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Belgique : Halal : stop à la surenchère !

mardi 7 février 2012, par siawi3

Source : Les carnets de Nadia Geerts,`
1 décembre 2010

http://nadiageerts.over-blog.com/ar...

Cette carte blanche a été publiée dans Le Soir du 30 novembre 2010.

Dans une carte blanche publiée le 24 novembre dans Le Soir, Musa Saygin plaide pour l’introduction de menus halal dans les écoles, arguant que celle-ci ne contreviendrait en rien à la neutralité de l’enseignement officiel, mais ne serait au fond rien d’autre qu’un accommodement dit raisonnable permettant de ne discriminer personne sur base de ses convictions religieuses.

Voilà une étrange conception de la non-discrimination, qui, si l’on s’en tient aux « accommodements raisonnables » tels qu’ils sont pratiqués au Canada, ferait obligation aux pouvoirs publics non seulement de permettre aux enfants de consommer une nourriture conforme aux prescrits de leur religion, mais encore de fournir eux-mêmes cette nourriture ! Rappelons que selon cette logique aberrante, d’innombrables enfants seraient aujourd’hui « discriminés » en raison de leur allergie, des choix philosophiques de leurs parents (végératisme, végétalisme, bouddhisme…) ou de leurs dégoûts alimentaires, puisque l’école, loin de leur fournir des menus adaptés, se borne à leur permettre de consommer à l’école les repas préparés à la maison…

Il va de soi que si demain, les cantines scolaires devaient introduire une offre de menus halal, quantité de parents végétariens ou amateurs exclusifs de poisson seraient fondés à se plaindre à leur tour de discrimination, puisqu’ils n’auraient toujours le choix qu’entre un menu « classique » et un menu « halal », aucun des deux ne correspondant à leurs choix alimentaires.

L’autre argument de Musa Seygin est plus spécieux encore, puisqu’il se fonde sur le fait que les cantines scolaires sont de plus en plus souvent prises en charge par des intervenants extérieurs, lesquels ne relèveraient donc pas du service public et de ses missions. Outre qu’on peut à bon droit s’inquiéter de cette privatisation de certains secteurs de l’enseignement officiel, il nous paraît qu’un enseignement qui adapterait son offre de repas aux exigences – religieuses ou non, mais il est évident que l’argument religieux a de meilleurs jours devant lui que celui de santé ou de simple convenance – des usagers (à savoir les parents), ne serait plus neutre, mais confessionnel, et dans le meilleur des cas pluri-confessionnel, sans même parler des problèmes pratiques que cela poserait. Signalons encore que sur le terrain, une telle pratique aboutirait trop souvent à segmenter les élèves en fonction de leur nourriture, donc de leur religion : ce sont les tristement célèbres « tables des sans porc ».

Suite à l’augmentation des revendications de menus différenciés dans les cantines scolaires, la LICRA Rhône-Alpes a mis sur pied une « instance de concertation citoyenne et républicaine » fédérant l’ensemble des acteurs de la société civile concernés. A l’issue de ces travaux, la Ville de Lyon a adopté une solution qui satisfait tout le monde et respecte la laïcité : au menu traditionnel s’est ajouté un menu complet sans viande, mais avec poisson, œufs, préparations à base de soja, etc. Les parents peuvent choisir entre chacun de ces deux menus, mais aussi un menu mixte. Ce choix « contribue à faire oublier le lien entre la préférence pour un type de menu et l’appartenance à une obédience religieuse ou philosophique ». Grâce à cette formule, un millier d’élèves qui avaient déserté la cantine scolaire y sont revenus : elle rencontre les souhaits des musulmans, des juifs, des bouddhistes, des amateurs de poisson comme des amis des animaux.

Une manière de montrer que des solutions existent, pour peu qu’on cesse de confondre neutralité et communautarisme et, surtout, droit de pratiquer sa religion et devoir pour les pouvoirs publics d’organiser cette pratique.