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Avec le retrait des troupes américaines de Syrie, la menace terroriste s’alourdit

samedi 22 décembre 2018, par siawi3

Source : https://www.bfmtv.com/international/avec-le-retrait-des-troupes-americaines-de-syrie-la-menace-terroriste-s-alourdit-1593539.html

Avec le retrait des troupes américaines de Syrie, la menace terroriste s’alourdit

21/12/2018 à 11h51

Photo : Position américaine en Syrie. - Delil souleiman / AFP

Ce mercredi, Donald Trump a annoncé qu’il lançait le retrait complet des troupes américaines de Syrie. Un choix qui, selon les observateurs, pourrait s’avérer funeste dans la lutte contre le terrorisme islamiste.

L’annonce a surpris son monde, entraînant même la démission du secrétaire d’Etat à la Défense, Jim Mattis. Ce mercredi, Donald Trump a annoncé le départ complet et « le plus rapidement possible » des 2000 soldats dont les Etats-Unis disposaient en Syrie depuis 2015. Justifiant sa décision, il a ajouté : « Nous avons défait Daesh en Syrie ».

Le lendemain, le président de la Fédération de Russie s’est félicité de la tournure prise par les événements. « Donald a raison, je suis d’accord avec lui », a notamment lancé Vladimir Poutine. Mais la surprise n’a pas été agréable pour tout le monde. A vrai dire, la décision a même semblé plomber le moral d’à peu près tous les acteurs politiques, militaires et observateurs des Etats-Unis et de leurs alliés. Ils craignent que cette décision n’engendre un accroissement du risque terroriste islamiste.
« Non, votre déclaration est fausse »

Le 11 décembre dernier, lors d’un débrief avec les plus hautes autorités américaines, Brett McGurk, pourtant représentant de Donald Trump dans la lutte contre Daesh, estimait ainsi :

« La fin de Daesh relèvera d’une initiative a bien plus long-terme. Personne ne peut dire que la mission est accomplie ».

L’avis n’a apparemment pas porté. Les spécialistes du jihadisme sont atterrés. Sur Twitter, Rita Katz, qui dirige SITE, organisation consacrée à l’étude et au suivi du terrorisme, a lâché dans la foulée de la déclaration présidentielle :

« Non, Donald Trump, votre déclaration est fausse et dupe le public. Daesh n’est pas vaincu en Syrie et ne le sera pas tant que la région n’aura pas trouvé de stabilité - c’est quelque chose que nous n’avons pas encore vu et ce vers quoi le leadership américain devrait s’orienter ».

20.000 à 30.000 jihadistes

Et les alliés des Américains, qu’ont-ils à dire sur le sujet ? Ce vendredi, sur RTL, Florence Parly, ministre des Armées, a formulé la position française :

« Nous ne partageons pas l’analyse selon laquelle le califat territorial serait anéanti en Syrie. La France est très attachée à ce que cette lutte contre Daesh se termine ».

Le partenaire le plus exposé des Américains est aussi celui qui vit les choses le plus mal : se sentant trahis, les Kurdes, qui luttent pied à pied contre Daesh depuis l’établissement du « Califat », envisagent de libérer 3200 prisonniers faits dans les rangs de l’armée salafiste par mesure de rétorsion.

C’est bien là que réside le danger le plus grand : l’éventualité de voir le choix de Donald Trump revenir, en définitive, à armer davantage le jihadisme. L’option défendue par le chef d’Etat ne repose pas sur rien cependant. Les Kurdes sont sur le point de prendre Hajin en Syrie. Or, si cette petite ville de l’extrême-est du pays tombait, Daesh ne contrôlerait plus que 1% de son extension maximale, à l’époque où l’organisation s’était taillée un Etat en raptant des provinces syriennes et irakiennes.

Mais Rukmini Callimachi, journaliste pour le New York Times et grande spécialiste du jihadisme international, a dénoncé une illusion d’optique sur Twitter :

« Le territoire n’est qu’une seule des données prises en compte par les analystes pour mesurer la force du groupe. Et selon les autres, Daesh reste une puissance ».

Et celle-ci pourrait même s’accroître. Affaibli depuis des mois, Daesh maintient un haut niveau de nuisance. Rukmini Callimachi, citant des chiffres du Combating Terrorism Center de West Point (la célèbre académie militaire), relève que le groupe a mené 1200 attaques en Irak pendant les dix premiers mois de cette année. Certes, la déclaration de Donald Trump portait sur la Syrie. Mais, si l’on conjugue les forces de Daesh en Syrie et en Irak, il apparaît que le groupe peut encore se prévaloir de 20.000 à 30.000 hommes. Des rangs que pourraient donc grossir encore les éventuels 3200 relâchés par les Kurdes.
Inquiétude générale

Un autre voyant est au rouge, historique celui-là. En 2010, au moment du retrait américain progressif de l’Irak, l’Etat islamique d’Irak (nom donné à Daesh alors), harassé par l’opposition conjointe des Etats-Unis et des forces tribales, ne s’appuyait plus que sur 700 soldats, soit significativement moins qu’actuellement. Entre autres facteurs, le départ américain avait permis à la milice aux abois de souffler puis de prospérer à nouveau, jusqu’à conduire une offensive foudroyante en juin 2014 et à l’avènement du « calife » Abou Bakr al-Baghdadi. En 2016, lors d’une émission de radio, Donald Trump avait avancé : « La manière qu’Obama a eue de retirer nos troupes d’Irak, ça a été la fondation de Daesh ». Visiblement, le temps a emporté cette analyse géopolitique.

L’inquiétude est donc de mise :

« Le risque en ne finissant pas ce travail est de laisser perdurer des groupes et que ces groupes reprennent leurs activités sur un territoire aussi grand que l’Europe », a averti Florence Parly sur RTL ce vendredi.

Les Forces démocratiques syriennes ont quant à elle jugé : « La décision de la Maison Blanche affectera négativement la lutte contre le terrorisme ».

Jeudi, Donald Trump a aussi décidé du retrait de 7000 militaires, sur les 14.000 que compte la garnison, d’Afghanistan. Aux Etats-Unis, le sénateur républicain Lindsey Graham n’y est pas allé par quatre chemins :

« Nous mettons en train la perte de tous nos succès et pavons la voie à un nouveau 11-septembre ».