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Nouvelle attaque de Daech en Tunisie : le pire est àvenir

mercredi 9 mars 2016, par siawi3

Source : http://www.lorientlejour.com/article/974233/-le-pire-est-a-venir-pour-la-tunisie-.html

mardi 8 mars 2016,

Interview de David THOMSON
par Caroline HAYEK

Le 7 mars, la Tunisie a subi hier des attaques simultanées sans précédent àBen Guerdane, proche de la frontière avec la Libye. Celles-ci ont été attribuées àl’État islamique (Daech). David Thomson, journaliste àRFI, spécialiste des mouvements jihadistes, répond aux questions de « L’Orient Le Jour  ».

Propos recueillis par Caroline Hayek.

Caroline Hayek : Est-ce que les jihadistes circulent facilement entre la Libye et la Tunisie ?
David Thomson : La circulation a été extrêmement facile pour les jihadistes, notamment tunisiens, mais aussi français, entre la Tunisie et la Libye jusqu’àrécemment, c’est-à-dire jusqu’au début d’année 2015. C’est ce qui a permis àplusieurs centaines de Tunisiens de regagner sans trop de mal le jihad, en particulier àpartir de l’été 2013.
À partir de 2015, les autorités tunisiennes mais aussi libyennes, en tout cas, la partie Fajr Libya, ont été beaucoup plus vigilantes. Mais les flux continuaient de passer.
Aujourd’hui, les passages sont beaucoup plus difficiles, mais ils continuent d’aller et de venir, notamment en bénéficiant des réseaux de contrebande, dont le territoire se trouve aux frontières.

Quelle est l’importance de la ville de Ben Guerdane ? A-t-elle été un vivier de recrues jihadistes ?
Ben Guerdane, dans l’imaginaire jihadiste, est une ville qui a une importance particulière, en raison d’une phrase qui a été prononcée par Abou Moussab el-Zarqaoui, qu’on peut considérer comme le père spirituel de l’État islamique (EI). Après 2004, et la fameuse bataille de Falloujah en Irak, il avait dit dans l’un de ses messages audio : « Une ville en Tunisie s’appelle Ben Guerdane. Si elle avait été près de Falloujah, elle aurait libéré l’Irak.  »
Cela montre qu’àl’époque déjàil y avait beaucoup de Tunisiens dans le premier jihad irakien.
Est-ce que cela voulait dire, dans son esprit, que la plupart des jihadistes tunisiens venaient de Ben Guerdane ou bien que ces derniers avaient beaucoup transité àBen Guerdane pour se rendre en Libye, pour ensuite rejoindre l’Irak ?
Je penche pour la seconde hypothèse. Dans l’imaginaire, elle a un rôle important, mais je ne suis pas certain que le taux de départ de jihadistes en Irak ou en Libye soit plus important àBen Guerdane qu’àSidi Bouzid ou Bizerte.

Est-ce que la fermeture des postes frontaliers et le renforcement des patrouilles, y compris aériennes, àsa frontière avec la Libye suffiront àendiguer la menace ? N’est-elle pas également interne ?
La « ligne Maginot  » tunisienne, c’est-à-dire ce mur de sable le long de la frontière libyenne, qui a été construit après l’attentat de Sousse, est de mon point de vue un non-sens.
- D’abord, parce qu’il est extrêmement facile de le franchir, de le contourner.
- Ensuite, parce qu’il y a des jihadistes tunisiens pas forcément identifiés, qui, avec une simple carte d’identité ou un passeport tunisien, peuvent tout simplement passer par les deux postes-frontières de Ben Guerdane ou de Ras Jedir.
- Il faut également garder en tête qu’il y a encore un grand nombre de jihadistes qui sont sur le sol tunisien, qui se sont rasé la barbe et qui sont passés en clandestinité. Lors de la période où les autorités faisaient preuve d’une tolérance vis-à-vis des jihadistes entre 2011 et 2013, c’est àce moment-làque les jihadistes tunisiens ont mis en place des trafics d’armement très importants, qui venaient de la Libye.
- Il y a plus de 5 000 ressortissants tunisiens qui sont partis faire le jihad en Syrie, en Irak et en Libye, qui vont revenir et qui ont des intentions terroristes très fortes contre la Tunisie.
- Même au-delàde ces individus-là, il y a un certain nombre de militants et de jihadistes tunisiens qui sont sur le sol tunisien, qui sont armés et déterminés, et qui peuvent passer àl’action. À mon avis, il y a beaucoup de jihadistes ayant mené l’attaque de Ben Guerdane qui sont dans ce cas de figure-là.

Les attaques d’hier sont-elles d’une ampleur inédite ? Le pire est-il pourtant encore àvenir ?
L’épisode de Ben Guerdane est un indicateur de la dégradation sécuritaire qui est en cours depuis la fin 2012, et qui, àmon avis, ne va pas cesser de s’aggraver dans les prochains mois et dans les prochaines années.
Je pense qu’un péril majeur plane sur la Tunisie, autrement dit une situation qui pourrait devenir àterme insurrectionnelle en Tunisie, avec le retour des jihadistes. Si l’on se fie aux dernières estimations de l’Onu, plus de 4 000 Tunisiens sont partis en Irak, 1 000 à1 500 sont en Libye, et la plupart avec l’EI. Au sein de ce groupe, les Tunisiens sont ceux qui combattent le plus, qui sont les plus déterminés. Dans tous leurs communiqués et dans toutes leurs vidéos, ils manifestent clairement leur intention de mener des attaques terroristes en Tunisie.
Le pire est àvenir pour la Tunisie.

Y a-t-il eu des réactions de la part des mouvements jihadistes tunisiens par rapport àla polémique concernant le Hezbollah libanais ?
Pas encore. Pour l’instant, il n’y a pas eu de réactions officielles de l’État islamique ou de la branche tunisienne d’Aqmi (el-Qaë da au Maghreb islamique) par rapport àla polémique qu’il y a eu ces derniers jours en Tunisie au sujet du classement comme groupe terroriste du Hezbollah, lequel, évidemment, bénéficie d’un mouvement de sympathie important en Tunisie, qui a donné lieu àdes réactions officielles, dont celle du ministère des Affaires étrangères qui a bien précisé que le Hezbollah n’était pas un mouvement terroriste.