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France : Sarkozy et l’UOIF : quelques vérités dérangeantes

dimanche 8 avril 2012, par siawi3

Source : http://www.huffingtonpost.fr/mohame...

Mohamed Sifaoui,

6.04.2012, le Huffington Post

L’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), représentant officieux de la pensée des Frères musulmans, sera privée cette année, lors de son congrès annuel du Bourget, de plusieurs de ses références vedettes dont un certain Youssef Al-Qaradhaoui. Intégriste notoire, antisémite assumé et danger médiatique propageant un discours qui est à la République ce qu’est l’UOIF à la clarté et à la sincérité.

Nicolas Sarkozy, le candidat - président a annoncé qu’il avait contacté personnellement l’émir du Qatar pour lui faire savoir que le cheikh était indésirable en France. C’est évidemment une excellente nouvelle. Une décision qui devra désormais faire jurisprudence même si elle déplaît aux leaders de l’UOIF et à leurs relais médiatiques qui s’entêtent, en usant de pédalages rhétoriques, à présenter le prédicateur comme un humaniste incompris.

À travers une lettre ouverte, j’avais attiré la semaine dernière l’attention du chef de l’État et celle de l’opinion publique, pour rappeler, entre autres, que le discours d’Al-Qaradhaoui est aux antipodes des valeurs de la République. Mais au-delà de ce prédicateur, prêcheur de haine et d’archaïsmes, quelques réflexions s’imposent quant à la relation très ambiguë qui existe, depuis belle lurette, entre Nicolas Sarkozy et l’UOIF.

Avant toute chose, il est curieux de constater que l’UOIF, organisation islamiste par excellence, qui, pourtant, condamne les attentats et les discours antisémites, dans ses communiqués officiels, estime qu’il est tout à fait cohérent et logique de montrer une image lisse et policée à la société française tout en fréquentant des prêcheurs extrémistes qui prônent ouvertement la haine, l’antisémitisme et la violence en instrumentalisant des conflits à caractère politique. Il est curieux également de voir l’UOIF se présenter comme une association cultuelle tout en s’érigeant quasiment en chapelle politique avec la complaisance de ces responsables qui, aujourd’hui, donnant l’impression de découvrir cette organisation, multiplient les cris d’orfraies tout en jurant la main sur le cœur qu’ils n’instrumentalisent en aucune manière le drame de Toulouse.

Il est enfin tout aussi curieux de voir l’UOIF, prendre en otage, avec la bénédiction des pouvoirs publics, la religion musulmane et les musulmans de France et s’exprimer en leur nom, alors que cette association ne représente qu’un courant minoritaire.

Il est nécessaire de préciser que l’UOIF a gagné en respectabilité et en légitimité grâce à Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Intérieur, mais aussi grâce au même Nicolas Sarkozy, élu président de la République. Celui qui semble découvrir, en pleine campagne électorale, le caractère intégriste de cette organisation s’était rendu "en ami", en avril 2003, au congrès de la même association pour faire un discours devant des femmes séparées des hommes légitimant ainsi, par une telle présence, le caractère sexiste du mouvement intégriste.

Certes, il avait défendu, au risque de se faire huer, le principe républicain qui stipule que les femmes devaient ôter leur voile pour les besoins des photos d’identité, mais en contrepartie, il a insisté pour que l’UOIF, mais également le Tabligh, une association prosélyte, intègrent, toutes les deux, le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), imposant ainsi des organisations intégristes aux autres courants plus ouverts et prônant un islam compatible avec les valeurs universelles.

Pendant cette lune de miel entre le ministre de l’Intérieur, futur chef d’État, et l’UOIF, le chantre de la "laïcité positive" s’est transformé en ardent défenseur de l’association, allant jusqu’à demander aux journalistes, sur des plateaux de télévision, de ne plus la considérer comme une organisation "extrémiste", "islamiste" ou "intégriste", préférant l’affubler du doux euphémisme d’association "orthodoxe" alors qu’il n’existe nulle orthodoxie en islam. Théologiquement parlant, ce concept n’a aucun sens en islam. Mais passons sur la sémantique...

Pour paraphraser le titre du livre très documenté du journaliste Farid Hannache, on peut affirmer, en effet, que Sarkozy entretient avec l’islamisme "des hypocrisies explosives". Il instrumentalise, à sa manière, l’islam de France et singulièrement les plus intégristes dont il s’accommode allègrement lorsqu’ils peuvent servir ses intérêts. Hassan Chalghoumi qui se laisse complaisamment instrumentaliser par le pouvoir politique, qualifié désormais du sobriquet "imam de l’UMP" ainsi que quelques associations islamistes de la Seine Saint-Denis n’avaient-ils pas mobilisé, parfois à partir des mosquées, quelques barbus et autres femmes voilées, qu’ils ont envoyées par bus au meeting de Villepinte ? Inutile de rappeler qu’évidemment, charia oblige, même lorsqu’on soutient l’UMP, les femmes sont séparées des hommes et expédiées à la Grand-messe sarkozyste dans des bus strictement féminins.

Voyons par exemple comment avait-il, lors de la constitution du CFCM, exigé pour que le Tabligh, organisation prosélyte et intégriste, représenté par Mohamed Hammami l’imam de la non moins intégriste mosquée de la rue Jean-Pierre Timbaud, intègre le CFCM. Aujourd’hui, le même imam qui était aussi intégriste hier qu’aujourd’hui est sous le coup d’une procédure d’expulsion... Décidemment, les temps changent pendant une campagne électorale.

Voyons aussi comment est-il en train de fustiger, depuis le drame de Toulouse, l’UOIF qui n’est pas moins ou plus intégriste qu’hier tout en lui envoyant émissaires et messagers pour "rassurer" les actuels responsables de l’association.

En réalité, Nicolas Sarkozy en veut à ces islamistes non pas parce qu’ils sont islamistes. Ils l’ont toujours été et le demeureront. Le président-candidat a une dent contre l’UOIF depuis 2007 car, contre toute attente, ces derniers avaient fait savoir, lors de la précédente élection, qu’ils soutenaient François Bayrou. Sarkozy ne leur a jamais pardonné ce qu’il appelle une "trahison" et n’hésite pas à le faire savoir à certains de ses interlocuteurs.

Et s’il ménage, malgré tout, ses attaques contre l’UOIF, c’est aussi parce qu’il a encore besoin d’eux. Du moins jusqu’au 6 mai prochain. Et pour cause, Nicolas Sarkozy compte bien incorporer dans son bilan et à son actif la création du CFCM.

Or, en vérité, cette organisation n’existe plus. C’est désormais une coquille vide avec une simple existence juridique. L’UOIF a quitté les instances du CFCM sans trop le faire savoir. Elle a ainsi accéder aux demandes du ministère de l’Intérieur et aux conseillers de Claude Guéant qui supplient, depuis près d’un an, les responsables de l’organisation islamiste de ne pas faire trop de vagues au sujet de leur décision de ne pas participer aux élections du CFCM, prévues en juin 2011. Ils ont refusé également de participer à l’élection du bureau de l’institution censée représenter les musulmans. Pourquoi ? Parce qu’ils ont agi comme tous les intégristes. Ces derniers n’aiment généralement les processus électoraux que lorsqu’ils leur sont favorables.

Voyant que chaque élection montrait qu’ils étaient en réalité minoritaires, contrairement à leur discours officiels et aux commentaires de certains de leurs relais médiatiques qui tendent à les présenter souvent comme s’ils étaient LES "représentants" quasi exclusifs, en tout cas les plus importants, des musulmans de France, alors qu’ils ne représentent, en réalité, qu’une infime minorité, recrutée plutôt dans les milieux se reconnaissant dans la pensée des Frères musulmans ou dans le discours fort ambiguë et prétendument "moderne" de Tariq Ramadan, les responsables de l’UOIF ont préféré quitter le CFCM qu’ils souhaitaient diriger. En réalité, même la Grande Mosquée de Paris a refusé de prendre part aux élections de juin 2011, mais contrairement à l’UOIF, les représentants de Dalil Boubekeur font toujours partie du bureau. Du moins, pour l’instant.

En réalité, le deal entre le ministère de l’Intérieur et l’UOIF a amené cette dernière à ne pas critiquer le CFCM ni à formaliser son départ des instances le temps de laisser le président et candidat utiliser la création du CFCM comme l’une des "œuvres majeures" de son quinquennat. Voilà donc des prétendus représentants d’un culte qui laissent des politiques cyniques instrumentaliser une religion et qui, tout en prétendant "défendre" les musulmans, s’emploient d’un côté à propager une idéologie archaïque plus politique que cultuelle, à offrir des tribunes à des prédicateurs extrémistes et d’un autre à gérer de basses ambitions personnelles. L’islam de France est décidemment un bon fond de commerce.