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France : L’intersectionnalité dévoyée : le cheval de Troie des islamistes

samedi 1er juillet 2017, par siawi3

Source : https://medium.com/@B.D.Maro/lintersectionnalit%C3%A9-d%C3%A9voy%C3%A9e-le-cheval-de-troie-des-islamistes-2286e82bc64

Bernard Maro

Apr 26 2017

L’intersectionnalité dévoyée : le cheval de Troie des islamistes

Comment des militant.e.s féministes et homosexuel.le.s se réclamant de la gauche pour qui l’égalité est une valeur fondamentale peuvent-ils faire cause commune avec des mouvements religieux fondamentalistes proches des islamistes dont l’idéologie sexiste et homophobe n’est plus àdémontrer ? La réponse se trouve dans ce mot dont le sens a été dévoyé, intersectionnalité.

L’intersectionnalité est un concept visant àmettre en évidence la multiplicité des formes de discriminations : race, sexe, classe, handicap, âge, etc. Ce terme est apparu sous la plume d’une féministe et juriste afro-américaine, Kimberlé Williams Crenshaw dans un article paru àla fin des années 1980 (cité en fin d’article) « Les discours féministes et antiracistes contemporains n’ont pas su repérer les points d’intersection du racisme et du patriarcat. Face àces difficultés, cet article propose une approche originale : l’intersectionnalité. […] la manière dont le positionnement des femmes de couleur, àl’intersection de la race et du genre, rend leur expérience concrète de la violence conjugale, du viol et des mesures pour y remédier qualitativement différente de celle des femmes blanches.  ». On voit très bien l’intérêt de ce concept dans le cadre juridique américain, ou la plaignante devait choisir le motif de la discrimination qu’elle subit, raciste ou sexiste. Les plaintes de femmes noires étaient ainsi rejetées par les juges puisque, si le racisme était invoqué, les hommes noirs ne subissaient pas les mêmes discriminations. De même, si le sexisme était invoqué, elles étaient rejetées dans la mesure où les femmes blanches ne les subissaient pas non plus. Ce concept, qui a permis de faire évoluer le système judiciaire, àaussi une portée bien plus générale car il permet de comprendre et d’analyser la complexité des oppressions subies par les membres de minorités multiples.

Depuis ce concept a été totalement récupéré et corrompu — on le retrouve sur des banderoles, comme si un concept qui est un outil d’analyse scientifique pouvait devenir un slogan militant — dans certains milieux « progressistes  » et sert de justification àla « convergence des luttes  » qui aboutit bien souvent au mariage de la carpe et du lapin.

On assiste àune hiérarchisation entre sexisme et racisme : « ÃŠtre intersectionnelle suppose àmon avis d’avoir des priorités : aujourd’hui la lutte contre l’islamophobie. Et donc d’accepter, parfois, d’être en présence de personnes qu’on aurait préféré ne jamais côtoyer.  » Nous dit la comédienne Oceanerosemarie.

On réduit le voile, symbole sexiste et patriarcal s’il en est, àun marqueur d’oppression raciste. Ainsi Rokhaya Diallo n’hésite pas a affirmer « La grande majorité des actes islamophobes concernent des femmes voilées, et sont donc manifestement sexistes.  ». Cette inférence, liant racisme et sexisme, lui permet ensuite de justifier l’abandon du combat contre le patriarcat religieux au nom du féminisme. Car le seul sexisme auquel ces femmes ont affaire, c’est bien entendu celui des « islamophobes  » pas celui des religieux qui renvoient la femme àune condition inférieure. Ce problème, Kimberlé Williams Crenshaw l’avait déjàmis en évidence dans son article ou elle mettait en garde contre la tentation de masquer les oppressions au sein d’un groupe au nom de la solidarité raciale ou de genre.

Les islamistes ont profité de cette confusion àgauche de l’échiquier politique. Ils ont transformé toute critique de l’islamisme en racisme, et ont investi dans le même temps le terrain des luttes sociales au nom de l’antiracisme. Ainsi la lutte contre « l’islamophobie  » a été incluse dans la plupart des protestations sociétales. Dans le même temps, ils se sont également associés aux manifestations de la droite conservatrice contre le mariage pour tous, les droits des LGBT et celui des femmes àdisposer de leur corps.

On est bien loin de Kimberlé Williams Crenshaw qui s’élevait dans son article contre le communautarisme : « Le problème, avec la politique de l’identité, n’est pas qu’elle échoue àtranscender la différence (…) mais plutôt l’inverse : la plupart du temps, elle amalgame ou ignore les différences internes àtel ou tel groupe.  » Cette rhétorique contre laquelle elle mettait en garde, on la retrouve aujourd’hui au sein de groupes racialistes qui mettent en avant l’appartenance religieuse avant l’appartenance àla République comme le Parti des Indigènes de la République. On ne peut que souhaiter que ces militant.e.s féministes et LGBT, qui défilent avec les islamistes, relisent Kimberlé Williams Crenshaw et comprennent que seul l’universalisme des droits et des devoirs est un facteur d’émancipation, y compris pour les membres de minorités.

[(Kimberlé Williams Crenshaw. Demarginalizing the Intersection of Race and Sex : A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine. University of Chicago Legal Forum. 1989 ;1989:139–168. Les citations en français sont extraites de : Kimberlé Williams Crenshaw et Oristelle Bonis, Cahiers du Genre, 2005/2 (n°39), p. 51–82.)]