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France: amalgames politico-religieux

Sunday 21 March 2010, by siawi2

Guerre d’influence àla mosquée de Drancy

«Nous viendrons jusqu’àce qu’Hassen Chalghoumi s’en aille. » Leur site Internet annonce la couleur. Depuis le 25 janvier, le collectif pro-palestinien Cheikh Yassine manifeste chaque semaine devant la mosquée de Drancy avec l’objectif avoué de « pousser l’imam des juifs et de la loi anti-burqa dehors ».

Hier encore, au lendemain du passage de l’imam de Drancy au «Grand Journal » de Canal +, le responsable du collectif, Abdelhakim Sefrioui, keffieh autour du cou, micro en main, attend les fidèles àla sortie de la prière collective, à14 heures.

Camionnette, drapeaux, enceintes puissantes, le collectif ne lésine pas sur les moyens. Des membres du collectif distribuent un tract appelant « les musulmans d’Ile de- France àvenir défendre leur religion » et assurant : « L’avenir des mosquées et de l’islam de France se joue ici et maintenant. »

Dans le flot des croyants qui sortent de la mosquée, beaucoup passent leur chemin. « C’est n’importe quoi, lâche une vieille femme dépitée. On est làpour prier, pas pour appeler àla haine des juifs. On vit ensemble, il n’y a pas de problème. »

Une centaine s’arrêtent cependant pour écouter Abdelhakim Sefrioui fustiger Hassen Chalghoumi « le faux imam » : « Il n’y a que la parole de Dieu qui doit régner dans la mosquée et non celle de M. Chalghoumi, M. Lagarde ou M. Sarkozy. » A quelques mètres de lui, de jeunes femmes légèrement voilées et maquillées font signer une pétition demandant le départ de l’imam de Drancy. Avec un certain succès. Une jeune se laisse convaincre. « Ils m’ont ouvert les yeux. Je prie ici mais je vais les rejoindre. » « Hassen était mon ami mais il m’a déçu en faisant de la politique. Il a trop parlé en notre nom et a pris la grosse tête », explique de son côté Farid.

« Il est seul contre tous », clame Abdelhakim Sefrioui au micro. Au fil des minutes, alors que les croyants se dispersent, le discours tantôt en arabe littéraire, en dialecte et en français, se durcit. « Hassen Chalghoumi est au service de ceux qui veulent détruire l’islam. Il est entouré par les sionistes qui tuent les enfants de Palestine. » Des drapeaux palestiniens font leur apparition, ainsi que des pancartes montrant des enfants palestiniens morts dans les bras de leurs pères.

Deux équipes de télévision, Oumma TV et la chaîne iranienne Al Alam, interviewent les leaders du collectif et des fidèles. Réfugiées derrière les grilles de la mosquée, une vingtaine de femmes observent la scène entre colère et amertume : «C’est de la récupération politique. Ces manifs, ça nous fait mal, ils vont finir par faire fermer notre mosquée. » Une jeune maman s’inquiète : « Que vont devenir nos 480 enfants àqui on donne des cours d’arabe et de règles de vie ? » Pour ces Drancéennes, « cette mosquée municipale est une réussite ». « Elle n’est ni algérienne, ni marocaine, ni UOIF, ni UAM-93*. Et ça, ça plaît pas ! »

Vers 15 heures, un petit groupe arrive par l’arrière de la mosquée. Toujours sous protection policière, Hassen Chalghoumi se faufile àl’intérieur et se réfugie dans son bureau àl’étage. Là, entouré de ses proches, l’imam commente : « Cette fois, les choses sont claires. La haine contre les juifs et contre la République est au pied de notre mosquée. Ils veulent me déstabiliser avec des mensonges et des menaces, mais je ne céderai pas. »

* Union des organisations islamiques de France et Union des associations musulmanes de la Seine-Saint- Denis.

Écrit par Ilyess, Dimanche, 21 Mars 2010 pour UAM93
Source : ÉRIC BUREAU ET NATHALIE PERRIER - Le Parisien - 20.02.2010