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Syrie : quelles conséquences pour les Kurdes du retrait américain ?

samedi 22 décembre 2018, par siawi3

Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/syrie-quelles-consequences-pour-les-kurdes-du-retrait-americain_3110027.html

Syrie : quelles conséquences pour les Kurdes du retrait américain ?

Alors que Donald Trump a fait savoir qu’il souhaitait retirer les troupes américaines présentes en Syrie, quelles seront les répercussions de ce retrait pour les Kurdes ?

France Info
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Mis àjour le 20/12/2018 | 19:22
publié le 20/12/2018 | 19:12

« Les Kurdes sont aux premières loges de la guerre en Syrie. Des combattants alliés des Occidentaux, qui ont délogé Daech jusqu’àRakka (Syrie). Dans les combats, les femmes sont souvent en première ligne. Drapeau kurde àla main, ils chantent et dansent. En quatre mois de combats, c’est la première fois ». Ça c’est comment les Kurdes syriens sont présentés dans les médias depuis quatre ans : des héros face àDaech. Ils étaient soutenus par 2 000 hommes des forces spéciales US.

Une opération turque imminente contre les Kurdes en Syrie

C’est terminé. Donald Trump l’a annoncé dans une vidéo. « Et maintenant, il est temps pour nos troupes de rentrer àla maison », déclare-t-il. Les Kurdes contrôlent un quart du territoire syrien avec des villes comme Kobané, Rakka ou Qamishli. Pourquoi ce retrait américain n’est pas une bonne nouvelle pour eux ? « Les Kurdes ont beaucoup d’ennemis autour d’eux, àcommencer par la Turquie et le président turc a déclaré ces derniers jours qu’une opération était imminente contre les Kurdes en Syrie », explique le journaliste Guillaume Perrier.

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Source : https://www.mediapart.fr/journal/international/201218/trump-annonce-le-retrait-des-etats-unis-de-syrie-la-russie-l-iran-et-la-turquie-se-frottent-les-mai?utm_source=20181220&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20181220&M_BT=1289581865541

Trump annonce le retrait des Etats-Unis de Syrie : la Russie, l’Iran et la Turquie se frottent les mains

20 décembre 2018

Par Thomas Cantaloube

En prenant tout le monde de court avec l’annonce d’un retrait total des soldats américains de Syrie dans les trois mois, estimant la victoire acquise, le président américain lâche ses alliés kurdes, irakiens et israéliens, alors que l’État islamique peut ressurgir.

En annonçant le retrait, dans les trois prochains mois, des troupes américaines en Syrie (environ 2 000 soldats), Donald Trump a envoyé une onde de choc dans la géopolitique du Moyen-Orient. C’est une vraie secousse, car les conséquences de cette décision semblent favoriser le régime de Bachar al-Assad, la Russie, l’Iran et la Turquie, au détriment des alliés des États-Unis que sont les Kurdes syriens et irakiens, l’Irak et Israë l. C’est une nouvelle illustration que la diplomatie àla mode Trump reste imprévisible et éloignée des choix de politique étrangère américaine du dernier demi-siècle.

Si cette décision, révélée comme de coutume sur Twitter mercredi 19 décembre 2018, a pris tout le monde de court, ce n’est pas tant pour son contenu, car Trump répète régulièrement depuis sa campagne présidentielle de 2016 qu’il entend rapatrier les militaires américains, mais par son apparente urgence. D’après les médias américains, le président a arrêté sa décision mardi 18 décembre, àl’issue d’une réunion en comité restreint avec quelques conseillers de la Maison Blanche et les secrétaires d’État et àla défense qui, quasiment tous, ont marqué leur opposition àce retrait.

L’argument majeur de Donald Trump – « Nous avons vaincu l’État islamique en Syrie, […] nous avons gagné [...], il est temps que nos troupes rentrent àla maison  » – est en effet contesté par sa propre administration, en particulier au Pentagone. Brett McGurk, l’émissaire spécial américain chargé de la lutte contre Daech, déclarait la semaine passée dans un briefing àWashington : « Si nous avons appris une leçon ces dernières années, c’est que pour défaire un groupe comme l’État islamique, il ne suffit pas de leur reprendre leur territoire et de s’en aller. Il faut s’assurer que les forces de sécurité locales sont en place et capables de tenir dans la durée.  » Et il ajoutait, sans savoir ce qu’allait annoncer son patron : « Un retrait américain serait dangereux si nous disions juste “le califat est défait, nous n’avons plus qu’àpartir†.  » Même le conseiller àla sécurité nationale de la Maison Blanche John Bolton, obsédé par l’affaiblissement de Téhéran, assurait en septembre dernier : « Nous ne partirons pas tant que les troupes iraniennes resteront àl’extérieur des frontières iraniennes, ce qui vaut également pour les milices iraniennes en Syrie.  »

Trump aurait été convaincu notamment par Erdogan de retirer les soldats américains de Syrie. Ici, les deux présidents discutent lors du sommet de l’Otan, en juillet 2018. © Reuters Trump aurait été convaincu notamment par Erdogan de retirer les soldats américains de Syrie. Ici, les deux présidents discutent lors du sommet de l’Otan, en juillet 2018. © Reuters

À l’instar de la plupart des décisions prises par Donald Trump, il est compliqué d’en décrypter les raisons sous-jacentes. Néanmoins, beaucoup d’observateurs ont rapproché cette annonce d’un entretien qu’il a eu avec le président turc Erdogan lors du G20 début décembre, puis vendredi 14 décembre par téléphone. Selon plusieurs journalistes américains, Recep Tayyip Erdogan se serait une nouvelle fois plaint que les Américains préféraient appuyer « des groupes terroristes  » kurdes plutôt que leur allié turc de l’Otan. Il faisait référence au soutien fourni depuis 2016 par Washington aux Forces démocratiques syriennes (FDS), principalement composées de miliciens kurdes jugés proches du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qu’Ankara considère comme une organisation terroriste.

Le problème, c’est que les États-Unis n’ont pas fait qu’appuyer les FDS avec des frappes aériennes, des missions de renseignement et de la formation. Les FDS ont été les principales artisanes de l’éradication de Daech en Syrie, et l’armée américaine n’a que des compliments àadresser aux soldats kurdes qui se sont montrés loyaux, courageux et excellents combattants. Aujourd’hui, les FDS contrôlent une grande part du nord-est de la Syrie et continuent de traquer les jusqu’au-boutistes de l’État islamique dans le sud-est du pays. C’est peu dire qu’elles se sentent particulièrement trahies par la Maison Blanche. Les premières réactions glanées sur les réseaux sociaux d’analystes ou de journalistes kurdes disent toutes la même chose : « Nous vous avons aidés, nous avons fait le sale boulot pour vous et maintenant vous nous abandonnez ! Merci Washington !  »

Il semble également que la décision de Trump arrive en même temps que la vente de missiles Patriot àAnkara après des années de discussions, et notamment après qu’Erdogan avait envisagé d’acheter un système équivalent àla Russie, ce qui irritait au plus haut point les Américains. Elle survient aussi après la partie de bras de fer qui s’est jouée entre la Turquie et l’Arabie saoudite àpropos de l’affaire Khashoggi, conflit dans lequel Erdogan a eu la haute main sur Mohammed ben Salmane, choyé par la Maison Blanche. Y a-t-il eu échange de bons procédés entre les États-Unis et la Turquie sur le dos des Kurdes syriens ? C’est aujourd’hui impossible àaffirmer, mais la chronologie des événements et la décision solitaire de Donald Trump le laisse penser.

Le spectre de George W. Bush devant sa banderole « Mission accomplie  »

Bien évidemment, le gouvernement turc s’est félicité de ce retrait àvenir des soldats américains, assurant que ses troupes massées àla frontière syrienne étaient parfaitement capables d’assurer la sécurité de la région. Mais la plupart des spécialistes du conflit syrien estiment que la Turquie pourrait aussi décider d’envahir le nord-est de la Syrie pour anéantir les forces kurdes, afin qu’il ne se crée jamais ni un proto-État ni une entité régionale autonome aux mains des Kurdes. Jusqu’ici, le fait que les États-Unis étaient étroitement alliés aux FDS empêchait ce scénario. Plus maintenant.

L’autre personnalité qui s’est réjouie de l’annonce américaine est Vladimir Poutine, qui a déclaré : « Donald a raison.  » Le président russe considère en effet comme son homologue américain que l’État islamique a été défait, mais surtout que la présence des Américains en Syrie était illégitime dès le départ puisqu’elle ne répondait ni àun appel de Damas ni àun mandat des Nations unies. Surtout, la Russie va se retrouver désormais seule grande puissance présente en Syrie, et ne risque plus d’être contrariée dans ses ambitions d’y établir une grande base militaire régionale.

La situation en Syrie et en Irak au 15 décembre 2018. En rouge, les zones contrôlées par les forces gouvernementales, en jaune clair par les FDS, en vert par les opposants àBachar al-Assad, en gris par Daech, en rose clair par le gouvernement irakien, en jaune sombre et orangé par les Kurdes irakiens. © SyrianCivilWarMap.com La situation en Syrie et en Irak au 15 décembre 2018. En rouge, les zones contrôlées par les forces gouvernementales, en jaune clair par les FDS, en vert par les opposants àBachar al-Assad, en gris par Daech, en rose clair par le gouvernement irakien, en jaune sombre et orangé par les Kurdes irakiens. © SyrianCivilWarMap.com

Les Iraniens sont les autres bénéficiaires de ce retrait. S’ils ne sont pas officiellement présents en Syrie, c’est un secret de polichinelle qu’ils ont envoyé des centaines de miliciens sur place et qu’ils ont encouragé le Hezbollah libanais às’impliquer en Syrie depuis 2013. Israë l a fréquemment sonné l’alarme, craignant de se retrouver en contact direct avec des forces iraniennes àsa frontière nord. Plusieurs missions de bombardement israéliennes ont été lancées ces derniers mois pour éliminer des armements ou des postes de commandement iraniens en Syrie.

Selon la presse israélienne, le premier ministre Benjamin Netanyahou, qui connaissait de longue date le souhait de Trump de retirer les troupes américaines, a tout fait pour le convaincre de ne pas y procéder. En vain. Il a néanmoins été prévenu dès mardi 18 de la décision, un jour avant qu’elle ne soit annoncée. Le moment est en effet critique pour Tel-Aviv, qui a entrepris depuis deux semaines de détruire des tunnels du Hezbollah pénétrant sur son territoire, et qui n’entretient pas les meilleures relations avec Moscou depuis qu’elle a abattu un avion militaire russe au mois de septembre.

Outre leur appui aux Kurdes du FDS dans le nord-est de la Syrie, les forces spéciales américaines étaient également basées àAl-Tanf, un poste militaire proche des frontières irakienne et jordanienne. Depuis ce positionnement, les Américains pouvaient àla fois bloquer l’expansionnisme iranien qui, sans cela, aurait bénéficié d’une route sans encombre de Téhéran àBeyrouth, intervenir sur les deux dernières poches de Daech en Syrie, et surveiller le retour des combattants de l’État islamique en Irak dans cette zone.

Car même si le “califat†de Daech a été réduit àpeau de chagrin, une partie de ses guerriers, et surtout son idéologie ne sont pas mortes. En Irak notamment, on assiste àune résurgence des activités terroristes dans les provinces du Nord (alors que les attentats sont moins nombreux àBagdad et dans ce qui fut le fief de naissance de Daech, la province d’Anbar). Selon Michael Knights, chercheur au Washington Institute for Near East Policy et auteur d’une étude récente sur la violence en Irak, cité par le Washington Post, « dans le nord du pays, les attaques augmentent et l’État islamique choisit ces cibles avec soin : par exemple, ils tuent des chefs tribaux et des policiers, ce qui effraie des milliers de personnes qui refusent de coopérer avec les autorités par peur de devenir la prochaine sur la liste  ».

Toujours selon Michael Knights, « une des clés de l’expansion de l’État islamique a été la liberté de circulation du groupe en Syrie. C’est le lieu où obtenir des armes lourdes et des explosifs, qui sont plus difficilement accessibles en Irak. Si l’on ne finit pas le travail [de l’élimination de Daech] en Syrie, cela pourrait recommencer  ».

En prenant tout le monde de court et en clamant que la victoire contre l’État islamique est acquise, Donald Trump ne prend pas seulement le risque d’irriter (une fois de plus) ses alliés, de lâcher (une fois de plus) les Kurdes, de tendre un marchepied (une fois de plus) àVladimir Poutine, il risque aussi de finir comme un objet de moqueries (une fois de plus), àl’instar de George W. Bush qui avait posé devant une banderole « Mission accomplie  » en mai 2003, un mois et demi après l’invasion de l’Irak. Avec les conséquences que l’on connaît aujourd’hui.