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France : La gauche et Israel.

samedi 14 avril 2012, par siawi3

Source : Liberation, Le 6 avril à 0h00

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Avec Günter Grass, « ce qui doit être dit » vire à la diatribe anti-israélienne

Par THOMAS SCHNEE Correspondance, à Berlin

Est-ce le chant du cygne antisémite d’un brillant esprit plongé dans son crépuscule ? Ou un cri de vérité qui dérange une pensée occidentale bien bétonnée ? Mercredi, Günter Grass, le prix Nobel de littérature allemand, a frappé un grand coup en faisant publier Ce qui doit être dit, un long poème en neuf strophes où il attaque frontalement la politique d’Israël vis-à-vis de l’Iran. Il y renverse totalement les perspectives.

L’auteur du Tambour y dénonce non pas les menaces nucléaires proférées par Téhéran à l’encontre d’Israël, mais la volonté de ce pays d’attaquer préventivement le pays des mollahs avant qu’il ne se soit doté de la bombe. Il conteste ainsi le droit « autoproclamé » de « cet autre pays qui dispose depuis des années d’un arsenal nucléaire » à attaquer le premier. Pour lui, ce projet risque de conduire purement et simplement à « l’extermination du peuple iranien ».

 

Avec les accents d’un Martin Luther brandissant sa vérité, Grass estime qu’il s’est trop longtemps tu : « Pourquoi ne dis-je que maintenant […] la puissance atomique d’Israël menace la paix mondiale déjà fragile ? » Il n’épargne pas ceux qu’il juge soutenir cette politique, dont son propre pays, l’Allemagne, livrant à l’Etat hébreu matériel de guerre et sous-marins. Grass veut donc briser le « silence généralisé » et lever le « mensonge pesant » qui s’explique, selon lui, par le fait que « le verdict d’antisémitisme tombera automatiquement » sur celui qui osera le rompre. Le dramaturge allemand, connu pour son engagement et ses intrusions en politique, toujours à gauche, n’a pas fait les choses à moitié : son poème a été publié dans trois grands journaux européens (Süddeutsche Zeitung, La Repubblica, El País) pour un lectorat qui se chiffre en millions de personnes.

Depuis la parution de ce texte que le ministère des Affaires étrangères israélien classe dans le domaine de la « science-fiction » et juge « minable » et « sans grâce », les réactions pleuvent de toutes parts. Grass, qui a pourfendu le nazisme et rabâché le devoir de mémoire tout au long de son œuvre, est-il atteint de sénilité ? Ou glisse-t-il dans un antisémitisme tardif ? On lui rappelle aussi qu’il a attendu 2006 pour avouer un bref passage à 17 ans dans les rangs de la Waffen SS.

L’historien israélien Tom Segev le trouve « plus pathétique qu’antisémite ». Pour le chef du parti écologiste, Cem Ozdemir, Grass est tombé « dans le piège du populisme en brisant un pseudo-tabou qui serait qu’on ne peut pas critiquer Israël ». Ce qui gêne le plus Ozdemir, mais aussi ses collègues des autres partis, c’est avant tout la vision géopolitique défendue par l’écrivain : « L’Allemagne a tout intérêt a ne laisser subsister aucun doute sur l’identité réelle du pays agresseur », estime ainsi le leader des Verts.