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Algérie: Quand une chanteuse confrontait les préjugés et les coutumes

Saturday 24 April 2010, by siawi2

Hommage àCheikha Tetma (1891-1962) : Une voix, une vie

Vendredi prochain, une grande rencontre artistique et culturelle aura lieu àla mémoire de la grande cantatrice.

On ne mesure pas assez l’apport àla musique traditionnelle de cette cantatrice, dont l’existence exceptionnelle s’étend de la fin du XIXe siècle àl’année de l’indépendance de l’Algérie. Dans un contexte marqué par la colonisation et les dures épreuves du peuple algérien, cette grande dame affronta aussi les préjugés. Née en 1891 àTlemcen, Fatma Thabet Deraz, souffrit très jeune de la séparation de ses parents. Cette adversité fut compensée par son éducation au sein de la famille de sa mère, les Bensari, mélomanes réputés dans la vieille cité de l’ouest. L’ouverture d’esprit de ses oncles maternels lui permit d’entrer àla medersa de la mosquée Sidi El Djebbar, où elle reçut une instruction religieuse et littéraire. Sa voix chaude et mélancolique la distingue dès son enfance et elle bénéficiera de l’enseignement des maîtres de la chanson andalouse et notamment cheikh Moulay Driss Medeghri qui la parraine et l’oriente, avec les frères Dib, vers le hawfi où elle s’imposera par son excellence et sa passion.

Elle prendra d’abord le pseudonyme de Zalta Fatma avant d’adopter celui de cheikha Tetma qu’elle gardera tout au long de sa carrière prodigieuse. A la fin des années vingt, elle était déjàcélèbre. Elle enregistre plusieurs disques àAlger (c’est selon certains la première chanteuse algérienne àle faire) aux éditions Odéon, son premier opus étant tout de suite marqué d’un succès phénoménal. Elle se produit dans les fêtes traditionnelles et les concerts sur le territoire ainsi qu’au Maroc où sa réputation s’est étendue. Dans les années trente, elle évolue dans l’orchestre de Abdelkrim Dali et Omar El Bekhchi aux côtés de virtuoses, comme le pianiste Djillali Zerrouki. C’est le moment où elle passe du hawfi au hawzi, interprétant le grand répertoire de la poésie populaire et ses talents émérites : Bentriki ; Bensahla, Ben Msayeb, el Yacoubi, etc.

On lui connaît une participation àune expérience d’harmonisation de la musique andalouse avec un orchestre symphonique du Conservatoire d’Oran. Son aura, dans les milieux musicaux et auprès des mélomanes, constituera un jalon important dans l’émergence de voix et de formations féminines en Algérie. Elle enregistre son dernier disque sur un texte de cheikh Sidi Lakhdar Ben Khelouf, le grand poète mystique mostaganémois. Interrompant son art durant la guerre de libération nationale, elle n’a pu vivre jusqu’àl’indépendance du pays. Décédée le 22 avril 1962, elle laisse un patrimoine précieux et l’exemple d’une vie où le bonheur personnel fut souvent sacrifié au profit de son art. En lui organisant un hommage, marquant la 48e année de sa disparition, l’ONCI (office national de culture et information) a pris, là, une belle initiative que les mélomanes apprécieront. L’événement qui comprend une exposition et des projections de documents filmés sur la cheikha, comprend aussi des interprétations d’une troupe de zorna, de la Motribya dirigée par Boualem Rachid ainsi de Zakia Kara Terki, Kamel Meziane et Nadia Benyoucef. A ne pas rater.

Hommage àcheikha Tetma. Vendredi 30 avril 2010 àpartir de 16h àla Salle El Mouggar, Alger.

Par Hocine Zairi

source: El Watan, 24 avril 2010