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France : Comment l’État cherche à fermer les mosquées radicales

lundi 31 décembre 2018, par siawi3

Source : http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/2018/12/27/01016-20181227ARTFIG00144-mosquees-radicales-un-long-travail-d-enquete-avant-d-abo

Comment l’État cherche à fermer les mosquées radicales

Par Christophe Cornevin

Mis à jour le 27/12/2018 à 20h31 | Publié le 27/12/2018 à 17h00

ENQUÊTE - Si pas moins de 130 mosquées considérées comme radicales sont actuellement recensées en France, la fermeture d’un lieu de culte nécessite de longs mois d’investigations discrètes.

Objet de toutes les attentions jusqu’au sommet de l’État, la fermeture des mosquées diffusant des messages de haine et appelant au djihad nécessite un travail considérable de la part des services spécialisés. « L’immense majorité des 2600 lieux de culte musulman ne pose aucune difficulté particulière », insiste-t-on d’emblée au Service central du renseignement territorial (SCRT), où l’on scrute l’évolution des salles de prière avec une particulière acuité.

Selon un dernier état des lieux porté à la connaissance du Figaro, pas moins de 130 mosquées considérées comme radicales sont actuellement recensées en France. À ce nombre, il convient de rajouter quelque 300 lieux de culte classés comme « rigoristes ». Ils sont tenus par des adeptes du « tabligh » piétistes et prosélytes ou encore par des Frères musulmans, qui rêvent d’imposer les lois de l’islam au cœur de la société. S’ils ne prônent pas l’apologie du djihad, leurs propos sont en rupture avec certaines valeurs républicaines, notamment en écornant le principe de l’égalité homme-femme. Ce qui leur vaut d’être aussi dans les radars.

« Tenues par des prêcheurs d’inspiration “salafiste”, les 130 mosquées radicales font toutes l’objet d’une vigilance renforcée et d’un suivi permanent, assure un haut responsable policier. Notre objectif est clair : nous sommes lancés de manière résolue dans une logique d’entrave opérationnelle, administrative et judiciaire, visant à fermer les lieux de culte et expulser les imams qui propagent des discours contraires aux valeurs de la République. Nous ne sommes absolument pas dans une logique de suivi visant à espionner des discours de haine et faire uniquement des notes. »

Loin de se faire d’un claquement de doigts ou sur la base d’une simple allégation, chaque dossier de fermeture comporte plusieurs dizaines de pages et nécessite de longs mois d’investigations, aussi serrées que très discrètes. « Au moindre signal laissant craindre qu’une mosquée est en train de basculer, nous déclenchons un dispositif pour collecter et rassembler les propos de proches et de fidèles que nous consolidons ensuite via plusieurs sources, confie un policier. Semaine après semaine, nous déployons sur une cible toutes les méthodes techniques et humaines mises à notre disposition pour stopper la diffusion, par tous les moyens, d’idées incitant au djihad ou contraires à la loi. »

Outre la « note » particulièrement nourrie, le dossier, constitué sous l’autorité et le contrôle des préfets, est enrichi de documents et d’images venant étayer les soupçons. Des « capteurs » recrutés dans le cadre du « suivi des quartiers » peuvent en outre circonstancier l’emprise des musulmans radicaux, notamment quand ces derniers font du porte-à-porte dans les immeubles pour obliger les femmes et leurs filles à porter le voile. L’ensemble ainsi documenté est « raffiné » par des « analystes » travaillant à l’échelon central du renseignement territorial avant d’être transmis au ministère de l’Intérieur qui « stabilise » notamment le dossier sur le plan juridique en évaluant les possibilités de recours.

Au terme de ce véritable marathon, quelque 51 mosquées ont ainsi été fermées sur le territoire national depuis 2012. « Jusqu’en 2015, nous étions obligés de monter des dossiers en pénal, avec toutes les difficultés qu’il y a d’apporter des preuves », se souvient un policier. Quelque 35 l’ont été majoritairement en vertu du non-respect des règles sur les établissements recevant du public (ERP). Un agent de renseignement explique : « Les salafistes, qui défient volontiers les lois de la République, peuvent s’affranchir par exemple du Code de l’urbanisme pour casser un mur porteur afin d’agrandir une salle de prière. »

Se défendant de tout détournement de procédure, les experts concèdent volontiers que la loi « ERP » a souvent été « bien pratique ». Quelques mosquées ont aussi été fermées notamment à la faveur de cessations de bail ou de destructions d’immeubles dans le cadre d’un plan de réhabilitation.

Les attentats de 2015 ont changé la donne, avec depuis lors 16 fermetures. L’article 8 de la loi sur l’état d’urgence permettait au ministre de l’Intérieur et au préfet « d’ordonner la fermeture de lieux de réunion de toute nature (..) au sein desquels sont tenus des propos constituant une provocation à la haine ou à la violence ou une provocation à la commission d’acte de terrorisme ». La loi sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme (Silt) du 30 octobre 2017 enfonce le clou en offrant désormais la possibilité de fermer des lieux de culte « aux seules fins de prévenir la commission d’un acte de terrorisme ».
« À chaque fois que l’État a montré sa force, à chaque fois qu’une mosquée radicale est fermée, nous redoutions au départ que cela fasse des vagues, confie un policier spécialisé. Au contraire : cela est vécu localement comme une libération par les habitants du quartier qui ne veulent pas vivre sous le joug de tel ou imam obscurantiste. »

« Dans ce panorama de l’islam radical, les salles les plus confidentielles comptent une cinquantaine de fidèles organisés en cercle fermé sans que cela soit automatiquement conspiratif, renchérit une commissaire en charge du dossier depuis six ans. Les plus grandes peuvent abriter plus d’un millier de pratiquants le vendredi. Pour éloigner le spectre des expulsions, la plupart est dirigée par des prêcheurs de nationalité française. »

La prise de contrôle d’une mosquée par les islamistes semble répondre à un rituel quasi immuable : un jeune prêcheur un peu charismatique s’impose petit à petit en dirigeant la prière avec des discours radicaux qui captent de nouveaux fidèles et font fuir les vieux « chibanis » plus modérés. D’extraction modeste et souvent réticents à parler, ces derniers ne cherchent pas d’interlocuteurs et préfèrent partir en abandonnant leur structure.

Plus simplement, les prêcheurs salafistes orchestrent aussi un putsch au sein de l’association cultuelle gérant la mosquée en invitant soudain des amis « barbus » à prendre part en nombre aux élections. « Il faut déployer beaucoup d’énergie aux musulmans modérés pour ne pas capituler », argue-t-on au renseignement territorial. Les autorités leur conseillent quelques armes juridiques pour ne pas se faire phagocyter. Ainsi nombre d’associations ont durci leurs « statuts » notamment en imposant un minimum d’ancienneté avant de se faire élire, en imposant un quorum lors du scrutin ainsi que l’imposition de cotisations et de cartes d’adhésion.

Selon nos informations, les services de renseignement estiment actuellement à une quinzaine le nombre de mosquées en proie à une « offensive salafiste » et potentiellement sur le point de glisser vers le côté obscur.