[Source : Liberté du 27 octobre 2007 -Dossier : Hidjab (Samedi 27 Octobre 2007)]
Ferhat Mohand Saïd, sociologue, à propos du voile "C’est une castration de la petite fille"
Par : Nadia Mellal
Sociologue et conseiller pédagogique de la jeunesse, Ferhat Mohand Saïd, qui est également président de l’Association communication en milieu de jeunes, évoque dans cet entretien express à Liberté les arrière-pensées du port du voile chez la petite fille.
Quelle lecture faites-vous du port du voile chez la petite fille ?
Il faut savoir que dans le port du voile chez la petite fille, il y a l’influence des parents. Soit l’un ou l’autre, ou les deux à la fois. Dans ce cas, il faut savoir que l’un ou les deux parents sont à cheval sur les signes d’apparence. Aussi pour comprendre ce phénomène, il faut interpeller l’enfant dans toute son innocence sur l’origine de ce port de voile. Et à travers sa réponse, vous serez orientés sur les raisons de son geste. Mais quoi qu’il en soit, derrière cette approche des parents qui imposent le voile à leur petite fille, il y a toute une idéologie et arrière-pensée. À travers leur geste, ils tendent à habituer très tôt l’enfant à ce voile. Aussi, il faudrait savoir que le port du voile chez la petite fille exprime un regard négatif du corps féminin, une forme de castration à un âge innocent.
Et généralement, on retrouve dans ces milieux familiaux des excès. C’est ainsi, par exemple, que les filles n’ont pas le droit de toucher la main à un garçon ou à faire la bise à un homme. Il s’agit dans tous les cas d’idées extrémistes.
Est-ce que le port du voile est une décision de la petite fille ?
Non. Le port du voile n’est pas une décision de la petite fille. Celle-ci porte le voile sous l’influence de son entourage immédiat. Pour la fille cela peut être assimilé à un jeu mais, c’est un jeu dangereux parce que le voile est facile à mettre, mais difficile à enlever. Si vous voulez bien comprendre ce phénomène, sachez qu’il y a beaucoup de filles qui mettent le voile sous l’emprise des gens du quartier. C’est le garçon du quartier qui fait une remarque et la fille, pour être tranquille, se voile. Une fille déjà exclue de la société et marginalisée mettra le voile pour ne pas être agressée.
Est-ce que des solutions existent à ce genre de problèmes ?
Il faut qu’un travail soit fait au niveau de l’école. Parce qu’au niveau des familles, on peut évoquer la question des libertés individuelles. Il faut savoir que l’école peut jouer un rôle important avec la prise de décisions à ce sujet où il sera dit qu’on refuse cette castration des petites filles au niveau des écoles. Cela ne sera pas facile car il y a des enseignants qui encouragent cela.
Comment ?
Quand une petite fille se voile, on lui dit “mabrouk” (félicitations) et “Allah ibarek”. Par contre, à une fille qui l’enlève, on ne lui dit pas “mabrouk allik”. On lui dit avec étonnement “tu l’as enlevé ?” On baigne dans une ambiance sociale qui encourage le voile et qui décourage qu’on l’enlève. C’est tout un état d’esprit.
Pourquoi cet état d’esprit ?
Il y a un discours intégriste qui sous-tend cet état d’esprit et ce discours gagne du terrain dans beaucoup de couches sociales, en particulier les plus fragilisées. Une fille enveloppée a la conscience tranquille au-delà de tout ce qu’elle peut faire. L’essentiel est qu’elle soit enveloppée. Cela arrange quelque part. Il faut savoir qu’il y a beaucoup de choses derrière le port du voile. Il y a même des filles qui s’adonnent à la prostitution et qui portent le hidjab qui les protège contre la suspicion de l’entourage. C’est un double jeu. En tout état de cause, le port du voile est un phénomène multiple.
Quelles sont les répercussions du port du voile sur la petite fille ?
Il s’agit d’une négation et d’une dévalorisation de son corps. Tout comme il s’agit d’une castration de l’innocence. Il y aura des conséquences sur le développement psycho-affectif de l’enfant.
Revenons sur la prise en charge de ce phénomène. Comment peut-on influer sur la décision du port du voile chez la petite fille ?
Il faut sensibiliser les parents. Il faut leur dire que ce n’est pas un jeu et ce n’est pas une décision à prendre à la légère. Aussi le rôle de l’enseignant est important et il doit interpeller cette enfant : pourquoi vient-elle avec le voile ? Si l’enseignant voit qu’il y a des éléments que ce sont les parents qui l’obligent au port du voile, il devrait réagir, parce qu’une enfant, c’est l’innocence, elle ne peut pas décider de son propre chef de se couvrir de la tête au pied.
Aussi, et à propos du règlement de cette question, il ne faudrait pas intervenir par l’interdiction. Car on rentre dans un autre débat. Mais l’important est de sensibiliser sur les conséquences du port du voile chez les petites filles. Des émissions de télévision, de radio et des articles de journaux devraient jouer ce rôle de sensibilisation en animant le débat pour faire avancer cette question.
Entretien réalisé par N. M.