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France : Gilets Jaunes - Les salariés pauvres sous soins palliatifs

mardi 5 février 2019, par siawi3

Source : http://www.mezetulle.fr/les-salaries-pauvres-sous-soins-palliatifs/

Les salariés pauvres sous soins palliatifs

Par Mezetulle,

le 6 décembre 2018

Les chaînes de radio et de tv proposent une abondance de chroniques économiques édifiantes, histoire de « faire de la pédagogie » pour ceux qui n’y entendent rien et de les mettre sur les rails de la « rationalité » – car, c’est bien connu, les pauvres ne savent pas bien compter. Gilets jaunes, vos petits calculs se terminent dans le rouge ? Il faut voir les choses de plus haut, dans leur « globalité ». Vous allez tout comprendre.

Le matin du 5 décembre, en pleine crise des Gilets jaunes, c’est Axel de Tarlé qui s’y colle sur Europe 1. Prudent, il se contente de faire le bref compte rendu d’une « passionnante » étude de l’OCDE qui explique lumineusement pourquoi aujourd’hui nombre de salariés ne peuvent pas vivre décemment de leur travail.

Les salaires ne progressent plus, les impôts, les charges et les besoins augmentent. Deux causes à l’origine de ce déclassement : la mondialisation, qui exerce une pression à la baisse sur les salaires sous peine de délocalisation, et la robotisation qui « est en train de tuer les emplois intermédiaires ». Et voilà, Gilets jaunes, pourquoi vos petits calculs de père de famille se terminent dans le rouge !

On rappellera à l’OCDE (notre chroniqueur ne donne pas la référence de l’étude « passionnante » dont il s’inspire) que Aristote, il y a 2300 ans, remarquait que si les navettes à tisser marchaient toutes seules, on pourrait se passer de serviteurs et d’esclaves1 – et nous savons à présent que c’est possible. D’où l’on conclura que la mécanisation et l’automatisation produisent une grande partie de la richesse auparavant extorquée au travail humain. Le bon sens invite à penser que cette évolution pourrait soulager les hommes : effectivement, il se trouve, on l’a bien compris, qu’elle en enrichit quelques-uns. Et on va voir que « le bon sens » est quelque peu différent de la « rationalité » économique dont on nous rebat les oreilles.

Le clou de la chronique est dans sa chute. Que peut faire un gouvernement pour améliorer les choses ? C’est là que l’ingéniosité d’une certaine doxa économique contemporaine atteint des sommets. Apprenez, gueux, ce qu’est la vraie rationalité. On peut faire deux choses.

1° Première mesure salutaire : « imaginer des aides pour que le travail paie davantage » – et la France, je vous le donne en mille, est championne sur ce point. Haha, encore des impôts.

2° Deuxième mesure : ne pas trop s’acharner sur les corps intermédiaires, et comprendre « l’intérêt d’avoir des syndicats forts, capables de canaliser et de soigner cette colère ». Oui, on a bien lu et j’ai vérifié sur le site d’Europe1, « canaliser et soigner »2.

Autrement dit, pour éviter la multiplication des gilets jaunes, les salariés pauvres et déclassés sont à mettre sous soins palliatifs financés d’une part par le contribuable, de l’autre par les cotisations d’adhérents à des œuvres de charité (oups, pardon, à des syndicats).

J’ai du mal à comprendre pourquoi il faudrait recourir à des aides et à du « soin » orthopédique destiné à « canaliser » l’indignation, alors que la quantité de richesse produite n’a en rien diminué, et aurait même plutôt augmenté grâce aux progrès de productivité obtenus par l’automatisation. Ma naïveté m’incline à penser que cela pourrait peut-être permettre de verser des salaires corrects. L’éléphant que je vois dans la pièce n’est qu’une hallucination produite par mon inculture économique. Non, ôtez vos lunettes irrationnelles déformantes, circulez, il n’y a rien à voir.

[Suite, matin du 6 décembre]. Le chœur des économistes « rationnels » chante un lamento à l’unisson pour avertir doctement que l’annulation des taxes prévues début 2019 (annulation annoncée hier soir) aura un coût. Eh oui, ça fait, disent-ils, 4 milliards de recettes auxquelles l’État renonce, et qu’il faudra bien trouver ailleurs ! Où ? Comment alimenter la colonne « crédit », hein ? Ils ont des idées : réduire les niches fiscales, baisser « la dépense publique »…. Voilà que mes visions me reprennent. Il me semble avoir vu passer un éléphant avec une étiquette indiquant un montant pas très éloigné de ce qu’on cherche et comme ma vue a beaucoup baissé, j’ai juste pu lire la première lettre de son nom, c’est un I.

Notes

1 – Aristote, Politique I, 1253b35.

2- – Transcription en ligne https://www.europe1.fr/emissions/axel-de-tarle-vous-parle-economie/linsee-annonce-les-meilleures-creations-demplois-depuis-2007-3814100 .