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Quebec : Et si on mettait fin à la suprématie de Dieu?

Monday 15 March 2010, by siawi2

par André Gagnon, Éditorialiste

Depuis trois ans, le débat sur la laïcité et les valeurs québécoises a fait couler beaucoup d’encre. Faut-il oui ou non que certains droits comme l’égalité des hommes et des femmes aient préséance sur la liberté religieuse? La préséance de cette égalité n’est-elle pas en elle-même une rupture de l’égalité des droits? L’interdiction souvent proposée du port de signes religieux n’est-elle pas une violation de la liberté d’expression ou de la liberté de religion?

En relisant la Charte canadienne des droits et libertés, on se rend vite compte où se situe le nœud gordien. Dès le premier article, le principe démocratique de la primauté du droit est limité par la reconnaissance de la suprématie de Dieu. Ce principe n’est pas qu’une évocation ésotérique ou incantatoire. Il reflète le statut privilégié des religions dans notre société qui fait des citoyens qui ‘ont la foi’, des citoyens plus égaux que d’autres. La liberté de conscience de l’athée que je suis, est limité par cet article qui s’applique à moi nonobstant ma liberté de conscience de ne pas croire et de ne pas vouloir être gouverné par une ‘réalité’ non-prouvable, par des croyances irrationnelles.

Au quotidien, cela se traduit par toutes sortes d’exceptions pour les religions qui sont à la base des conflits que nous avons maintenant à gérer. Pour les minorités sexuelles, cela nous force à devoir endurer que la liberté religieuse comprend l’homophobie (et toutes les autres formes de discrimination), que ce qui est interdit au commun des mortels, c-à-d la discrimination et les propos haineux, est permis dans les églises, synagogues, mosquées et autres temples, et dans la société en général pour ce qui est du discours religieux. Que ce soit pour discriminer les femmes, les ‘non-croyants’, les minorités sexuelles. N’eut été du statut privilégié de la liberté religieuse, nous pourrions poursuivre les institutions religieuses qui pratiquent la discrimination en leur sein, ou qui appellent à la discrimination dans la société. Un gai catholique pourrait poursuivre son Église qui refuse de le marier; une femme juive ou musulmane pourrait exiger de prendre place avec les hommes dans le temple, etc. Les minorités sexuelles pourraient poursuivre les religions qui propagent l’homophobie.

Mais ce qui est vrai pour toutes les autres institutions, tous les autres établissements, pour tous les autres citoyens, n’est pas vrai pour les institutions religieuses ou les ‘croyants’. Si j’ai la liberté de conscience comme athée, je dois toutefois me soumettre entièrement aux autres droits et libertés reconnues… et aussi à la ‘suprématie de Dieu’. Si je suis ‘croyant’, je peux me soustraire de ces droits et libertés dans de larges pans de ma vie. Les croyances irrationnelles ont donc préséance sur la pensée rationnelle dans notre société. C’est le compromis boiteux qui a été conclu pour que les religions acceptent ‘la primauté du droit’, la ‘suprématie de Dieu’ à la base des anciennes sociétés autocratiques étant incompatible avec les libertés démocratiques accordées aux ‘pécheurs’ que nous sommes.

Ce compromis avait probablement un sens avant les progrès de la science et de l’éducation, quand la grande majorité des nouveaux citoyens au sein de la démocratie naissante croyaient aux grands mystères, aux superstitions et à la ‘main de Dieu’. Mais au début du troisième millénaire, quand la grande majorité des citoyens acceptent de discuter des affaires de société et de l’État sur des bases rationnelles et en reconnaissant la primauté du droit, il est plus que temps de mettre fin aux exceptions qui sont des obstacles au progrès de la démocratie. Si on ne reconnait plus le droit aux religions, et avant tout aux intégristes religieux, de discriminer, si on n’accorde plus à la liberté religieuse un statut particulier, on pourra avancer dans la voie de l’égalité non seulement entre hommes et femmes, mais aussi pour les minorités sexuelles dont l’existence même est condamnée par la plupart des religions, et pour tous les citoyens et citoyennes. La plupart des demandes d’accommodements déraisonnables tomberont d’elles-mêmes et seront considérées pour ce qu’elles sont : de la discrimination et des passe-droits. Et les religions qui refusent d’évoluer, devront le faire. Chacun, chacune aura la liberté d’opinion dans le respect des libertés des autres, et chacun, chacune pourra participer au débat social si le droit ne lui convient pas. Ce qui n’empêchera personne d’adhérer et de vivre selon ses croyances : que ce soit la femme catholique qui croit qu’elle est mariée à la vie, à la mort à un homme qui la maltraite et qu’elle n’aime plus, ou le couple sado-maso qui vit une relation maître-esclave… librement consentie.

En éliminant les exceptions religieuses, en ramenant les religions au même niveau que toutes les autres croyances et convictions, on ramènera le débat au niveau où il devrait être vraiment. Même déistes, la grande majorité des citoyens acceptent et préfèrent être gouvernés sur la base du droit et non par la ‘suprématie de Dieu’. S’ils reconnaissent volontiers la liberté de conscience et de religion, ils n’accordent pas une valeur spéciale à la liberté religieuse qui la placerait au-dessus des autres expressions de la liberté de conscience. Il ne serait dès lors plus nécessaire de hiérarchiser les droits. Et la lutte pour éradiquer les discriminations, pour l’égalité pourra avancer plus rapidement.

En retirant le principe désuet de la suprématie de Dieu (Et lequel? Les déistes sont par ailleurs incapables de s’entendre sur lequel est le vrai!) de la Constitution de notre État, la séparation des Églises et de l’État prendrait vraiment sons sens.

andregagnon eyV etremag.com

Source: CCiel, mars 2010 et magazine Être, décembre 2009