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France : IneÌ galiteÌ s salariales hommes-femmes : 19 % ou 64 % ?

mardi 24 janvier 2017, par siawi3

Source : Courrier de la MMF n° 328

IneÌ galiteÌ s salariales hommes-femmes : 19 % ou 64 % ? – Thomas Piketty

La France se mobilise aujourd’hui pour deÌ noncer les ineÌ galiteÌ s salariales entre les sexes. Le chiffre du jour est 19%, qui est une estimation de l’eÌ cart salarial moyen entre hommes et femmes pour un meÌ‚me emploi occupeÌ . Autrement dit, c’est comme si les femmes travaillaient pour les hommes aÌ€ partir du 7 novembre 16h34. Aussi embleÌ matique soit-il, ce chiffre ne doit pas faire oublier que les choses sont en reÌ aliteÌ bien pires que cela, car les femmes n’ont toujours pas acceÌ€s aux meÌ‚mes emplois que les hommes, loin s’en faut.
Commençons par examiner l’eÌ volution du rapport entre le revenu du travail moyen des hommes et femmes (tous emplois confondus, et en incluant les personnes sans emploi) en fonction de l’aÌ‚ge en France en 2014. On constate que l’ineÌ galiteÌ augmente treÌ€s fortement avec l’aÌ‚ge, avec un rapport passant d’un peu plus de 1,2 en deÌ but de carrieÌ€re aÌ€ plus de 1,6 en fin de carrieÌ€re.
Autrement dit, autour de l’aÌ‚ge de 25 ans, les femmes travaillent presque aussi souvent que les hommes, et occupent en moyenne des emplois relativement comparables, si bien l’eÌ cart de revenu observeÌ (25%) correspond grosso modo aÌ€ l’eÌ cart salarial mesureÌ aÌ€ emploi eÌ quivalent (geÌ neÌ ralement entre 10% et 20%, suivant les estimations, d’ouÌ€ une certaine confusion sur le chiffre du jour, d’autant plus que l’on peut exprimer l’eÌ cart de deux façons : si les femmes gagnent en moyenne 16% de moins que les hommes, alors ces derniers gagnent 19% de plus que les femmes ; je choisis cette seconde façon). Mais aÌ€ mesure que les carrieÌ€res progressent, les femmes sont moins souvent promues que les hommes sur les emplois les mieux reÌ muneÌ reÌ s, si bien que l’eÌ cart s’envole avec l’aÌ‚ge : il deÌ passe 60 % autour de 50 ans, et atteint 64% aÌ€ la veille de la retraite. Ce graphique illustre assez clairement les limites du raisonnement « toutes choses eÌ gales par ailleurs  » appliqueÌ aÌ€ l’ineÌ galiteÌ hommes-femmes : certes pour un meÌ‚me emploi, de meÌ‚mes qualifications, l’eÌ cart est « seulement  » de 10 % ou 20 % (ce qui est deÌ jaÌ€ consideÌ rable) ; mais le fait est que les femmes n’occupent pas des emplois « eÌ gaux par ailleurs  ».
On pourrait se rassurer en notant que ce graphique illustre aussi le fait que les femmes des geÌ neÌ rations plus aÌ‚geÌ es (celles qui ont actuellement 50 ou 60 ans) avaient des carrieÌ€res professionnelles moins continues que les nouvelles geÌ neÌ rations, et qu’elles souffraient davantage de discriminations professionnelles et de bais sexistes que les jeunes geÌ neÌ rations. Autrement dit, tout s’arrange progressivement, et il suffit d’attendre un peu pour que la courbe preÌ senteÌ e plus haut s’aplatisse naturellement. Malheureusement, on risque de devoir attendre longtemps, comme l’illustre le graphique suivant, qui indique l’eÌ volution de la part des femmes parmi les diffeÌ rents groupes de hauts revenus du travail depuis 1970 :
On constate que les femmes continuent d’eÌ‚tre massivement sous-repreÌ senteÌ es au sein des emplois les mieux reÌ muneÌ reÌ s. Un cas particulieÌ€rement extreÌ‚me est celui des 1% des personnes les mieux reÌ muneÌ reÌ es : la part des femmes a certes progresseÌ au cours des dernieÌ€res deÌ cennies, mais aÌ€ un rythme extreÌ‚mement lent : entre 5 % et 10 % de femmes dans les anneÌ es 1970, 10 % en 1994, 16 % en 2012. Si l’on poursuit l’eÌ volution observeÌ e, alors il faut attendre 2102 pour atteindre la pariteÌ . C’est bien loin.