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Maghreb : La saga des femmes maghrébines àtravers les âges

mercredi 21 novembre 2018, par siawi3

Source : https://www.elwatan.com/pages-hebdo/magazine/la-saga-des-femmes-maghrebines-a-travers-les-ages-15-11-2018

Nacéra Bensedik, historienne et archéologue, restitue la mémoire des femmes de l’époque néolithique àl’Afrique romaine

La saga des femmes maghrébines àtravers les âges

Amel Blidi

15 novembre 2018 à10 h 00 min

De tout temps, les femmes ont tenu des rôles importants en Afrique du Nord. Il y a plus de mille ans, elles étaient déjàdans la santé, l’éducation, les arts et la guerre. L’archéologue et historienne Nacéra Bensedik, auteure de l’ouvrage Femmes en Afrique ancienne, a, àl’occasion d’une conférence sur ce thème tenue mardi 13 novembre, fait voyager l’assistance àtravers les âges, et plus particulièrement en Afrique romaine.

L’histoire des femmes maghrébines a été inscrite sur les parois rocheuses du Sahara, sur les mosaïques de l’Afrique romaine et sur quelques textes juridiques et littéraires (masculins pour la plupart). C’est sur ces bases, partielles et partiales, que Nacéra Bensedik a tenté de restituer l’histoire de la femme d’Afrique du Nord dans l’Antiquité. Il est certain aujourd’hui que les femmes maghrébines ont, de tout temps, cherché àéchapper au rôle traditionnel qui leur est conféré et qu’elles ne se sont jamais contenté de filer de la laine, comme le leur enjoignait l’écrivain carthaginois Tertullien.

Sur les parois rocheuses du Sahara, l’art préhistorique montre la femme comme une actrice sociale àpart entière. « Elle figure comme l’égale de l’homme dans des scènes àcaractère social, comme sur les dessins de Tin Alotéka (Tassili N’ajjer), où elles conduisent des chars àbÅ“ufs », fait remarquer l’archéologue. Les vestiges de l’Afrique romaine, retrouvés en Algérie et en Tunisie, renseignent sur une vie quotidienne riche et une relative amélioration de la condition féminine. Le droit romain leur permettait d’hériter au même titre que les hommes, puisqu’il met en avant la citoyenneté romaine, nonobstant le sexe.

Elles pouvaient choisir leur mari et s’acquittaient de leurs devoirs traditionnels de matrones. “La mater familia,†que tous dans la famille appellent “Domina,†tenait une place éminente, qui était exaltée le 1er mars et qui est l’ancêtre de la fête des mères. “Celles qui en avaient les moyens étaient aidées par les servantes et les nourrices†, souligne Nacéra Bensedik. Elle poursuit : « Cette femme n’était plus cloîtrée au foyer, elle sortait, fréquentait le forum (lieu important du point de vue politique et religieux), tenait des Salons littéraires, allait au théâtre, au cirque, et très souvent sans être accompagnée de son mari. Elle se cultivait l’esprit et s’adonnait àdes activités sportives. ».

D’autres images (moins idéales) parviennent aux archéologues. « Nous avons aussi des femmes qui étaient traitées comme des bêtes de somme. Un auteur latin, donnant un tableau très complet de ce qui se passe àcette époque, raconte avoir vu la terre retournée par une charrue àlaquelle était attelée d’un côté un âne, de l’autre une femme », souligne Nacéra Bensedik. Les femmes ne pouvaient échapper àleur condition, et les traces d’existence de lieux de prostitution sont làpour l’attester. Nacéra Bensedik pointe la présence des « adultéra meritrix » (la courtisane ou la prostituée) en Afrique du Nord.

« Ce que nous en savons, dit-elle, tient dans un collier d’esclave trouvé en Tunisie (àHammam Derradji, anciennement Bulla Regia). A une époque où l’on dit que la prostitution est un métier comme les autres, il apparaît que ce collier appartenait àune esclave qui avait dà» fuir. Il y est écrit : “Emparez-vous d’elle et ramenez-làau lupanar (maison close, ndlr)“. Je ne crois pas que cette femme a choisi ce métier », conclut l’historienne. Est-ce ce lupanar qu’Augustin évoque dans un sermon, prononcé en 399, où il dit : « Que cherchez-vous, des mimes (actrices, ndlr), des prostituées, mais vous en trouverez àBulla. »

S’il paraît difficile pour les historiens de trancher sur cette question, il semble, tout au moins, qu’àcette époque déjà, les actrices et les danseuses étaient vues d’un mauvais œil. Pourtant, la danse a toujours fait partie de l’iconographie africaine. Les parois sahariennes néolithiques (Jabaren, Tassili N’Ajjer) et des pots (retrouvés àTiddis, Constantine) illustrent superbement les gestes gracieux des danseuses, qu’on disait proches du sacré. Il paraitrait même que dans la Carthage punique, la danse permettait aux mortels de se rapprocher du divin.

Médecins, enseignantes, intellectuelles

Les femmes maghrébines étaient aussi dans le secteur de la santé. Il y eut ainsi des femmes médecins, essentiellement des accoucheuses. Libres, affranchies ou esclaves, ces femmes avaient une considération plus grande que celle des sages-femmes. L’obstétrique tenait un rôle important sur nos terres en ces années- là. Les fouilles des nécropoles orientales de Sétif ont fourni un taux de décès durant et après l’accouchement très élevé.

Le fait est que pas moins de 2163 femmes sont mortes entre 15 et 49 ans, sur un effectif total de 5 134. En cas de complications, l’on pratiquait parfois la césarienne. « La loi, précise Nacéra Bensedik, exigeait qu’il fallait opérer toute femme ayant une grossesse avancée pour sauver l’enfant quand on savait qu’il pouvait vivre », souligne Nacéra Bensedik. Usées par les innombrables et précoces grossesses, beaucoup de femmes partageaient le sort de cette Segia Hamata qui vivait dans les Aurès, mariée à16 ans, mère de 7 garçons et qui meurt àl’âge de 37 ans.

Pour autant, glisse Mme Bensedik, la longévité des Africaines dépasse celle des Romaines. Les sages-femmes avaient recours àl’avortement, même si la pratique restait l’apanage de la classe aisée. En cas de maternité non désirée, les femmes pouvaient abandonner le nouveau-né en toute légalité dans un endroit appelé « déchet » où les marchands d’esclaves pouvaient se servir autant qu’ils le voulaient. Les vestiges révèlent également que nos ancêtres maghrébines tenaient salon et se cultivaient l’esprit.

Elles étaient présentes dans le secteur de l’éducation. Une épitaphe découverte récemment àCherchell porte la mention “Grammatica†, signifiant « Enseignante ». « Cette découverte est capitale. Jusqu’àprésent, †grammatica†était, pensait-on, un titre réservé aux hommes, tout au plus les femmes occupaient-elles le poste de †pédagoga†(répétitrice) », souligne Nacéra Bensedik.

Des images ou des sculptures sur des sarcophages de femmes tenant un volumen (livre en papyrus, ndlr) ont aussi été retrouvées àCirta (Constantine), àla Marsa, en Tunisie, et àTébessa. Néanmoins, dans une Afrique romaine très riche, les inégalités étaient criantes. « Ce n’est pas toujours aussi mirifique que ce qu’on voit sur certaines mosaïques. Par exemple, àl’école byzantine, au 6e siècle après J-C, la femme maure (c’est-à-dire berbère) avait la vie dure en temps de paix comme en temps de guerre », nuance la conférencière.

Des documents uniques au monde (les tablettes Albertini), contenant des actes notariés sous le droit romain au VIe siècle (et qui, soit dit en passant, moisissent dans la réserve du Musée des Antiquités àAlger) montre que les femmes étaient étroitement associées àleurs maris ou àleurs beaux-pères. Elles interviennent dans la vente ou l’achat des terres et jouent parfois un rôle important dans la vie économique du pays. A Guelma (antique Calama), au 2e siècle, une femme, Aelia Restituta, a eu droit àcinq statues. Il paraît que c’est elle qui a financé la construction du Théâtre de Guelma pour la modique somme de 400 000 sesterces.

« C’est l’une des plus importantes dépenses publiques de l’Afrique, juste après le Capitole de Lambèse », tient àpréciser Nacéra Bensedik. Et puis, il y eut Dihya, issue d’une tribu zenète de l’Aurès oriental, que les conquérants arabes surnommèrent de manière péjorative Kahina (la devineresse), probablement en raison de ses dons prophétiques. Depuis la nuit des temps, les femmes d’Afrique du Nord se sont imposées dans divers secteurs, mais n’ont, pour l’instant, jamais conquis le pouvoir politique.

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– Qu’est-ce que l’Afrique romaine ?

Pour comprendre l’Histoire de l’Afrique romaine, il est important de se départir de nos yeux contemporains. L’archéologue et historienne, Nacéra Bensedik, a souligné lors de sa conférence tenue mardi 13 novembre au centre diocésain d’Alger qu’il serait faux de qualifier la présence romaine sur nos territoires d’occupation dans l’acception contemporaine du terme.

« Les Romains ne sont pas restés sept siècles, c’étaient les Africains qui étaient romains », résume-t-elle. La citoyenneté romaine s’acquérait, d’abord dans les grandes villes (comme Cirta).

Etaient exclus les esclaves et les soldats. Ces derniers pouvaient y prétendre après 25 ans de service. En 212, l’empereur Caracala décide que tous les sujets libres qui vivent àl’intérieur de l’empire romain devaient accéder àla citoyenneté. De là, tous les Maures (Berbères) étaient considérés comme des citoyens romains qui jouissaient néanmoins d’une certaine indépendance. Ikosium, par exemple, avait son propre trésor.

En tant que citoyens romains, ses habitants pouvaient en appeler àl’empereur. « La seule chose qui importait àRome, souligne l’historienne, c’est de ne pas remettre en question son pouvoir ». )]