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Vers un nouveau traité de Westphalie pour déconstruire Daech

dimanche 6 décembre 2015, par siawi3

Source : http://www.huffingtonpost.fr/daniel-soulez-lariviere/guerre-daech-diplomatie_b_8718414.html?utm_hp_ref=france

Daniel Soulez Larivière

Avocat et essayiste

Publication : 06/12/2015 09h36 CET Mis àjour : il y a 3 heures

INTERNATIONAL - Plus facile àcomprendre qu’àtraiter, la situation ayant conduit aux attentats du 7 janvier et du 13 novembre est le résultat d’un enchaînement-déchaînement qui obéit àune chronologie. D’abord avec la destruction de l’État irakien par nos amis américains qui ont cru qu’en remportant aisément une victoire en trompe-l’Å“il, ils allaient pouvoir y greffer la démocratie. Et faire expier le méchant en le pendant haut et court. Comme dans les westerns, « We got him » s’exclama avec emphase Bremer, le proconsul de Bush, dans sa conférence de presse après avoir débusqué le dictateur. Avec la dissolution du parti Baas et de l’armée, cette victoire àla Pyrrhus a commencé par détruire l’État. Et le fait de favoriser durablement les Chiites contre les Sunnites minoritaires mais dominants sous Saddam et qui se sont vus sévèrement dominés sous les Américains, a aggravé la situation. Cette espèce de force mécanique a stimulé chez les Sunnites et les anciens cadres de l’État détruit, une volonté de survie qui a conduit àla création d’un para-État àcheval sur la Syrie et l’Irak. La construction de « l’État Islamique » s’est parachevée avec la production, l’exploitation et la manipulation d’une idéologie religieuse millénariste, faite àla fois de croyances et de machiavélisme. Le tout s’est abattu sur des pays européens qui n’ont pas connu véritablement de guerre depuis 70 ans, sont incapables de donner àune partie de leur jeunesse des exutoires àsa violence et inaptes àéradiquer les germes millénaristes qui donnent àcertains un sens àla vie. Y compris dans la mort. La leur et celle des autres en même temps.

De quels outils idéologiques disposent les sociétés européennes pour neutraliser cette aspiration mystique vers le trou noir ? De rapides, il n’y en a guère. La dialectique susceptible de faire réfléchir les kamikazes et de les mettre en contradiction avec leurs donneurs d’ordre et en empathie avec leurs victimes prendra du temps. Cette machine infernale va encore produire des morts, des déplacements de population et des effets pervers antidémocratiques en Europe. Détruire des États même lorsqu’ils sont mal famés est stupide, terriblement dangereux et finira peut-être par être compris par les tenants d’une diplomatie dite moderne. Les réflexes moralisants ne sont pas l’alpha et l’omega de la politique internationale. Comme l’a dit Churchill en 1941, « Si le diable me proposait de l’aide contre Hitler, je dirais un mot pour lui aux Communes ». Bien d’autres drames vont se produire avant que cette réalité soit assimilée et que certaines chancelleries reviennent àla Realpolitik le temps nécessaire. Mais le pas diplomatique français vers le terrible Bachar el-Assad et l’intelligent Poutine montre que ça commence. Pour autant, reconstruire l’Irak d’un coup de baguette magique est hors de notre portée. Idem pour la Libye dont nous, Français, avons imprudemment détruit l’État. Le lynchage de Khadafi n’a guère plus servi la paix et la démocratie que la pendaison de Saddam Hussein. Mais àquoi bon pleurer sur des fautes passées. Ce qui compte maintenant est d’assurer plus de sécurité sur le front intérieur, avec des moyens d’exception auxquels il ne faudra pas s’habituer, et de développer l’activité militaire mais, comme dit l’autre, il y a plus d’avions que de cibles.

Enfin, la diplomatie. La Guerre de Trente Ans s’acheva au bout de quatre ans de négociations par le traité de Westphalie qui rétablit durablement la paix en Europe en réussissant àfaire coexister catholiques, luthériens et calvinistes. Les pourparlers opposaient les Provinces unies (Pays-Bas), l’Espagne, la France et le Saint Empire Romain Germanique. Aujourd’hui nous avons d’une part les Alaouites, les Chiites, les Sunnites, les Chrétiens d’Orient, les Yézidis, d’autre part l’Iran, les restes de l’Irak et de la Syrie, les Kurdes, l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats. Ce pourrait ne pas être forcément plus compliqué àconstruire que pour l’Europe au XVIIe siècle après les trente années de guerre. Avec en outre aujourd’hui, hors du Moyen Orient, en Europe, en Amérique ou en Asie, un monde entier qui est concerné et désireux d’aboutir àcette paix dans la région. Nous y sommes bien arrivés en 1648 pour tout le continent européen. Peut-être faudra-t-il plusieurs traités. Cette conférence internationale nécessaire pour le Moyen Orient permettrait de rétablir ou d’établir une stabilité durable àl’aide de multiples compromis garantis par les grandes puissances. Israë l devra faire beaucoup d’efforts afin de ne pas constituer la pierre d’achoppement empêchant la mise en Å“uvre véritable et durable de toute solution, y compris sa sécurité pérenne.

Essayer de retisser ce qui a été détricoté par les Occidentaux et les fanatismes religieux sera l’ambition politique et diplomatique du siècle, avant de passer àd’autres problèmes ànaître en Asie. Tout autant que le militaire, c’est la diplomatie qui finira par étouffer le terrorisme, de même que l’absence d’oxygène étouffe les gesticulations sanglantes et les efforts même suicidaires.

Autant dire que nous en avons pour un certain temps avant de voir le bout du tunnel sur le plan international et intérieur. Il va falloir garder l’espoir qu’àla sortie de ces épreuves, la France ressemble àce qu’elle était avant ces attentats et peut-être mieux encore : une terre qui donne du sens àceux qui l’habitent. Un pays qui ne trouve pas dans les tragédies une raison de plus de se refermer sur lui-même et de rejeter une mondialisation inévitable mais que tout concourt àdévaloriser. Un État dans une Union Européenne qui continue àse construire, sans s’étioler dans une juxtaposition mortifère de nationalismes égoïstes sans envergure. Bref, espérons retrouver un pays et une Europe plus vivants qu’auparavant.