militant d’En Marche (si, si, c’est vrai…), il regrette de ne pas avoir reçu l’investiture dans la 3ème circonscription de Côte d’Or (7). Il se présente alors comme indépendant dans la 6ème circonscription du Haut-Rhin…. Ce qui est encore plus surprenant, c’est que LREM ne peut ignorer le pédigrée de cet adhérent.

Feiza Ben Mohamed est une autre candidate sans étiquette. Elle est l’ancienne porte-parole et secrétaire générale de la Fédération des Musulmans du Sud. Elle déclare s’y être investie « dans la lutte contre l’islamophobie et les atteintes aux libertés de la communauté musulmane notamment à travers la triste polémique sur le burkini ». Encore une fois, on fait passer les intégristes comme étant la « communauté musulmane » dans son ensemble et l’enfermement du burkini comme une « liberté » revendiquée par tous les musulmans. Comment ensuite s’étonner que des citoyens non musulmans aient peur de l’islam ? Prétendre à la fois vouloir lutter contre « l’islamophobie » tout en entretenant et développant la phobie de l’islam, c’est tout l’art des islamistes. Le Front National local a dû se régaler. Toutes ses citations figurent sur sa page officielle de campagne (8). Elle utilise donc, elle aussi, son islamité et son militantisme religieux comme arme politique. Comme défini plus haut, cela s’appelle l’islamisme. Cette militante islamiste et soutien indéfectible du CCIF (qu’elle qualifie sur son site officiel de campagne, sans plaisanter ni la moindre ironie, d’« association laïque ») se présente dans la 5ème circonscription des Alpes Maritimes. D’ailleurs son suppléant Smail Jebali, toujours membre de la Fédération des Musulmans du Sud, est le porte-parole de l’antenne niçoise du CCIF.

Le féminisme de Feiza Ben Mohamed se limite à la « liberté de choisir » l’oppression et de défendre le port du burkini. En fait, elle ne cache pas son anti féminisme : Je n’adhère absolument pas à cette idéologie. (…) Je ne suis pas du tout féministe. Et d’ailleurs je pense aussi qu’il n’y a pas d’égalité homme-femme. (…) Chacun son rôle et chacun sa place, comme elle l’a si bien écrit dans un commentaire sur sa page Facebook…

Feiza Ben Mohamed soutient le patriarcat

Au moins, on ne peut pas lui reprocher un manque de cohérence et de franchise : contrairement à d’autres, elle n’a pas défendu le burkini en se prétendant « féministe ». En revanche, elle correspond tout à fait au « féminisme islamique » des intégristes. En cela, elle confirme parfaitement ce que j’avais expliqué dans un article précédent : les islamistes rejettent le terme « égalité » pour les rapports femme-homme. Ils préfèrent celui de « liberté ». Quelles sont les déclarations, les discours, où Marwan Muhammad, Youssef Al-Qaradhawi, l’UOIF et autres dans lesquels ils parlent d’« égalité homme-femme » ? Il n’y en a aucun. Tariq Ramadan, que Feiza Ben Mohamed ne se cache pas d’apprécier, parle de « relation homme-femme selon les préceptes de l’islam », de « complémentarité dont l’islam permet à la femme de remplir son rôle selon ses caractéristiques physiques et psychiques qui lui sont propres ». Un discours « ramadanien » de rejet de l’égalité des sexes au profit de la complémentarité islamiste au nom des différences biologiques. Argument habituel des intégristes de toutes les religions et machos de tout poil. Alors pourquoi préférer le terme de « liberté » ? Car l’égalité rejette la servitude. La liberté peut l’inclure. Ils préfèrent donc « liberté » et « complémentarité ». Pour eux, une femme doit avoir la « liberté » de se voiler et de se baigner toute habillée malgré l’inconfort. Un inconfort et une « pudeur » dont les hommes de leur entourage sont évidemment dispensés. Après un conditionnement qui peut durer des années à travers des prêches, des conférences, des livres, des vidéos, des sites internet, des discussions tous plus culpabilisants les uns que les autres, ces musulmanes en viennent « librement » à « choisir » de cacher derrière un voile leur corps honteux et sexuellement dangereux pour la libido des islamistes. C’est ce que propose le CCIF, dont le directeur n’a de cesse de rappeler ce qu’est une « bonne musulmane vertueuse qui a de la pudeur » (9). Ce que La Boétie appelait la « servitude volontaire » en politique, s’applique encore plus ici. L’égalité rendrait le voile caduque. La « liberté » lui laisse le champ libre. Feiza Ben Mohamed est l’illustration parfaite de ce que j’avais déjà démontré.

C’est peut-être pour cela qu’elle n’avait vu aucun problème à inviter Hani Ramadan pour une conférence à Nice organisée par la Fédération des Musulmans du Sud en avril 2016. Entre Frères musulmans, on se comprend.

Son respect de la République est tout aussi relatif. Lors du mariage de son frère à l’été 2016, elle n’hésita pas à emprunter l’écharpe tricolore de la statue de Marianne, installée dans la salle des mariages de la mairie, pour la porter. Ce qui est illégal puisque cela est réservé aux représentants officiels de la Nation dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions. La porter en dehors de ce cadre est donc logiquement un délit : Est puni d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende le fait, par toute personne, publiquement et sans droit de porter un costume, un uniforme ou une décoration réglementés par l’autorité publique (Article 433-14 du code pénal). S’en est-elle souciée ? Que nenni. Elle a posé pour une photo avec ladite écharpe. Photo qu’elle a publiée sur son compte Facebook.

Feiza Ben Mohamed revet illégalement l’écharpe tricolore

Il semble qu’elle ignorait que c’était interdit. Admettons. Ce qui, quand même, aurait pu lui effleurer l’esprit. La mairie a donc été dans son rôle en lui envoyant un courrier de rappel à la loi. Mais là encore nous retrouvons la victimisation et l’incroyable inversion des rôles, pur réflexe islamiste. Elle tweeta : Tte l’année,on accuse les musulmans de haïr la France.Et qd je poste une photo avec écharpe tricolore je reçois ça (photo de la lettre). A part les fachos, personne n’accuse les musulmans de haïr la France. Ce sont les intégristes musulmans qui sont pointés du doigt. Comme elle en fait partie et qu’elle considère sa radicalité comme étant le véritable islam, alors elle estime que ce sont « les musulmans » qui sont toujours visés. De plus, elle considère que ce rappel à la loi est fait, non pas parce qu’elle a commis une infraction, mais parce qu’elle est musulmane… Encore un acte « islamophobe » dont elle serait victime. « Islamophobie » qui se trouve évidemment en bonne place dans son programme pour les législatives.

Tweet de Feiza Ben Mohamed suite à son port illégal de l’écharpe tricolore

La scène de l’écharpe est anecdotique. Mais elle est symboliquement révélatrice de son relativisme républicain. Elle est aussi démonstrative sur sa perception victimaire, presque paranoïaque, typique chez les intégristes, de toute réaction s’opposant à ses dérapages.

Feiza Ben Mohamed a aussi une vision toute particulière de la liberté d’expression. Elle en a une définition islamiste, non pas républicaine. Elle rejoint évidemment le CCIF, l’UOIF et tout bon intégriste qui se respecte. Elle a eu l’occasion de le démontrer, comme sa réaction à un tweet d’Antoine De Caunes. La vedette télévisuelle est connue pour son humour (qu’on apprécie ou pas). Le 25 avril 2017, il réagit à un article du Parisien qui explique que des jihadistes ont été tués par des sangliers. Il tweet alors : « Allah est gland ».

Tweet d’Antoine de Caunes

Antoine de Caunes a toujours été comme ça. Mais là, il parle d’Allah… Ignorant le totalitarisme et la violence des islamistes, il a eu la surprise en quelques minutes de recevoir des dizaines de réponses toutes plus insultantes et menaçantes les unes que les autres. C’était d’une grande violence.

Echantillon d’insultes et menaces reçues par Antoine de Caunes sur Twitter

Feiza Ben Mohamed a suivi cela sur Twitter. A-t-elle condamné ces attaques contre la liberté d’expression ? Car Antoine De Caunes se moque d’une religion et de ses représentants intégristes. Ce qui est parfaitement légal dans un État de droit et démocratique. Et bien non, la candidate aux législatives ne les a pas condamnées. Elle n’a pas eu non plus le moindre mot concernant les insultes et menaces de mort envers Antoine De Caunes. Elle a simplement joué son rôle d’islamiste en se joignant aux attaques et se posant en censeur par un tweet cinglant : « Supprime. Loin d’être drôle ».

Tweet de Feiza Ben Mohamed en réponse à un trait d’humour d’Antoine de Caunes

Comme tous les intégristes de toutes les religions, elle estime que c’est à elle de décider ce qui est drôle ou pas, l’humour passant par le filtre religieux. Si elle estime que ça ne l’est pas, alors elle lance une injonction à laquelle on devrait se plier. Évidemment, sa réaction est due au mot « Allah ». Si Antoine De Caunes avait écrit « Marie », « Bouddha » ou « Zeus », elle n’aurait certainement pas réagi, tout comme aucun des « musulmans » ce soir-là. Comme à chaque action des islamistes, la fachosphère ne tarda pas à réagir. Les tweets de l’autre extrême droite, tout aussi haineux, mais envers les musulmans, ont explosé. Face à cette déferlante et aux menaces de mort, Antoine De Caunes a supprimé son tweet au bout de quelques heures. L’autocensure par le souvenir de Charlie Hebdo…Voilà comment, encore une fois, la nouvelle extrême droite entretient et développe l’extrême droite traditionnelle. Nul doute que, si elle est élue, elle saura porter à l’Assemblée Nationale, cœur de notre démocratie, sa vision des valeurs républicaines, et fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire évoluer la loi dans le sens de son tweet.

Feiza Ben Mohamed a aussi une tendresse particulière pour le leader de l’extrême droite turque actuellement au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan. Le chef de l’AKP glisse tous les jours un peu plus vers un régime autoritaire. Il ne s’en est jamais caché, fidèle à l’idéologie totalitaire des Frères musulmans dont son parti est la branche turque. Dans un discours daté de 1996, il considère que la démocratie n’est pas un but mais un moyen. Elle est comme un tramway duquel on descend une fois arrivé au terminus, c’est-à-dire une fois arrivé au pouvoir (10). Et c’est exactement ce qu’il fait. Il a gagné démocratiquement les élections par un populisme assumé et mené une politique accommodante durant quelques années pour consolider sa popularité. Puis, il s’est dévoilé : annihilation de toute opposition politique, neutralisation (parfois violente) des médias trop critiques, modification de la constitution turque pour consolider son pouvoir autoritaire, suppression progressive de la laïcité, développement de lois et favorisation de tout ce qui permet la radicalisation religieuse des esprits, etc. Bref, amener la Turquie vers un régime autoritaire et totalitaire, tel que l’idéologie des Frères musulmans l’a toujours préconisé. Ne pas fomenter un coup d’État pour accéder au pouvoir, mais se servir de la démocratie pour l’atteindre et mieux la supprimer ensuite. Un refus de la démocratie et une glorification de la violence religieuse pour la conquête du pouvoir qu’il formula ainsi en 1997 : les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats.

Mais tout ceci n’est pas si grave pour Feiza Ben Mohamed. Ce ne sont que des détails. Ou bien seraient-ce des mensonges colportés par des médias français et des turcs « islamophobes » et pas gentils (les turcs laïques et démocrates) ? Elle admire cet homme. Elle a d’ailleurs craqué sur une photo de la propagande officielle de ce dictateur en herbe où on le voit souriant et serrant deux enfants d’Alep dans ses bras. Dites ce que vous voulez sur Erdogan mais ça, ça n’a pas de prix a-t-elle écrit en commentaire de cette photo sur Twitter. C’est trop mignon. On aurait dit une adolescente groupie de Justin Bieber.

Feiza Ben Mohamed, une grande admiratrice d’Erdogan

Feiza Ben Mohamed n’est pas la seule à apprécier cet apprenti dictateur dont elle partage l’idéologie. L’ensemble des Frères musulmans français admire les Frères musulmans turcs. Certains, comme le CCIF, n’hésitent pas à travailler avec l’AKP. Mais les législatives leur permettent de franchir un nouveau cap avec une explosion de candidats et partis islamistes, dont un est directement inspiré de l’AKP, le Parti égalité et justice (PEJ). Mais d’autres comme l’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF) et « Français ET Musulmans » voient aussi le nombre de leurs candidats augmenter. C’est ce que j’aborderai dans la seconde et troisième partie de cet article.

Aucun de ces candidats n’a la moindre chance d’être élu. Mais leurs objectifs ne sont pas là. La clé est toujours plus de visibilité religieuse et la volonté d’un ancrage politique territorial pour toutes les échéances électorales futures.

Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique, (3ème partie)

(1) « Islamisme radical », un terme erroné aux lourdes conséquences

(2) Charte du Mouvement de la Résistance Islamique – Palestine (Hamâs)

(3) Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française (2ème partie)

(4) Le sacrifice d’une finale pour des cheveux, l’intransigeance « religieuse » plutôt que le compromis républicain

(5) debah2017.fr

(6) Rencontre Universitaire 3 - Dimanche 14 Mai 2017 - Davud Bizet

(7) Journal de bord du 04/06/2017 : Pourquoi je suis un marcheur en colère

(8) feiza-benmohamed.fr-Qui suis-je ?

(9) La nudité pour un yaourt ou le voile pour la “pudeur” : la femme selon le CCIF

(10) Erdogan, l’ivresse du pouvoir, documentaire de Gilles Cayatte et Guillaume Perrier, ARTE GEIE et Alegria Productions, 2016.

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Source : https://naembestandji.blogspot.com/2017/06/legislatives-2017-un-defi-pour_23.html

Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique

(2ème partie)

Juin 23, 2017

Les élections législatives sont un moment clé de la vie démocratique. Les citoyens s’expriment par les urnes en choisissant leurs représentants à l’Assemblée Nationale. Les députés ont pour rôle, entre autres, de contrôler le gouvernement ainsi que proposer et voter les futures lois. Ce sont donc des élections de choix pour les islamistes politiques qui n’ont jamais présenté autant de candidats que cette année.

Dans la 1ère partie, j’avais évoqué les candidatures islamistes individuelles à travers quelques exemples. Mais elles ne représentent pas la majorité de cette extrême droite. La plupart d’entre elles ont été regroupées au sein de partis qu’ils ont créés.

Le Parti Égalité et Justice (PEJ), né en janvier 2015, est celui qui a présenté le plus de candidats. 52 prétendants à la députation répartis dans 28 départements (l’est de la France, en région parisienne et quelques-uns dans le sud-ouest). Il a pour vocation de rassembler les citoyens rejetés, oubliés, délaissés, par les partis politiques ordinaires en proposant une vision politique différente car notre pays refuse les différences culturelles (1). Ce populisme assumé s’adresse évidemment aux musulmans. La « vision politique différente » étant d’ajouter l’islam dans leur vision et de faire accepter l’intégrisme au nom du respect des cultures « différentes ». Les islamistes considèrent que seule l’acceptation de leurs revendications religieuses sera considérée comme une acceptation des « différences culturelles ». Ce parti islamiste, fidèle à l’idéologie des Frères musulmans, a bien compris l’importance de la politique dans l’atteinte de ses objectifs religieux : C’est à l’Assemblée Nationale, au Sénat, dans les Conseils Régionaux, Conseils Cantonaux, Municipaux, que notre avenir, l’avenir de nos enfants se discute (2).

Son site et sa profession de foi ne laissent pas apparaitre la religion en tant que telle et déroulent tous les thèmes classiques d’un parti politique traditionnel. Sa page officielle affiche même en tête de gondole une citation littéraire de Victor Hugo. Ses candidats n’ont de cesse de déclarer à la presse que leur parti n’est pas confessionnel et que ses portes sont ouvertes à tous. Ils revendiquent « une laïcité telle que définie en 1905 » (3). Voilà pour la vitrine. L’arrière-cour est tout autre. La vitrine laisse parfois l’entre-apercevoir. Comme sur son site officiel où, noyées parmi l’ensemble de leurs constats et propositions, on trouve leurs principales motivations, à propos notamment du développement spectaculaire et extrêmement dangereux de l’islamophobie. Puis un peu plus loin : La rhétorique islamophobe est reprise par tous les acteurs politiques français et européens. Le PEJ se pose ensuite comme défenseur de la vraie laïcité. Car d’après lui, la laïcité serait devenue un outil juridique d’exclusion et il y aurait un certain nombre de lois antimusulmanes sous prétexte de laïcité ou de protection envers les femmes. Il propose donc un « moratoire » (c’est à dire la suspension) de la loi de 1905 et de la modifier de fond en comble… Autrement dit, les islamistes se présentent comme de simples musulmans. La lutte contre l’intégrisme serait une rhétorique anti-musulmane reprise par tous les politiques. La laïcité protégeant, au moins dans l’enceinte de l’école, les jeunes filles de l’intégrisme du voile serait une exclusion des musulmans en général. Les lois de 2004 (interdiction des signes religieux à l’école) et 2010 (interdiction du voile intégral) seraient antimusulmanes. Un peu plus loin, le PEJ considère le voile comme une liberté et non pas comme un symbole sexiste. Il serait donc « intolérable que le pays des Droits de l’Homme impose des lois sans consulter au préalable ces dernières ». Ces dernières, les femmes et fillettes voilées, qu’ils ont pris soin de convaincre par un prosélytisme forcené de se voiler sous peine d’être impudique, mauvaise musulmane, et d’aller brûler en enfer. Les « Droits de l’Homme » ont bon dos. Avec de telles déclarations, le PEJ ne peut que gonfler les rangs de ceux qui ont peur de l’islam. Mais dans l’inversion habituelle des rôles chez les islamistes, « l’islamophobie » serait d’après lui carrément « encouragée directement par les États » européens. Rien que ça. Rien de surprenant qu’il rejette alors sur cette même page officielle l’idée d’un islam de France et qu’il prône une société multiculturelle pour l’épanouissement de leur radicalité. Mais le président du parti assure malgré tout que le PEJ n’est pas un parti musulman (4)…

Ainsi, la laïcité serait bafouée. Seuls les intégristes musulmans seraient les défenseurs de la vraie laïcité, au point de vouloir modifier la loi de 1905… La gauche et la droite laïques, la France et les États européens seraient racistes. Pour ne plus être accusé de cela, il faudrait se plier aux revendications islamistes pour le « vivre (dans leur) ensemble ». Leurs programmes, comme leurs actions militantes, sont bien un discours teinté de gauche enveloppé dans une idéologie d’extrême droite.

Ce qui est aussi le cas pour leur conception de la famille où, évidemment, seule leur vision compte. L’existence de familles homoparentales leur est insupportable. Au point de considérer, toujours sur leur page officielle, leur simple existence comme un « diktat » dont les enfants devraient être protégés. « L’islamophobie » (la libre critique d’une idéologie et la lutte contre ses intégristes), non. L’homophobie (le rejet d’êtres humains), oui. C’est ce que le PEJ appelle « le bien vivre ensemble », élément de langage que nous retrouvons souvent dans ses discours.

Tout comme leurs collègues intégristes catholiques, ils souhaitent valider la rumeur qu’une « théorie du genre » serait enseignée à l’école. Une théorie qui tendrait, comme il est écrit sur le site du parti, à nier toutes différences physiologiques et psychologiques entre les hommes et les femmes. Ce mensonge classique est là pour protéger leur vision patriarcale des rapports hommes-femmes qu’ils n’hésitent pas à nommer… « égalité des hommes et des femmes ». Comme je l’ai souvent expliqué, les Frères musulmans aiment à reprendre nos valeurs et nos références pour les redéfinir à leur sauce afin de mieux les retourner contre la République. Le PEJ est parmi ceux qui vont le plus loin en reprenant l’idéal du féminisme. Et il le fait allègrement. « Égalité des hommes et des femmes » est cité à plusieurs reprises sur son site qui lui sert de vitrine. Mais même là, on peut voir transpirer son sexisme, comme vu plus haut, mais aussi par le plus visible : la composition de sa liste électorale. Car un parti qui prétend défendre l’égalité des sexes et la République n’aura aucun mal, et même sera ravi, de présenter un nombre égal d’hommes et de femmes aux élections, par souci d’égalité des sexes et du respect de la loi républicaine en matière électorale. Combien y-a-t-il eu de femmes sur leurs 52 candidats ? Seulement 10, soit 19%… Nous sommes non seulement bien loin de « l’égalité des hommes et des femmes » dont le parti déroule l’expression tout au long de son programme, mais nous sommes aussi bien loin du respect de la loi et des règles électorales en la matière. L’égalité des sexes version islamiste n’est pas celle de la version républicaine et universaliste.

Les déclarations des candidats dans la presse lèvent aussi une partie du voile. Comme lorsqu’ils parlent de « défendre des vraies valeurs de société » (5). Le terme des « valeurs », que les autres n’auraient pas, revient régulièrement dans leurs déclarations. Quelles seraient les « vraies valeurs » et quelles seraient les fausses ? Il semble que les valeurs de notre pays ne leur conviennent pas et que le PEJ donne un aperçu des « vraies valeurs » sur son site officiel. Et encore, ce n’est que la vitrine… Ce n’est pas surprenant. La notion de « valeurs islamiques » devant s’imposer à la société a été gravée dans le marbre par les Frères musulmans. En 1936, la confrérie avait rédigé les « 50 demandes des Frères musulmans ». Un programme rétrograde et intégriste qui n’avait rien à envier au nazisme dont les points communs sont très nombreux. Une de ses demandes est que les activités du gouvernement doivent être soumises aux valeurs et préceptes de l’islam (…).

L’attitude victimaire, identitaire, communautariste et religieuse du « Parti Égalité et Justice » n’a rien d’étonnant. Il est la version française du « Parti de la justice et du développement » (AKP), le parti islamiste turc dont j’ai abordé la vision de la démocratie dans la 1ère partie de cet article. Plusieurs cadres du parti ont aussi des responsabilités au sein de la Cojep (Conseil pour la justice, l’égalité et la paix). Cette organisation internationale turque travaille en étroite collaboration avec l’AKP. Les ressemblances de leurs dénominations ne sont donc pas un hasard. Leurs stratégies et objectifs au niveau national et européen sont ainsi très similaires.

Tout comme l’AKP, le PEJ propose officiellement un programme politique consensuel pour séduire un large public, avec une dose de populisme et de valeurs religieuses. Comme l’avait fait Erdogan. Le Parti Communiste ne s’y trompe pas. Pierre Laurent, secrétaire général du PC, a envoyé une lettre au ministère de l’Intérieur pour signaler son inquiétude de l’existence d’un tel parti et lui demander la plus grande vigilance car il s’agit sans aucun doute de la part du président Erdogan et de son parti l’AKP de peser sur les orientations de notre politique internationale, en particulier vis-à-vis du régime turc qui verse à pas accélérés dans la dictature. La même stratégie a été utilisée aux Pays-Bas ; il faut y mettre un terme (6).

Étant un parti de l’extrême droite islamiste, le PEJ est officiellement soutenu par la CRI (Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie), un mouvement concurrent du CCIF (7), qui n’y voit aucun problème. Pour en avoir une petite idée, le président de la CRI, Abdelaziz Chaambi, fut un membre très actif du mouvement des Indigènes de la République. Il est aussi le co-fondateur des éditions Tawhid. Cette maison d’édition bien connue des islamistes publie les ouvrages des Frères musulmans. Tariq et Hani Ramadan sont en bonne place dans la maison. C’est aussi chez Tawhid qu’on peut encore trouver le livre ultra misogyne et homophobe de Youssef Al-Qaradhawi « Le licite et l’illicite en islam ». Par ses ouvrages, cette maison d’édition a fortement contribué au prosélytisme de l’intégrisme musulman en France. Son rôle est important dans le chemin vers le « libre choix » du voile et du communautarisme.

Le PEJ mène ainsi une offensive décomplexée contre la République en chassant les voix des musulmans pour promouvoir le communautarisme tout en clamant que le parti est ouvert à tous, en luttant contre l’égalité des sexes et la laïcité tout en s’en prétendant le défenseur, en refusant les valeurs de notre pays au profit des « vraies valeurs » tout en prétendant défendre les valeurs républicaines, en usant la carte victimaire jusqu’à la corde pour cliver la société et répondre à son désir du « bien vivre ensemble ». Entre vitrine et arrière-cours, c’est la stratégie habituelle des Frères musulmans.

L’existence des partis islamistes n’est pas nouvelle. Le premier à avoir été moins confidentiel est l’UDMF (Union des Démocrates Musulmans Français), fondée en 2012. Pour ces élections, il a présenté 3 candidatures réparties dans l’Essonne, en Seine et Marne et dans les Hauts-de-Seine.

Le choix de son nom n’est pas anodin. Là encore, la religiosité et le communautarisme sont au cœur de son engagement politique. L’UDMF le reconnait d’ailleurs sur son site : « la politique est un devoir sacré et spirituel ». Il a aussi choisi cette dénomination pour se rapprocher de celle des Démocrates Chrétiens, afin de légitimer une comparaison qui lui serait favorable. Son logo intègre à la fois le tricolore du drapeau français et le croissant de l’islam. Le mélange entre religion et politique est affiché jusque dans son logo, tout en continuant bien-sûr à prôner la laïcité.

Union des Démocrates Musulmans Français

Comme les autres partis islamistes, l’UDMF ne cesse d’alterner entre affichage républicain, « laïque » et démocrate ; et les revendications et positions intégristes qui sont noyées dans l’ensemble de son programme et ses propositions (8).

Comme les autres, il déroule toute la panoplie victimaire et communautariste avec une vision politique et rétrograde de l’islam sous couvert de « vivre ensemble ». On peut ainsi trouver au milieu d’un texte, toujours sur son site officiel : « [celles] qui se voilent par pudeur et [celles] qui se découvrent par conviction ». Le voile étant comme toujours une norme de pudeur (les femmes non voilées sont impudiques), mais le dévoilement devient un acte de conviction. Là aussi, la lutte contre l’intégrisme est à leurs yeux une lutte contre les musulmans et un dévoiement de la laïcité. Ces islamistes s’en prétendent aussi les défenseurs tout comme ils se prétendent les garants de l’émancipation des femmes… dans le respect d’un minimum de patriarcat et de dissimulation de leur corps honteux si prompt à exciter la libido des hommes, bien entendu.

L’UDMF dénonce justement la mauvaise image de l’islam concernant les femmes… tout en l’entretenant. De par les éléments évoqués plus haut, mais aussi par sa justification à travers la réponse à une question sur son site :
L’Islam, contrairement à ce que l’on sous-entend aujourd’hui, est venu libérer la femme de la position dégradante dans laquelle elle se trouvait avant son avènement. (…) De nombreux droits lui avaient été octroyés comme ceux de demander librement la main d’un homme, de s’exprimer en public, de travailler et même, à l’inverse des autres religions monothéistes, de demander le divorce.

L’UDMF a raison (sachant toutefois que c’est Khadija qui a librement demandé la main de Mahomet, avant qu’il ne déclare être le Messager de Dieu, donc avant la naissance de l’islam. Ce qui démontre que c’était déjà possible, même si ce n’était sans doute pas courant). Mais c’était il y a 1500 ans dans des tribus bédouines en plein désert arabique. Les islamistes clament toujours l’histoire des débuts de l’islam pour démontrer, à juste titre, que cette religion a été une énorme avancée pour les droits des femmes. En comparaison, les européens étaient encore à l’âge de pierre dans ce domaine. L’UDMF précise d’ailleurs que c’est ce qui correspond aux fondements même de la religion musulmane. Mais comme les intégristes sont littéralistes, ils considèrent ces avancées comme suffisantes encore aujourd’hui. En quoi « demander la main d’un homme » serait surprenant en France de nos jours ? Devrions-nous nous extasier parce que les femmes ont le droit de travailler, de demander le divorce, et même de… s’exprimer en public ? Ce qui était donc un progrès au 7ème siècle, serait un recul au 21ème si on l’utilisait encore comme référence. Voilà à quoi correspond « l’émancipation de la femme » par l’UDMF : le Moyen-Age. C’est une différence fondamentale avec les musulmans modernistes. Si pour les islamistes, les fondements même de la religion musulmane correspondent à une application mimétique et littéraliste, les modernistes considèrent que c’est l’esprit de l’émancipation qui prévaut. Autrement dit, l’islam devrait toujours avancer vers plus d’égalité selon la société dans laquelle se trouvent ses fidèles. Or, les islamistes proposent à l’inverse de faire reculer la société et d’aller à l’encontre de l’esprit du message originel pour coller coûte que coûte à la lettre du coran.

Mais là encore, pour un parti qui refuse l’étiquette d’être rétrograde, la parité n’est pas respectée. C’est le moins qu’on puisse dire : aucune femme n’a été présentée comme candidate. Une seule est suppléante, Sandra Fourastié. Les partis traditionnels sont aussi en infraction pour la plupart, mais pas de façon aussi énorme que les partis islamistes et sans passer leur temps à déclamer qu’ils ont des « valeurs » ou une « éthique » que les autres n’auraient pas. Ce qui est un autre point commun avec le Front National.

Sandra Fourastié n’a pas été la candidate mais la suppléante d’un candidat. Or, c’est elle qui a été mise en avant par le parti. Au point de faire croire qu’elle a réellement été la candidate. Cette stratégie des Frères musulmans est courante. Ils ont compris depuis longtemps qu’il n’y a rien de mieux pour lutter contre l’égalité des sexes que de mettre des femmes en avant. Le voile, comme je l’ai démontré dans plusieurs de mes articles, est le cheval de Troie de leur stratégie. Au-delà d’être le symbole du sexisme, c’est une arme politique qui doit leur permettre d’avancer. Tout ceci a rendu évidente l’idée de mettre Sandra Fourastié en lumière.

Rompue à la technique islamiste de détournement de nos concepts et d’inversion des rôles, elle n’hésite pas à s’afficher voilée sur une de ses affiches de campagne avec pour texte : « Affirmer toute sa place au sein de la République, une priorité pour combattre les extrêmes qui minent notre cohésion nationale ». Afficher le symbole du sexisme et de l’extrémisme, et le voile créant d’office un apartheid sexuel, tout en déclarant vouloir combattre l’extrémisme et défendre la cohésion nationale à travers un parti politique islamiste, il fallait oser.

Affiche promotionnelle de Sandra Fourastié, candidate UDMF aux élections législatives 2017

Cette affiche a évidemment engendré des réactions. Celles des militants laïques et féministes universalistes défendant les valeurs républicaines, tout de suite mélangées, comme toujours, avec les réactions de la fachosphère qui en profite systématiquement pour pointer l’ensemble des musulmans. Une nouvelle preuve que, loin de lutter contre le « racisme » (l’islam n’est pas une race et Sandra Fourastié n’est pas victime de discriminations en raison de ses origines ou sa couleur de peau), les islamistes politiques entretiennent et développent au contraire l’extrême droite traditionnelle. Car il est évident que l’existence de tels partis politiques et l’affichage de telles idées ne peuvent que faire peur à la population et en jeter une partie dans les bras du FN.

Évidemment, les islamistes n’ont pas manqué de prendre sa défense. Le site Oumma.com par exemple, à qui elle a logiquement accordé un entretien, décrit cette candidate comme une jeune femme portant un voile doré aux reflets soyeux (le sexisme aux couleurs attrayantes serait plus acceptable). Elle porte fièrement les couleurs éclatantes de son parti « laïc et non religieux » et néanmoins riche de son « éthique musulmane » (9). On retrouve ici la rhétorique de la branche juridique des Frères musulmans en France, le CCIF, et qui est aussi utilisée par la totalité des candidats islamistes : leurs partis politiques ont choisi une dénomination religieuse identifiant l’islam (le « Parti égalité et justice » est une exception mais sa dénomination rappelle celle des partis islamistes turcs et marocains), leurs actions sont teintées, voire totalement remplies de religiosité, mais ils affirment être laïques et non religieux. Or, par définition, des croyants s’investissant en politique au nom de leur foi, mêlant politique et religion, sont bien l’antithèse de la laïcité qui prône la séparation du politique et du religieux. Se prétendre « laïc et non religieux » tout en clamant partout utiliser une « éthique musulmane » et en se présentant de plus voilée, le symbole même de l’islamisme politique, là aussi il fallait oser. Rien d’étonnant alors à ce que cet article, qui expose les motivations politiques de cette candidate, déroule à longueur de lignes « l’islamophobie » dans leur confusion et renversement des rôles habituels.

Comme tous les Frères musulmans de France, L’UDMF, ce parti politique « laïque et non religieux », est ravi de participer activement et officiellement à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF) organisée chaque année au Bourget par les chefs de file des Frères musulmans dans notre pays, l’UOIF (10).

Rien d’étonnant alors à ce que la politique internationale du parti, affichée sur son site, se limite à la lutte contre « l’islamophobie » en Europe et, bien-sûr, à la Palestine.

A la question « pourquoi un parti pour les musulmans de France ? », l’UDMF répond qu’il apporte ses propres valeurs (dont nous avons eu un aperçu) et une éthique. Cette « éthique musulmane » également évoquée par Sandra Fourastié, est au cœur d’un autre parti islamiste qui la martèle constamment, « Français ET Musulmans » (F&M).

J’ai été « séduit » par la radicalité et les contradictions assumées de F&M, dont certaines propositions surprennent et certaines déclarations font froid dans le dos. Je l’aborderai donc dans une 3ème et dernière partie.

Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique, (1ère partie)
Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique, (3ème partie)

(1) parti-egalite-justice.fr

(2) Ibid

(3) Le Parti égalité justice a investi trois candidats, L’Yonne républicain

(4) Ibid

(5) Ibid

(6) Erdogan s’invite en France pour les législatives françaises. Le PCF dénonce, L’Humanité

(7) Pourquoi avoir choisi de soutenir le PEJ ?

(8) udmf.fr

(9) Législatives : une candidate voilée victime d’un déchaînement de haine sur Twitter, Oumma.com

(10) L’UDMF à la 34ème Rencontre Annuelle des Musulmans de France

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Source : https://naembestandji.blogspot.com/2017/06/legislatives-2017-un-defi-pour_25.html

Législatives 2017, un défi pour l’islamisme politique
(3ème partie)

juin 25, 2017

Les élections législatives de 2017 ont vu l’émergence de candidatures islamistes. Après avoir abordé quelques candidatures individuelles et évoqué deux partis politiques (le PEJ et l’UDMF), un troisième parti islamiste rencontre un certain succès dans la sphère indigéno-islamiste : « Français ET Musulmans » (F&M).

F&M est né en mars 2016, suite à une scission avec l’UDMF. Il a présenté six candidatures : une en Val De Marne (le président du parti) et cinq en Seine Saint-Denis. Sa vitrine est, là aussi, son site internet (1) et les quelques déclarations officielles qu’il peut faire. Il emploie des formules vagues et passe-partout dont l’objectif est que chaque citoyen puisse s’y reconnaitre. Il reste également peu clair sur sa vision de l’islam, employant une expression qui semble anodine, « éthique musulmane ».

Voilà pour la vitrine. L’arrière-cour est tout autre. Le détail de son programme, ses partenariats, certains lieux de ses meetings et les propos tenus par les dirigeants sont là pour nous éclairer.

Le nom du parti tout d’abord donne déjà quelques indications. Les islamistes veulent créer et entretenir un sentiment d’appartenance à un peuple musulman, l’Oumma. Ils essaient alors par tous les moyens de transformer l’adhésion à une idéologie religieuse en race, la race musulmane. Le musulman (croyant d’une religion) devient le Musulman (membre d’un peuple), d’où la majuscule dans le nom du parti. Le « ET » également en lettre majuscule est là pour bien souligner que leur religiosité est au même niveau que leur citoyenneté. Les membres ne s’en cachent d’ailleurs pas. L’islam n’est pas seulement une religion pour eux. C’est leur identité. Une identité qui doit se manifester dans l’action de la vie de la cité. Autrement dit, la religion, qui dépasse le cadre spirituel pour devenir leur identité première, celle d’un peuple opprimé par un État raciste et « islamophobe », fait partie intégrante de leur action politique. C’est ce qu’on appelle l’intégrisme. Nous sommes bien loin d’autres musulmans comme Mohamed Talbi (historien, penseur et islamologue tunisien, décédé le 1er mai 2017). Pour ce professeur de l’université de Tunis reconnu comme un des plus grands penseurs musulmans de son temps, la religion n’est ni une identité, ni une culture, ni une nation. C’est une relation personnelle à Dieu, une voie vers lui. Une vision de l’islam totalement imperméable pour nos chers islamistes. Pour F&M, la laïcité se réduit à la liberté de religion. Tout le reste passe à la trappe, y compris la séparation du politique et du religieux. Indiquer « Musulmans » dans sa dénomination révèle ainsi les orientations de ses fondateurs et leur désir communautariste qu’ils nomment « vivre ensemble ».

Nous retrouvons bien-sûr avec ce parti toute la rhétorique victimaire et fantasmée des islamistes sur les militants laïques qui persécuteraient les musulmans et d’une islamophobie latente qui se réfugie derrière le droit à la critique des religions et la liberté de pensée pour véhiculer des représentations stigmatisantes à l’égard de l’Islam et des citoyens de confessions musulmane, comme indiqué sur son site officiel. Au-delà d’une énième remise en cause de la liberté d’expression, ces islamistes mélangent là encore volontairement l’extrême droite traditionnelle avec les militants laïques et féministes universalistes. Tout en mélangeant d’un autre côté les intégristes musulmans avec l’ensemble « des citoyens de confession musulmane ». Ce qui permet aussi de se dédouaner de leur responsabilité première dans les mauvaises représentations de l’islam puisque, à travers leur intégrisme, ils ont créé et entretiennent « les représentations stigmatisantes à l’égard de l’Islam ». Cette malhonnêteté intellectuelle, digne des plus grands populismes pour une meilleure victimisation, est un classique chez les intégristes. Je pourrais donc résumer le programme de « Français ET Musulmans » à un militantisme pour un meilleur respect de l’intégrisme au nom des valeurs humanistes (en quelque sorte : « Touche pas à mon intégrisme »).

Si les autres partis islamistes parlent constamment de “valeurs” musulmanes, F&M ne cesse d’employer une expression équivalente : « l’éthique musulmane ». Sur sa page officielle, à longueur d’interviews et de déclarations, « l’éthique » revient systématiquement. Une éthique qui n’existerait pas ailleurs puisque tous les partis politiques seraient corrompus et « islamophobes ». L’éthique musulmane apporterait enfin cette « réconciliation entre éthique et politique », comme expliqué sur son site. Cela rappelle le slogan du Front National « mains propres, tête haute » pour se différencier des autres partis en apportant une supposée éthique politique qui serait absente chez tous ses adversaires. Ce populisme typique de l’extrême droite ne permet pourtant pas de savoir ce que serait cette « éthique musulmane » puisque ce parti ne le détaille jamais. Il dit ici que son éthique a toujours été synonyme d’ouverture. Il dit là que ce parti politique [est] basé sur une éthique responsable axée sur des préoccupations humanistes et en parfaite adéquation avec les valeurs républicaines. Passons sur ces affirmations qui ne sont encore là que pour montrer une vitrine séduisante de ce parti islamiste. En quoi une éthique religieuse, en l’occurrence musulmane, serait meilleure que toutes les autres « éthiques » ? Quel bénéfice apporterait cette intrusion de la religion dans la politique, contraire à tous les principes laïques qui fondent notre République ? Elle apporterait une morale basée sur les principes de l’islam. Une interprétation de l’islam n’hésitant pas à investir le champ politique au nom de son éthique. Cette « éthique musulmane » a été théorisée par tous les grands penseurs musulmans depuis des siècles. Elle est aujourd’hui reprise par tous les intégristes pour l’imposer à l’ensemble des sociétés où ils vivent et qui ne s’en inspirent pas. Tariq Ramadan, entre autres, est intarissable sur le sujet. Pour les plus rigoristes, cette éthique doit réguler la totalité de la vie du musulman, du matin au soir et de sa naissance à sa mort. Pour que cela soit possible, il y a deux possibilités. La première est de vivre replié sur soi, coupé au maximum du reste de la société pour ne pas être contaminé par sa « dépravation » et tout le « haram » qui y circule. C’est en grande partie le choix des salafistes. La seconde est de s’investir dans l’associatif, l’éducation, le social et la politique pour imposer cette éthique à l’ensemble de la société, afin de permettre à chaque individu de cette société de « vivre (dans leur) ensemble ». C’est le choix des Frères musulmans.

Pour F&M, tout est ainsi vu à travers le prisme de la religion : l’éthique musulmane. Si certaines valeurs rejoignent les valeurs humanistes, d’autres en sont l’exact opposé. Par exemple, le respect de toutes les orientations sexuelles, la liberté de conscience ou de disposer de son corps, le droit à l’IVG et l’égalité des sexes sont absents de cette éthique, quoi qu’ils puissent en dire pour la vitrine. Rien de surprenant, ce n’est pas une particularité de l’islam mais une spécificité de toutes les religions.

Ainsi, tout ce qui se situe en dehors de « l’éthique musulmane » n’aurait pas d’éthique…

Enfin, de quelle éthique musulmane parle-t-on ? Celle des musulmans modérés qui considèrent que la religion est un rapport intime entre le fidèle et Dieu qui n’a rien à faire dans la sphère publique ? Qui interprète l’islam dans son esprit ? Ou bien l’éthique des islamistes qui interprètent l’islam à la lettre ? Qui considèrent que la sphère publique doit s’adapter à leur sphère privée, que tout est dans l’affichage, l’apparence et une vie où les seuls choix possibles sont entre halal et haram ? Comme tous les bons intégristes, F&M considère que la version de son « éthique musulmane » est la seule valable.

Alors, au-delà des discours marketing pour la vitrine, quelle est concrètement la mise en pratique de cette « éthique » dans l’arrière-cour ? Nous pouvons déjà en avoir un aperçu sur ce même site officiel. Ses propositions les plus importantes sont noyées au milieu des autres, pour mieux faire passer la pilule. Concernant la laïcité, « Français ET Musulmans » remet en cause une partie de la loi de séparation de 1905 et souhaite la « réactualiser » pour mieux la faire coller à sa radicalité. Son rêve de voir supprimer la loi de mars 2004 sur les signes religieux à l’école est bien présent. Il propose de « lancer une commission nationale sur les effets de la loi de 2004 sur l’interdiction du voile à l’école » pour arriver à « l’abrogation de la loi de 2004 ». Encore une fois, l’école, lieu de formation des futurs citoyens, est un enjeu fondamental pour les intégristes. Les femmes et la régulation de la sexualité des hommes à travers le contrôle du corps féminin sont leur première obsession. Ils sont vraiment obsédés par le sexe. L’enseignement et l’éducation des futurs adultes sont un champ de bataille qui doit être conquis. Leur entrisme par la porte a été stoppé par la loi de 2004. Depuis, ils font tout ce qu’ils peuvent pour essayer d’entrer par la fenêtre et tout autre accès pour supprimer cet obstacle qu’est cette loi. En supprimant cet obstacle, ils pourront enfin passer par la porte.

Ainsi, au nom de son « éthique » religieuse, et dans la continuité de sa remise en cause de la loi de 1905, « Français ET Musulmans » souhaite un respect total de la pudeur devant les établissements scolaires. C’est la proposition numéro 10 de la partie « libertés publiques » de son programme.

Programme politique pour les libertés publiques du parti islamiste « Français ET Musulmans »

Encore et toujours cette fameuse obsession de la « pudeur » islamiste qui devra être imposée à l’ensemble de la société… Quelle serait cette pudeur absente devant les établissements scolaires qui nécessiterait une intervention politique ? Car, comme dans toutes les sociétés, il existe déjà des lois sanctionnant les atteintes à la pudeur et qui concernent l’ensemble de l’espace public, pas uniquement les abords des établissements scolaires. De plus, le voile est seulement interdit dans l’école. Devant les établissements scolaires, une jeune fille de 13 ans peut faire le « libre choix de préserver sa pudeur », après avoir été « sensibilisée » par les intégristes, en cachant son corps honteux de la vue de ces animaux que seraient les hommes. C’est légal. Quels comportements seraient donc si impudiques aux yeux de ces intégristes musulmans ? Cette moralité concernerait les jupes un peu trop courtes pour les islamistes ? Les décolletés des jeunes filles ? L’affichage du flirt d’un couple d’adolescents amoureux par des enlacements et/ou des bisous sur la bouche ? Le simple fait de se tenir la main ? Quelle serait la distance physique suffisante entre un garçon et une fille pour respecter cette « pudeur » ? Cette « pudeur » si chère aux islamistes est une des matérialisations de « l’éthique » et du « vivre (dans notre) ensemble » de ce parti.

F&M n’a rien innové. Comme vu dans la partie précédente, les « 50 demandes des Frères musulmans » rédigées en 1936 ont tracé le chemin. L’une d’entre elles est de lutter contre toutes les sortes d’exhibitions et appeler fermement les femmes, particulièrement les enseignantes, les lycéennes et les étudiantes, les médecins, etc., à un comportement respectueux. Là encore, « l’exhibition » et le « comportement respectueux » n’ont pas la même définition que la nôtre. Youssef Al-Qaradhawi avait précisé ce qu’est censée être l’exhibition pour les Frères musulmans à propos des femmes : Nous entendons ici par exhibitionnisme la manie de se dévoiler et de se montrer à la vue des autres (2).

Cette proposition choquante et rétrograde du « respect total de la pudeur devant les établissements scolaires », qui rappelle le contrôle de l’Église sur les « bonnes mœurs » durant des siècles… jusqu’à l’installation de la laïcité qui s’imposa peu à peu…, n’a évidemment pas manqué de susciter des réactions sur les réseaux sociaux. Un parti avec une « éthique » maintiendrait malgré tout cette proposition par respect et honnêteté pour ses idées. Mais non, il ne l’a pas maintenue. Cela ressemble au populisme des Frères musulmans qui sont, ou furent, au pouvoir ailleurs. Ils lancent une idée pour voir comment le public réagit. En cas de réaction négative, ils la retirent. L’AKP en Turquie et Ennahda en Tunisie ont utilisé cette méthode pour des propositions rétrogrades basées sur le religieux puis retirées face aux réactions négatives. En attendant, F&M ne l’a pas totalement supprimée. Il l’a modifiée par ceci : l’interdiction de la violence, l’érotisme, la pornographie et autres visuels allant à l’encontre de la protection des enfants et des adolescents dans certaines publicités aux abords des établissements scolaires.

Programme politique pour les libertés publiques, remanié, du parti islamiste « Français ET Musulmans »

Pourquoi insister ? Pourquoi une telle proposition dans un programme politique où les sujets importants pour le pays ne manquent pas ? Y-aurait-il aujourd’hui des images violentes et pornographiques devant les établissements scolaires ? Existe-t-il des affiches publicitaires pour un sex-shop ou le prochain film de Marc Dorcel sur le trottoir en face d’une école primaire ? La pornographie visuelle est la mise en image de rapports sexuels non simulés et où les parties génitales sexuellement excitées sont visibles et explicites. A la télévision par exemple, ce type de programme est interdit aux moins de 18 ans et leurs diffusions sont très encadrées. Comme évidemment ce genre de visuels n’existe pas en pleine rue, et encore moins devant des établissements scolaires, F&M a donc sa propre définition de la pornographie. Là encore rien d’étonnant. Sa définition particulière rejoint celle des intégrismes de toutes les religions.

Certes, il n’est plus dans la proposition de départ de créer une sorte de police des mœurs à l’iranienne. Mais il reste dans son obsession typique des intégristes religieux. Ces propositions de F&M, plus ou moins assumées, peuvent donc surprendre, mais elles ne sont pas étonnantes.

Le voile, la « pudeur », les valeurs religieuses pour la régulation des moeurs… L’obsession sexuelle (dont les femmes seraient les tentatrices qu’il faudrait punir en les cachant) est bien au cœur du programme politique de ce parti, comme pour tous les autres s’inspirant de la même idéologie. Les intégristes ont religieusement sacralisé le voile et la « pudeur ». L’arme de « l’islamophobie » (équivalent du délit de blasphème), brandie à la moindre occasion et perpétuellement déroulée sur leurs sites officiels, est donc là pour tenter de contrer toute remise en cause de leur obsession charnelle.

Nous pouvons aussi y découvrir une proposition peu compréhensible pour les non initiés : « Rétablir la légalité du boycott ». Nous retrouvons ici l’autre obsession des islamistes : la Palestine. En effet, ce désir de boycott n’est pas motivé par la Chine ou tout autre pays ne respectant pas les Droits Humains. C’est la frustration de ne pas pouvoir boycotter Israël. Cette demande de légalisation du boycott, si elle peut être demandée par des militants politiques et associatifs pour différentes autres raisons (et aussi concerner Israël), elle est motivée par les intégristes musulmans uniquement pour Israël. Une obsession de la Palestine que nous retrouvons en bonne place dans la rubrique diplomatique de son programme.

La quasi-totalité de la page officielle de « Français ET Musulmans » est consacrée à « l’islamophobie », la place de l’islam, les musulmans éternellement victimes, etc. Les questions économiques, environnementales ou autres sont abordées à la marge.

Sortons de la vitrine pour nous rendre sur le terrain, dans l’arrière-cour. Jimmy Parat est élu municipal à Bagnolet, secrétaire général de F&M et candidat aux législatives 2017 en Seine-Saint-Denis. En novembre 2014, il exprima ce que sera « l’éthique » du futur parti en tenant des propos violents contre le droit à l’IVG qu’il considère comme un « acte barbare ». Des « opérations médicales » qu’il « assimile à un meurtre » et dont les maternités seraient des « accompagnements à la mort » (3). Un mois plus tard, de nombreuses militantes de l’association Femmes Solidaires vinrent manifester et exprimer leur indignation lors du conseil municipal. En mars 2015, le maire retira ses délégations à Jimmy Parat. Une action des féministes et une décision du maire qui ont mis en rage Youcef Brakni, un « militant des droits de l’homme » selon lui-même et un soutien aujourd’hui sans faille de F&M. Comme il n’hésite jamais à prendre la parole en plein conseil municipal, alors qu’il n’a jamais été élu, il le fit 2 ans plus tard pour exprimer son mécontentement face à un tel affront contre « l’éthique musulmane ». Sur un ton violent, il hurle que les islamophobes n’ont pas à dicter leur loi ici (au conseil municipal) ! Vous avez viré Jimmy Parat à une vitesse extraordinaire parce qu’il était musulman ! (4) Nouvelle démonstration que la lutte contre l’islamisme est perçue comme antimusulmane et « islamophobe » (deux termes différents qui ne signifient pas la même chose). Peu importe le sujet et les déclarations choquantes de Jimmy Parat, pour Youcef Brakni tout se résume à « l’islamophobie ». Le « Touche pas à mon intégrisme » est encore brandi.

Jimmy Parat se montre tout aussi « mesuré » sur un autre sujet… La Palestine bien-sûr. Il déclara en septembre 2014 sur sa page Facebook que tout rentrera dans l’ordre quand ces sauterelles d’Israélien seront brûlé. Et ça arrivera fait confiance en Dieu l’unique comme les musulmans le font (sic). Il a par la suite démenti avoir écrit ceci sur sa page, invoquant le piratage de son compte.

Commentaire Facebook que Jimmy Parat nie avoir écrit

En revanche, il assume parfaitement de qualifier une partie des musulmans de « arabes de service », « collabeurs » ou « khobzistes ». Ce dernier terme est tiré du mot arabe « khobz » qui veut dire « pain ». Les « khobzistes » sont des musulmans qui auraient trahi leur « communauté » en adoptant les valeurs républicaines pour une miche de pain.

Commentaire Facebook de Jimmy Parat

Encore des propos « islamophobes », selon la définition des islamistes, tenus par un pourfendeur de « l’islamophobie ». La haine en bandoulière au quotidien, F&M affiche officiellement sur son site défendre « la liberté de conscience et le respect de la dignité de la personne » et une République qui « se construit avec tous ses citoyens et dans le respect de leurs sensibilités » (sauf pour les « collabeurs », les « arabes de service », les « khobzistes », les femmes et jeunes filles « impudiques »). Le citoyen lambda comprend un désir républicain et universaliste. Les islamistes comprennent une acceptation de leur radicalité par la République au nom du « vivre ensemble ». Entre l’affichage officiel et les déclarations au quotidien, nous retrouvons là encore le décalage entre la vitrine et l’arrière-cour.

F&M ne compte aucune femme au sein de son bureau et une seule sur 15 membres du conseil d’administration. Quant aux élections, sur l’ensemble de leurs candidats, une seule fut tête de liste, Hanan Zahouani. F&M ne fait pas exception avec ses autres confrères islamistes : non-respect de la loi sur la parité aux élections tout en prétendant défendre les valeurs républicaines et l’égalité des sexes. Cela doit faire partie de son « éthique »…

Hanan Zahouani est une islamiste fraichement débarquée dans l’arène politique. Il lui arrive donc de tenir involontairement des propos plus sincères que ses confrères plus expérimentés, montrant ainsi les contradictions du parti. Elle dit se définir comme « citoyenne du monde », mais avec en réalité un centre de gravité bien ancré en Palestine selon ses publications sur les réseaux sociaux. Elle déclare : porter le voile est pour moi un choix personnel et je ne le vois pas comme un signe religieux. Pour une fois, je la rejoins. Le voile n’a rien de religieux. Il a été créé uniquement pour des raisons sexistes. Le religieux n’est qu’un prétexte pour le justifier. C’est certainement pour cela qu’elle poursuit son propos en rajoutant qu’elle le porte à la suite d’un cheminement spirituel (5). Pour elle, le voile ne serait donc pas religieux mais choisi suite à un cheminement spirituel… Elle se prétend moderne et émancipée tout en déclarant rêver de se baigner bâchée dans un burkini sur des plages réservées (sans quoi : pas de baignade).

Hanan Zahouani rêve de se baigner en burkini

Sur ses comptes Twitter et Facebook pour sa campagne électorale, elle estime que les critiques portées envers son voile sont une mythification négative faite autour des musulmans de France (6). Nous retrouvons ici encore la volonté de faire passer la lutte contre l’intégrisme pour une lutte contre l’ensemble des musulmans. En déclarant être le reflet de l’ensemble des musulmans, elle renforce la peur envers l’islam et favorise le Front National. Elle se défend pourtant de faire le jeu du FN. Elle est sincère. Toute embourbée dans son prisme religieux et victimaire, elle n’a pas conscience de ce qui se passe réellement dans la société. Comme tous les islamistes, elle entretient et développe l’attraction vers l’extrême droite traditionnelle tout en dénonçant la montée de l’extrême droite qui motiverait son investissement en politique. Plus ce cercle vicieux s’accélère, plus les islamistes s’enfoncent encore dans une position victimaire qu’ils ont créée.

A chaque interview, elle déclare pour la vitrine qu’elle veut apporter des solutions aux Français sur l’emploi, l’économie ou l’environnement. Mais la quasi-totalité de ses propos en interview et l’écrasante majorité de ses interventions sur les réseaux sociaux, y compris durant la période électorale, concernent l’islam, les musulmans, « l’islamophobie » ou la Palestine.

Ce communautarisme et cet intégrisme, intégrisme affiché jusque sur sa tête, ont suscité nombre de réactions légitimes. Parmi elles, Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue une musulmane laïque et républicaine, a conscience de la menace. Elle a lancé une pétition pour dénoncer l’ingérence toujours plus importante de l’islamisme dans la politique (7). Quelle a été la réaction de Hanan Zahouani ? Elle crie à la discrimination et accuse Henda Ayari de « propager l’islamophobie » bien-sûr…

Au-delà de la vitrine à montrer pour les citoyens, il y a le vrai visage de F&M face à ses militants. Que ce soit lors de ses meetings (parfois dans des mosquées) ou sur les pages Facebook de ses représentants. Les formules religieuses, et en arabe, sont légion. Certainement là encore leur vision du « vivre (dans notre) ensemble » et des valeurs françaises. Leur demander de laisser la religion de côté et, en tant que prétendants à représenter la Nation, de parler uniquement en français avec leurs concitoyens serait encore de « l’islamophobie ». On retrouve aussi l’obsession du conflit israélo-palestinien dans leurs meetings et leurs comptes sur les réseaux sociaux.

Il n’est donc pas surprenant que les candidats de F&M apprécient de tenir des meetings politiques dans des mosquées. Comme ce fut le cas le 25 février 2017 à Montreuil où le parti avait organisé un meeting politique avec pour représentant Jimmy Parat et le militant Youcef Brakni aux côtés de Noureddine Aoussat, un imam-prêcheur ultra conservateur. Là tout comme ailleurs, les islamistes ont déroulé tout le catalogue victimaire. Ils expriment sans complexe à leurs brebis leur désir de fracturation de la société pour devenir les représentants des « musulmans opprimés » tout en prônant le « vivre ensemble ».

Affiche pour un meeting politique dans une mosquée du parti « Français ET Musulmans »

Meeting politique dans une mosquée du parti « Français ET Musulmans »

Tous les islamistes investissant la politique, sans exception, déclarent que leur parti (ou candidature indépendante) n’est pas confessionnel et que leurs portes sont ouvertes à tous. Ils revendiquent tous « une laïcité telle que définie en 1905 ». Mais aucun ne la respecte et tous déclarent vouloir la modifier, voire l’amputer.

Pourtant, l’ensemble de ces candidats s’affichant comme vouloir être des élus du peuple, des représentants de la Nation, n’utilisent pas les codes sociaux basiques de leur pays. Lorsqu’ils sont face à leurs fidèles (car il s’agit de religieux qui font de la politique), ils s’adressent à des « frères » et des « sœurs », pas à des citoyens. Par exemple, en s’adressant à leurs coreligionnaires, ils disent « une sœur a été victime de discrimination ». Ce privilège est accordé à leur communauté supérieure. Le reste de la société ne fait pas partie de leur « famille ». Les non musulmans sont de simples citoyens, la catégorie en dessous. Cette appartenance communautaire se manifeste aussi par les usages quotidiens de politesse où ils utilisent des termes religieux et en langue arabe pour se distinguer du reste de la population. Par exemple, ils ne disent pas « bonjour » mais « salam oua’likoum ». Les références à Dieu sont aussi omniprésentes. Et les infractions à l’article 26 de la loi de 1905, lorsqu’ils tiennent des meetings politiques dans des mosquées, sont régulières. Cela ne leur pose aucun problème. En résumé, ces candidatures sont la matérialisation du CCIF et de l’UOIF dans le processus électoral.

La plupart de ces candidatures était également plus préoccupée par ce qui se passe en Palestine que dans leur circonscription. Sur les différents réseaux sociaux où ils ont leur compte officiel, peu de publications ou tweets concernent leur territoire. En revanche, les tweets et publications sur la Palestine se comptent par dizaines. La proportion est la même dans leurs meetings.

Tout ceci est inquiétant car cela démontre la volonté d’un communautarisme religieux d’extrémistes qui souhaitent devenir des élus de la République.

Mais leur rêve ne se réalisera pas aujourd’hui. Samy Debah, l’ex président du CCIF, est le seul à s’être qualifié pour le 2ème tour, sans avoir réussi à être élu. Au 1er tour, le PEJ qui avait présenté le plus grand nombre de candidats a fait le plus mauvais score, environ 0,5%. La moyenne des 3 candidats de l’UDMF est de 0,98%. Mais l’un d’entre eux, celui qui avait Sandra Fourastié comme suppléante, a atteint 2,06%. C’est le score le plus élevé de tous les candidats islamistes après celui de Samy Debah. Le score de F&M est de 1,28% en moyenne. Quant à Feiza Ben Mohamed et David Bizet, leur score est respectivement de 1,04% et 0,6%.

Leurs scores sont très faibles et ne représentent que les suffrages exprimés. L’abstention a été énorme. Preuve que leur prétention à représenter et défendre l’ensemble des musulmans est très éloignée de la réalité. Mais l’enjeu n’est pas (encore) là. Depuis la présentation de leurs premiers candidats à des élections il y a quelques années, leur nombre est en constante augmentation à chaque nouvelle élection. Ils n’ont jamais été aussi nombreux. Sans compter les islamistes qui font de l’entrisme dans certains partis traditionnels. Plus inquiétant encore, ce sont des fanatiques. Ils sont persuadés d’exprimer la volonté de Dieu. Ils sont donc ultra motivés et très patients. Ils savent qu’ils ne réussiront pas à court terme. Leur désir est de préparer le terrain pour les islamistes de la génération suivante, comme l’avaient fait l’UOIF, Youssef Al-Qaradhawi ou Tariq Ramadan pour la génération actuelle.

Il y a une convergence des luttes entre les différentes formes de l’islam version Frères musulmans. L’UOIF est la structure la plus ancienne qui a su créer et organiser tout un réseau associatif qui touche l’enseignement de l’arabe et de la religion, l’humanitaire (en rapport avec la Palestine, évidemment), le social, le milieu étudiant, l’éducation, le « féminisme islamique », les loisirs, etc. Son action la plus visible est le « Rassemblement Annuel des Musulmans de France » au Bourget, qui rassemble moins les simples musulmans que les intégristes. Il y a également de nombreux prédicateurs tels Tariq Ramadan ou Hassan Iquioussen pour les plus connus. Dans le domaine des médias et de l’information, Oumma.com et d’autres existent depuis plusieurs années. Tout ce petit monde est la création plus ou moins directe de l’UOIF, sauf Tariq Ramadan qui en est souvent le partenaire incontournable. Quant au CCIF, il est aujourd’hui idéologiquement la branche juridique des Frères musulmans en France. Ajoutons à cette convergence le soutien d’une frange d’intellectuels et de partis politiques de gauche. Par leur naïveté, voire complaisance, ils ont une lourde responsabilité dans le développement et la consolidation de l’intégrisme musulman. Soutenir des français de confession musulmane qui mettent en avant leur citoyenneté plutôt que leur islamité (ceux que les islamistes appellent les « collabeurs », « traitres », « arabes de service » ou « khobzistes »), cela correspond moins à leur rêve de « lutte contre l’impérialisme occidental néocolonial ». Ce sont pourtant ces musulmans qui sont les principales victimes : victimes de discrimination de la part de leurs coreligionnaires intégristes, victimes de discrimination de la part d’une partie de la société à cause de la mauvaise image de l’islam renvoyée par ces mêmes intégristes, et victime de l’indifférence d’une partie de la gauche qui a préféré les abandonner au profit des intégristes.

Les candidats et partis politiques fréristes sont donc le fruit, la suite logique, de cette base solide faite de multiples convergences et construite pas à pas depuis plus de 30 ans.

A défaut de nous convaincre des bienfaits de leur idéologie, en argumentant sur les bienfaits de leur rigorisme et de leur vision rétrograde de la femme, les islamistes politiques cherchent à l’imposer en jouant les victimes tout en suscitant la crainte par les menaces d’accusation « d’islamophobie » ou de racisme. Utiliser la culpabilisation pour imposer leur modèle de société, plutôt que d’argumenter sur les « bienfaits » concrets de leur idéologie qui évidemment convaincrait moins de monde, est une stratégie habile.

Ils ne sont pas toujours dans le calcul. Ils sont à mille lieues de comprendre les définitions des concepts républicains qu’ils instrumentalisent. C’est pour cela que, la plupart du temps, ils sont convaincus par ce qu’ils disent et d’avoir raison. C’est aussi ce qui les rend vraiment dangereux.

L’islamisme politique cherche donc à imposer son modèle de société, dont le cœur est le contrôle du corps des femmes, par tous les moyens que permet la démocratie : liberté d’expression et d’association, tribunaux, élections, etc. Nous pouvons les encadrer juridiquement et les dissoudre sous certaines conditions. Mais nous ne pouvons pas les interdire, justement parce que nous sommes en démocratie. Une démocratie dont on doit accepter le revers de la médaille. C’est pour ses principes que la vitrine politique de l’autre extrême droite, le Front National, et plus récemment Civitas, n’a jamais été interdite non plus. Nous pouvons lutter contre ce totalitarisme par une prise de conscience politique encore insuffisante (surtout dans cette frange de la gauche), par l’éducation, la modification de l’aménagement du territoire en cassant les ghettos, une politique économique plus attentive à ces territoires, un projet politique visant à insuffler à tous le sentiment d’appartenance à une même nation. Car la France ne fait pas rêver une partie de la population et trop de politiques parlent encore de « communauté musulmane française ». La religion devient alors un refuge identitaire sécurisant. C’est en faisant de la France un rêve, un idéal commun, que nous ferons reculer les identitaires religieux.

Nous ne ferons donc pas reculer le communautarisme en tentant d’interdire ses promoteurs. Nous le ferons reculer en promouvant l’humanisme et l’universalisme, seul chemin pour le véritable « vivre ensemble ».

(1) francais-et-musulmans.fr

(2) Qaradawi Youssef, Le licite et l’illicite en islam, Paris, Éditions Al Qalam, 1992, réed. 2005

(3) Retour sur l’affaire Jimmy Parat – Bagnolet

(4) Censure au conseil municipal de Bagnolet

(5) « Je n’impose rien aux gens » : une candidate voilée aux législatives explique sa démarche

(6) https://www.facebook.com/hananzahouani/photos/a.1365241836866427.1073741827.1365241640199780/1443866445670632/?type=1&theater

(7) Non, la France n’a pas besoin de femmes voilées pour représenter Marianne !