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Algérie : Ibn Badis et Jules Ferry - Choc de deux écoles, ou bilinguisme porteur ?

mercredi 6 mars 2019, par siawi3

Source : http://www.convergencesplurielles.com/p/litterature-algerienne-1962-2012.html

Réminiscences … entre Youm el Ilm et le Printemps berbère

Ibn Badis et Jules Ferry
Choc de deux écoles, ou bilinguisme porteur ?

Publié le 10-03-1995. In Le Matin.
Révision et mise àjour avril 2013.

Ferid Chikhi

18-04-2013
Archives

Le débat sur la généralisation de la langue arabe est encore une fois sous les feux de la rampe.

Lorsque le quotidien Le matin a publié le reportage sur la prochaine mise en œuvre de la loi y afférant, il était clair qu’outre les positions des uns et des autres, qu’elles fussent àcaractère politique, identitaire ou culturel, les réponses aux questions posées au célébrissime auteur d’Ezilzel allaient relancer la polémique eu égard àleur contenu et ce qu’elles veulent véhiculer d’injurieux.

À ce stade du débat, n’est ce pas lui faire trop d’honneur – ainsi qu’àun grand nombre d’auteurs arabisants de facture médiocre – que de leur consacrer quelques mots dans la presse francophone algérienne ? N’est-il pas temps de faire l’économie de l’ingratitude qu’affichent au grand jour et de la rancÅ“ur - durable - que montrent grâce àla démocratie - ces personnages àl’égard des bilingues et des polyglottes algériens ?

Personne n’ignore que c’est grâce àla langue de Molière et de Descartes, de Flaubert et de Montaigne, de Balzac et de Jules ferry que leurs écrits ont dépassé les frontières du territoire national ? Sans la traduction de leur Å“uvre, en français faite par l’Institut des langues vivantes étrangères de l’université d’Alger, auraient-ils pu se faire connaître dans les pays arabes ?
En ce moment précis, leurs écrits en arabe ne sont même pas lu dans les pays frères des Proche et Moyen Orient.

Que dire de la généralisation de la langue arabe ? Je crois que pour inscrire le débat dans la durée et notamment dans les perspectives de l’an 2000, il serait intéressant de l’aborder par l’enseignement et globalement par l’éducation scolaire. Un grand nombre de mes camarades de l’époque et moi-même - dés le milieu de années ‘’50’’ et au début des années ‘’60’’ - avons eu l’avantage de fréquenter àBatna deux types d’écoles.
D’abord celle de Jules Ferry avec des enseignants comme Mrs. Arouas, Kharoubi, Karsenty (et ainsi que leurs noms l‘indiquent, c’étaient des juifs de Batna) ou encore Mrs. Deleuze, Charpentier, etc. qui étaient chrétiens, c’est ensuite celle d’Ibn Badis ou si vous préférez la Medersa, dont les enseignants parmi lesquels Cheikh Bendiab, Cheikh Tiar , Cheikh Hamami, Cheikh Benhassine, Cheikh Foudala, etc. nous ont àjamais fait découvrir notre algérianité, sans nier notre berbérité et notre islamité. Il faudra un jour leur rendre l’hommage qu’ils méritent.

Il existait bien sur d’autres enseignants aussi professionnels dans les autres établissements scolaires de la ville de Batna, l’école du camp, celle du stand, le Cours d’Enseignement Général (CEG) de la route de Biskra, le Collège de Batna et n’en déplaise aux partisans de la généralisation de la seule langue arabe, l’enseignement bilingue existait déjàet était àl’avantage de toutes les composantes - femmes et hommes - de la société Batnéenne. C’était un outil, un véhicule de valeurs, un repère d’évaluation des potentiels des jeunes de l’époque et de principes partagé par tous ceux qui voulaient s’instruire.

L’enseignement de Jules Ferry nous a permis - entre-autres et au-delàde la fameuse citation ‘’Nos ancêtres les Gaulois’’ - d’apprendre dans les livres de l’Histoire de France mais pour l’Algérie, que celle-ci avait été occupée par les Romains, les Vandales, les Wisigoths, les Phéniciens, les Arabes, les Turcs et bien sur les Français. Ils ont conquis, asservis ou encore soumis le Peuple Berbère dont les Aguelliden - les Rois - se nommaient Masinissa, Hasdrubal, Adherbal, Hiempsal, Hiarbas, Manastabal, Gulussa, Jugurtha, Juba 1er et 2d.
Dans ces livres et grâce aux leçons de nos enseignants nous avons appris où se situe la forteresse àl’Est de l’Aurès dénommée Djaffaa et qui étaient ses chefs Jadbas et Dihya - La Kahina - alors qu’àl’Ouest était la tribu àlaquelle appartenait Koceïla et Ortheïas.

Nous avons aussi appris que les Juifs se sont installés dans notre pays, essentiellement àl’Est de l’Algérie, après la destruction du 2d temple de Salomon, aux environs de l’an 52 avant JC. Que bien plus tard Tarik Ibn Ziad àla tête de douze mille guerriers amazighs a passé le détroit de Gibraltar pour arriver en Espagne, etc.

Pourquoi les musulmans ont-pris du retard et pourquoi les autres les ont devancés ?

L’enseignement d’Ibn Badis nous a familiarisé avec les déclinaisons de la grammaire et de la conjugaison en langue arabe, confirmé que l’Islam est par excellence la religion de la tolérance, de la paix, de la recherche de l’universalité, de la fraternité, et surtout qu’en plus de l’environnement colonial, il existait un autre monde plus complexe et non pas compliqué, plus structuré au double plan sociologique et culturel, fondé sur nos traditions et nos coutumes, avec nos fêtes religieuses - l’Aïd Es Seghir et l’Aïd El Kébir, El Mawlid Ennabaoui, Achoura, etc.

À chacun de ces événements nos professeurs nous rappelaient les circonstances qui ont présidé àleur avènement et àleur célébration par la communauté musulmane àtravers le monde. Ils le faisaient avec passion et amour, avec un sentiment d’une nécessaire communication d’un fait d’histoire et d’un fait religieux, non pas pour nous faire détester l’Autre - même si c’était la guerre - mais bien au contraire pour renforcer notre conviction que par le savoir nous étions, si ce n’est plus forts, au moins égal àlui.

L’école fondamentale algérienne apprend elle tout cela ànos enfants ? L’enfant des Aurès, du Djurdjura, de l’Ouarsenis, etc. connait-il l’histoire de ses ancêtres, enseignée par cette école ?
Ce que nous avons appris àla Médersa d’Ibn Badis et àl’école de Jules Ferry constitue les graines de notre savoir àla fin de ce millénaire et nous sommes certains de ne point être diminué comparés aux autres occidentaux d’Europe. Parce que nous savons qui nous sommes et fiers de l’être.

En tout état de cause, il faut remercier les Moyens Orientaux, ceux qui sont les peuples du Machrek de nous appeler Maghrébins (qu’on ne se détrompe pas ce ne sont pas les européens qui les premiers l’ont fait. Pour ceux-lànous sommes des Nord Africains) ce qui donne traduit en français des Occidentaux, comme le sont les Turcs de l’autre côté de la Méditerranée. Avec la différence, que nous sommes musulmans, sachant que la majorité des peuples d’Occident sont chrétiens.

Alors que nous étions encore élèves nous avions emmagasiné énormément de connaissances. La Nation musulmane ? Oui, grâce àleur enseignement, nous savions déjàce que c’était (elle se situe dans le Sud et va de l’Atlantique àl’Oural). Nous savions qu’il existe des peuples qui sont musulmans et ne parlent pas l’arabe (les Turcs, les Hindous, les Kirghiz, les Afghans, les Nigérians, les Iraniens, les Somaliens, et les 60.000.000 de Chinois, etc.).
La Nation Arabe ? Nous avons appris àla connaître comme on apprend àconnaître toutes les autres nations. Ils nous ont appris qu’il existe des arabes Chrétiens et d’autres de confession israélite et par conséquent ils ne sont pas musulmans. Les premiers ont foi dans le Christianisme et Jésus Christ, les seconds dans le Judaïsme et en Moïse et les troisièmes ont foi en l’Islam et en Mohamed.

Ces enseignants, aujourd’hui, pour la plupart disparus, nous ont surtout appris àmieux nous connaître entre nous et àapprécier ce que sont les autres. Jamais, au grand jamais, aucun d’entre-eux ne nous a incité àabandonner l’enseignement de l’école coloniale. Malgré ce qu’il véhiculait comme rejet de nos racines. Je me rappelle de Cheikh Tiar et de Cheikh Bendiab qui s’inquiétaient de savoir si nous avions appris et notamment compris nos leçons de français. Mieux ils nous facilitaient la tâche pour remettre au lendemain l’apprentissage de leurs leçons afin de nous acquitter de celles du maître de français.

Ce qui était paradoxale c’est que l’école Jules Ferry, où j’ai étudié durant tout le primaire, àla fin des années cinquante, était réservée aux seuls garçons, alors qu’un mur la séparait de l’école Gambetta, réservée aux seules filles. Mais aussi bien àl’école coranique ou l’on était assis tailleur àmême le sol sur des nattes de halfa qu’àla Médersa, où les tables étaient les mêmes que celles de l’école coloniale, la mixité était de rigueur et plus que tolérée. En salle ou dans la cour, nous étions comme dirait l’autre, mélangés. Faut-il croire qu’il y a cinquante ans, la société était plus avancée qu’aujourd’hui ?
En fait, ce qui était extraordinaire c’est surtout l’enseignement des valeurs, des principe et des règles de bonne conduite qui nous étaient dispensés par des hommes intègres, simples, modestes et pas du tout imbus de leurs personnes. Ceci nous a marqué àjamais.

Pour conclure rappelons-nous que le Président Boudiaf, allait terminer son discours du 29 juin 1992, par la fameuse question-titre (du livre écrit en 1939 part Chakib Arslane). Question qui restera sans réponse qui restera sans réponse, mais pour l’histoire méditons la, car elle sera toujours d’actualité en ce qu’elle est la seule piste authentique pour le véritable Ijtihad : Pourquoi les musulmans ont-pris du retard et pourquoi les autres les ont devancés ?