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Mort de Noë l Favrelière, « juste d’Algérie  »

lundi 8 janvier 2018, par siawi3

Source : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/12/21/mort-de-noel-favreliere-juste-d-algerie_5233066_3212.html#lIqiKHCuMdCBwX2y.99

Nécrologie
Mort de Noë l Favrelière, « juste d’Algérie  »

Sous-officier parachutiste de l’armée française, il déserta en 1956 pour rejoindre l’Armée de libération nationale.

Par Charlotte Bozonnet

LE MONDE Le 21.12.2017 à18h52 • Mis àjour le 01.01.2018 à10h40

image : http://img.lemde.fr/2017/12/21/95/0/2048/1023/768/0/60/0/1f68b3e_21376-smx6po.quyf.jpg
Noë l Favrelière, le 5 juin 2001 àAigrefeuille-d’Aunis, tenant une photo le montrant avec l’uniforme de l’armée française.

Il a été condamné àmort deux fois pour avoir refusé de se battre à22 ans et pour s’être enfui avec un prisonnier algérien : Noë l Favrelière est décédé le 11 novembre à83 ans, a annoncé sa famille mardi 19 décembre.

Né en 1934 àLa Rochelle, profondément marqué par l’occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale, il effectue son service militaire en Algérie avant le soulèvement de la Toussaint 1954, date du début de la guerre d’Algérie. Rappelé en 1956, il retourne en Algérie, où il est témoin d’exactions.

Choqué par le sort réservé aux musulmans, il écrira dans son livre Le Désert àl’aube (Editions de Minuit), réédité en 2000 : « Si j’étais Algérien, je serai fellagha.  » Dans ce livre, l’ancien sous-officier parachutiste raconte son refus de laisser un prisonnier du FLN emmené àune « corvée de bois  » (exécution) et sa fuite avec lui dans le désert.

Condamné deux fois àmort par contumace

Noë l Favrelière se cache alors pendant dix mois et rejoint l’Armée de libération nationale (ALN), la branche militaire du FLN. Condamné deux fois àmort par contumace, il revient en France en 1966 àla suite d’un non-lieu, puis travaille comme attaché culturel du ministère des affaires étrangères àl’étranger.

En 2000, lorsque les généraux Massu et Aussaresses reconnaissent le recours àla torture pendant la guerre d’Algérie, Noë l Favrelière signe avec onze autres « grands témoins  » un appel, dans L’Humanité, àla condamnation de cette pratique pendant le conflit.

Son livre Le Désert àl’aube a servi de base au scénario du film Avoir vingt ans dans les Aurès (1972), de René Vautier. Noë l Favrelière fait partie des « justes d’Algérie  » qui ont soutenu les Algériens durant la guerre.

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Source : http://www.elwatan.com/hebdo/portrait/moi-noel-andre-louis-dit-noureddine-ancien-fellaga-28-12-2017-359479_164.php

Favrelière noë l (dit « Noureddine »). condamné àmort en 1956, pour avoir déserté les paras et rejoint l’ALN. il est décédé en novembre dernier en france

« Moi, Noë l André Louis, dit ‘‘Noureddine’’, ancien fellaga »

le 28.12.17 | 12h00

par Hamid Tahri

Photo : Noureddine tenant son portrait en para

« Faire souffrir est la seule façon de se tromper. » Albert Camus

La voix est douce, posée, nimbée d’un léger accent de sa Charente natale. Le regard est d’un bleu limpide. Il garde l’élégance de ses 20 ans et le souvenir de cette chaude période passée dans le désert brà»lant d’Algérie.

Il a trois prénoms, mais il préfère qu’on l’appelle « Noureddine », son nom de guerre lorsqu’il était dans la Wilaya I, aux côtés de Ben Bachir, alias Boughezala, officier supérieur de l’ALN àla retraite, son ami, qui a eu l’honneur de le recevoir au mois de juillet 2011 en son domicile sur les hauteurs d’Alger.

C’est làque je l’ai connu et que j’ai lié avec lui une amitié dont je m’ honore. La rencontre a tourné àune passionnante conversation, où il a été question de guerre, bien sà»r, mais aussi de souvenirs, de rencontres et d’amitiés qui jalonnent une période importante de la vie.

Il raconte pudiquement les faits, et son regard devient encore plus lumineux lorsqu’il évoque les drames vécus et la mort qui le traquait àchaque moment. « J’avais fait mon service militaire en Algérie et j’en étais parti une semaine avant qu’éclate la Révolution. Je savais donc un peu ce qui s’y passait.

Suffisamment pour ne pas croire àleur ‘‘pacification’’ mais àla cause des rebelles algériens. A tous ceux qui, depuis Novembre 1954 me parlaient des atrocités commises par les fellagas, je répondais : ‘‘Si j’étais algérien, je serais fellaga. J’avais connu des Algériens. J’avais vu dans quelles conditions ils vivaient et je comprenais leur révolte. J’avais aussi connu des colons. J’en distinguais deux sortes : les gros, qui ignoraient l’indigène, et les autres, les petits, qui étaient racistes et tenaient d’autant plus àleur racisme que c’était leur seul luxe », tranche Noureddine.

Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire une bonne lumière. Noë l, dit Noureddine, a cru en ses idées et les a mises en application, en se persuadant qu’il ne s’agit pas de posséder ce que l’on veut, mais d’être ce que l’on désire au plus profond de soi. Noureddine raconte dans les menus détails son rappel par l’armée et se souvient très bien du jour fatal.

Croire en ses idées

« Ma compagnie embarqua la dernière sur l’Athos II, puis la passerelle fut relevée ! Le bateau prit aussitôt la mer àMarseille. A ce moment-là, il n’y avait personne parmi les rappelés qui ne fà»t soit aux hublots, soit sur les ponts pour voir une dernière fois le pays ».
« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », écrivait l’immense poète Paul Eluard. Comme le hasard fait bien les choses, 55 ans après, Favrelière Noë l André-Louis, dit « Noureddine », retourne en Algérie.

5 juillet 2011. Noureddine est invité par ses amis Boughezala Ali et Messaoud Ben Ali àEl Oued. Une visite touristique. En fait, « un pèlerinage » puisque Noureddine doit rencontrer « son » prisonnier àqui il sauva la vie en 1956, alors qu’il avait écopé de la « corvée de bois », c’est-à-dire destiné àêtre abattu — cet homme s’appelle Necir Mohamed Salah — on imagine les émouvantes retrouvailles. « C’était poignant. J’avais les larmes aux yeux », confie Noureddine. « Cela faisait plus de 50 ans. J’étais ému, j’étais bouleversé. Mais ce qui m’a attristé, c’est lorsque je demandais des nouvelles des autres compagnons et que j’apprenais qu’ils n’étaient plus de ce monde.

Plusieurs d’entre eux avaient disparu avec Taleb Larbi. Taleb, c’était mon chef. Il me traitait comme son fils. Il était très généreux. Un meneur d’hommes doublé d’un stratège. Aux chefs de groupes qui venaient lui rendre compte de leurs missions, il demandait toujours après moi, mais il s’empressait de répondre : ‘‘Il ne peut rien lui arriver car Dieu l’aime’’. »

Il était reproché àTaleb d’activer en solo, de ne pas se soumettre aux ordres de la direction et d’avoir, de surcroît, parmi ses hommes, des Youssefistes, partisans de Salah Benyoussef, adversaire de Bourguiba, que l’indépendance de la Tunisie ne contentait pas. Il y avait une brouille avec le GPRA qui allait prendre les dimensions d’une grave crise.

De Tébessa àTunis

Le colonel Amirouche est venu aux frontières Est pour arranger les choses. « C’est dans ces conditions que j’ai connu cet homme austère et rigoureux. Après ses discussions animées avec Taleb, il a réussi àaplanir la situation. Puis, s’adressant àTaleb, il lui dit : ‘‘Le petit Français, je l’emmène avec moi àTunis. On en aura besoin là-bas’’. C’est ainsi que je me suis trouvé dans la capitale tunisienne, où l’on me confia de petites missions.

Comme je parlais l’anglais, j’accompagnais un cinéaste américain venu faire un reportage dans les camps sur les combattants algériens. Un jour, un journaliste français raconta mon histoire au consul américain àTunis, qui a vite voulu me rencontrer. Je me souviens qu’il m’avait dit : ‘‘Pour nous, les Américains, l’indépendance c’est sacré. Nous soutenons votre cause qui est juste’’. Comme il savait que j’étais condamné àmort, il me suggéra d’aller aux Etats-Unis.

Cette proposition intéressa le colonel Amirouche qui a décidé de m’envoyer àNew York pour travailler avec la délégation algérienne àl’ONU, notamment avec M’hamed Yazid et Chanderli. J’y suis resté plus de 2 ans. Mais il faut préciser qu’àmon arrivée, la CIA, qui travaillait avec les services français, m’a mis en prison pendant dix jours, attendant sans doute mon extradition en France. Heureusement que le FBI, ayant la haute main sur les affaires intérieures, puisque j’étais sur le sol américain, avait pris ma défense. »

La corvée de bois

« Cela dit, je tiens àpréciser que j’ai eu des problèmes, notamment avec Chanderli, qui pensait qu’ Amirouche m’avait envoyé pour les surveiller. Ils avaient peur d’Amirouche. Peut-être avaient-ils quelque chose àse reprocher ?

En tous cas, je poursuivais en parallèle mes études àNew York. Messaoud Aït Challal, secrétaire des étudiants algériens, était venu àNew York, m’a soutenu et m’avait proposé de retourner àTunis où une bourse d’études en Yougoslavie m’avait été offerte. Comme j’étais artiste-peintre, j’ai choisi une thèse sur l’histoire de l’art.

A la Ljubljana, l’accueil a été formidable. On n’oubliera jamais le soutien de la Yougoslavie àla Révolution algérienne. Le 26 aoà»t 1956, quelque part près de la frontière Sud-Est, Mohamed Salah et un compagnon sont faits prisonniers et c’est Noë l qui était en charge de les surveiller ».

« Que dois-je faire d’eux  », apostropha-t-il son supérieur : ‘‘Ceux-làsont bons pour la corvée de bois’’, qui consiste àdire au prisonnier ‘‘va ramasser du bois’’ et dès qu’il s’éloigne, on lui tire dans le dos. Motif : tentative de fuite. La première idée qui me vint fut qu’il fallait absolument que je fasse s’évader les prisonniers. »

Si le compagnon de Mohamed n’a pas eu de chance, ayant été éjecté d’un hélico, Mohamed, lui, après moult péripéties, s’en sortira grâce àNoureddine, qui déserta aux côtés de son prisonnier en prenant avec lui des armes et des munitions. Il se retrouvera dans les rangs du groupe de l’officier Taleb Larbi. C’est làqu’il se liera d’amitié avec Boughezala Ali et Messaoud Ben Ali, aux côtés desquels il combattra ses compagnons d’hier. Dès lors, il adoptera le prénom de Noureddine.

Condamné àmort àdeux reprises

Cette désertion lui vaudra deux condamnations àmort par les tribunaux militaires de Khenchela et de Constantine, qui le poursuivront jusqu’après l’indépendance. Il ne bénéficiera d’un non-lieu qu’en 1966. « Un ami de ma famille connaissait la nièce de De Gaulle, àqui elle a remis ma lettre dans laquelle il était écrit ‘‘Comment peut-il être condamné alors que son seul tort est d’avoir raison avant les autres. Comment laisser sortir tous les criminels de l’OAS qui jouissent de la liberté et garder mon fils otage de cette décision’’, avait écrit ma mère ». Quelque temps après, l’affaire était réglée et je l’ai appris lors de mon séjour en Yougoslavie.

Auparavant, j’étais parti àParis en clandestin au début des années soixante, où j’ai participé àune exposition de mes peintures et où j’ai rencontré Jean-Paul Sartre, qui avait pris position pour la cause algérienne. » A l’indépendance, M’hamed Yazid, qui officiait aux Affaires étrangères, fit appel àNoureddine qui y exerça quelque temps avant d’être recruté par Salah Louanchi, responsable du journal Le Peuple. « Comme j’étais artiste, je me suis chargé de la conception et du logo ».

« A Paris, j’avais terminé ma spécialité en muséologie et en restauration du patrimoine. De retour àAlger, on m’a emmené chez Ben Bella qui m’avait nommé inspecteur des musées, mais c’était une mission difficile et périlleuse du fait que les Français, avant leur départ, avaient tout pillé. J’ai travaillé de longs mois sans être payé, alors que des coopérants français étaient grassement rémunérés. Je ne vivais qu’avec l’argent envoyé par ma famille. J’avais honte.

On avait prétexté, àl’époque, que je n’avais pas de papiers administratifs en règle. Quelle pirouette ! C’est pourquoi je me suis fâché et je n’avais pas hésité àsaisir l’opportunité d’aller en Yougoslavie, où j’ai préparé un 3e cycle ».
A presque 80 ans, Noureddine garde la silhouette et la forme d’un jeune premier.

Cet homme, qui ne fait pas son âge, est un gars merveilleux, résume l’ancien officier de l’ALN et de l’ANP, Boughezala Ali, bien connu àOued Souf, qui sait que les éloges adressés àson ami ne sont pas fortuits. Il est de ceux qui pensent qu’il faut rajouter de la vie aux années et non des années àla vie.-

Parcours

Favrelière Noë l André Louis est né en 1932 àLa Rochelle, en Charente-Maritime. Il fit son service militaire en 1952 àPhilippeville (Skikda) et a été rappelé en 1956, où il déserta avec armes et bagages en rejoignant l’ALN et le groupe de Taleb Larbi.

Il activa àla frontière Est àTunis et àNew York avec la délégation algérienne àl’ONU.

Condamné àmort en 1956 àdeux reprises, il ne fut gracié qu’en 1966. Au maquis, il connut Boughezala Ali, officier avec qui il garde toujours le contact et d’autres anonymes.

Noureddine a écrit deux livres, dont le Désert àl’aube, qu’il dédie àla mémoire de son camarade Kadou (Abdelkader Benazouz), et àtous ceux qui, comme lui, sont morts pour que d’autres vivent libres et en paix…

Noureddine vivait depuis les années soixante en France. Il est décédé le 11 novembre dernier en Charente-Maritime, sa terre natale. Paix àson âme.