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Israel

La colère de Tsahal contre les rabbins d’extrême droite

par Marc Henry (dans Le Figaro)

dimanche 12 août 2007

La polémique enfle en Israël après le refus de soldats religieux de participer à l’évacuation de colons de Hébron.

QUI, des rabbins ou des officiers, fait la loi au sein de l’armée israélienne ? La polémique agite Israël. Tout a commencé mardi, lorsque douze soldats ont refusé de participer à l’évacuation de colons qui squattaient deux maisons à Hébron, dans un ancien marché palestinien. Les insoumis ont expliqué qu’après avoir consulté leurs rabbins, ils ne pouvaient obéir à des ordres « contraires à la loi religieuse ». L’évacuation a bien eu lieu, malgré quelques échauffourées. Quant aux militaires récalcitrants, ils ont été condamnés à 28 jours de mise aux arrêts.

« Un pouvoir immoral »

Les esprits ne se sont pas calmés pour autant. Les hauts gradés, les éditorialistes et les responsables politiques de tout bord sont montés au créneau pour participer à des passes d’armes passionnées. La grande majorité a dénoncé l’influence exercée par des rabbins extrémistes, maîtres à penser d’une partie des jeunes colons. « Les soldats ne doivent recevoir d’ordres que de leurs commandants et de personne d’autre », a lancé le ministre de la Défense, Ehoud Barak, lui-même un ancien général.

Plus explicites, les commentateurs ont dénoncé les rabbins d’extrême droite qui incitent leurs élèves à se rebeller. Nombre d’entre eux ne se font toutefois pas d’illusion sur l’impact de ces imprécations. Lors de l’évacuation de la bande de Gaza en 2005, des rabbins avaient déjà appelé les soldats à refuser d’obéir. À l’époque, l’état-major avait menacé de sévir. Mais aucune sanction n’a été prise, de même qu’aucun rabbin n’a été réellement inquiété après l’assassinat de Yitzhak Rabbin, en 1995, par un fanatique religieux.

Plus inquiétant encore : selon un sondage paru hier, pas moins d’un tiers des Israéliens trouvent justifié le refus d’obéissance des soldats à Hébron. Et du côté des rabbins extrémistes, on persiste et on signe. Dov Lior, président du conseil des rabbins de Judée-Samarie (Cisjordanie), a publié un édit religieux proclamant que la « participation directe ou indirecte à l’expulsion de juifs d’Eretz Israël (incluant les territoires occupés, NDLR) est contraire à la sainte Torah et personne ne doit prendre part à une telle mission ». Dans un communiqué, le conseil a justifié le refus d’obéissance à un « pouvoir mauvais et immoral ».

La polémique ne cesse d’enfler car les soldats sortis des Yéchivot (séminaires talmudiques) sont devenus ces dernières années un indispensable vivier pour l’armée. Très motivés, ces jeunes portant la « kippa » constituent aujourd’hui la moitié des élèves des écoles d’officiers et le gros des troupes au sein des unités d’élite. Au fil des ans, ils ont supplanté les militaires venus des kibboutzim, ces villages collectivistes symbole du « socialisme à l’israélienne » qui ont longtemps donné à l’armée l’essentiel de son encadrement.

Cette évolution préoccupe une partie de l’armée. Mais aucune alternative n’est en vue, d’autant que du côté des jeunes laïcs, le nombre de dispensés du service militaire ne fait qu’augmenter. « Tsahal devient l’armée de la moitié du peuple », déplore Ehoud Barak. Un quart des jeunes Israéliens mâles de 18 ans, censés porter pendant trois ans l’uniforme, échappent au service militaire. Chez les filles, assujetties à deux années de service, le pourcentage frôle les 50 % ! Les chefs militaires pointent du doigt les rejetons de familles des quartiers chics de Tel-Aviv ou les milieux artistiques, chez qui ne pas faire son service serait très « tendance ».

Pour Barak, la seule solution est de ramener « le signe d’infamie de Caïn sur le front de ceux qui se font réformer ». À titre d’exemple, l’armée a décerné hier plus d’une centaine de médailles à des soldats pour leur conduite héroïque durant la guerre du Liban, histoire de donner l’exemple...

[Source : Le Figaro, 10 août 2007]