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France : Fatiha Boudjahlat : « Tariq Ramadan le Tartuffe à une réunion sur les violences faites aux femmes »

jeudi 21 mars 2019, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2019/03/20/31003-20190320ARTFIG00068-fatiha-boudjahlat-tariq-ramadan-le-tartuffe-a-une-reunion-sur-les-violences-faites-aux-femmes.php

Fatiha Boudjahlat : « Tariq Ramadan le Tartuffe à une réunion sur les violences faites aux femmes »

Par Fatiha Boudjahlat

le 20/03/2019 à 11:32

FIGAROVOX/TRIBUNE - Tariq Ramadan, actuellement mis en examen pour viol, s’est rendu lundi à une réunion consacrée aux violences faites aux femmes organisée par la mairie de Saint-Denis. Fatiha Boudjahlat y voit une provocation, et dénonce la complaisance des organisateurs de cette réunion à l’égard de Tariq Ramadan.

Fatiha Boudjahlat est cofondatrice avec Céline Pina du mouvement « Viv(r)e la République ». Son dernier livre, Combattre le voilement, (éd. du Cerf), préfacé par Élisabeth Badinter, est en librairie le 20 mars.

La municipalité de Saint-Denis avait déjà, la semaine dernière, dû s’excuser pour son affiche annonçant la semaine de lutte contre les racismes et les discriminations, sur laquelle un personnage à l’apparence hitlérienne arborait un petit drapeau français sur le col. Ce n’était même pas le bleu adéquat (le bleu roi), mais le bleu clair du drapeau hollandais ! Mais la volonté de salir la France se marie fort bien avec la méconnaissance de ses symboles. Selon le communiqué, il s’agissait d’un défaut de supervision.

La municipalité s’illustre de nouveau en regrettant et en condamnant la présence de Tariq Ramadan, sous le coup de procédures judiciaires et d’enquêtes en France et en Suisse pour des agressions sexuelles, à une réunion consacrée aux violences faites aux femmes. Son communiqué explique qu’il lui aurait été demandé de sortir et qu’il aurait refusé.
Sa présence n’était donc pas si gênante (depuis quand, en France, est-il impossible de faire sortir quelqu’un d’une réunion ou de faire cesser cette réunion ?) sauf pour les apparences, mais les apparences comptent pour l’adjoint au maire Majid Messaoudène. Hyperactif, plus suivi que le maire de la ville sur les réseaux sociaux, et formidable instrument de diversion pour que le réel pouvoir reste entre les mains de l’édile communiste. C’est un cas emblématique à plusieurs titres.

Quand on prétend défendre les droits humains, il faut remplir un cahier des charges et celui-ci s’est considérablement alourdi : lutte contre le racisme, la romophobie, l’antisémitisme, « l’islamophobie », la grossophobie, la transphobie, contre les violences faites aux femmes, leur accès aux protections hygiéniques, leur tranquillité etc. La triangulation devient difficile quand on a décidé de renoncer à l’universalité des droits.

Mais du reste, comment organiser ce genre de réunions en invitant des personnalités comme Françoise Vergès, qui a toujours soutenu, par une pétition notamment, Tariq Ramadan ? Il bénéficie bien sûr de la présomption d’innocence, celle que les néoféministes refusent pourtant d’office à n’importe quel homme blanc, de Besson, à Caubère en passant par des anonymes. Et c’est là toute la limite de ce genre d’actions menées à Saint-Denis par l’actif adjoint au maire Messaoudène.

Quand il hurle à l’État raciste, aux violences policières, à « l’islamophobie », il est suivi, liké, relayé. Quand il prend position (après des plaisanteries bien indigestes sur la tuerie raciste perpétrée par Merah) contre l’antisémitisme, il ne dépasse pas les trente retweets, et se trouve accusé de servilité vis-à-vis du sionisme, du système. Quelque chose manque : la cohérence. Et c’est l’intersectionnalité des indigénistes qui l’a faite voler en éclats. Relevons la présence de la députée La France Insoumise Danièle Obono qui témoigne des errements, des atermoiements, des postures et du racolage de ce mouvement qui n’est plus gazeux mais fumeux.

L’intersectionnalité est un concept utile en sciences sociales, devenu fou entre les mains de militants dogmatiques, qui leur permet de déconnecter les droits des femmes du féminisme : au lieu de reconnaître le cumul d’oppressions que subit par exemple une femme noire pauvre, oppression en tant que femme, en tant que noire, en tant que pauvre, elle sert d’excuse pour ne mettre en avant qu’un levier de revendication politique : celui de la race. Houria Bouteldja avait dit qu’elle comprenait qu’une femme noire violée par un noir ne porte pas plainte pour ne pas porter préjudice à sa communauté. Avec l’intersectionnalité s’instaure un Code Noir pour la femme, et un « cédez-le-passage » de ses droits au profit de ceux des hommes de sa communauté d’assignation. Eux d’abord. La religion d’abord. La communauté d’abord. La femme, après.

Comment parler des violences faites aux femmes dans un cadre municipal sans partir du terrain et de ses problématiques propres : les femmes et les filles peuvent-elles circuler librement ? Librement, c’est-à-dire sans avoir à revêtir un vêtement protecteur comme le voile ? Les violences subies par les femmes à l’intérieur de leurs communautés ont-elles été abordées et condamnées ? Le triptyque propre à tous les patriarcats, virginité-pudeur-discrétion, qui fait de la femme et de son corps le dépositaire et le récipiendaire de l’honneur de la famille, a-t-il été dénoncé ? Ou les droits et la dignité des femmes sont-ils toujours mis en balance et en échec par le joker culturel ? Comme l’écrivait Oonagh Reitman, dans Multiculturalism and feminism : « Le problème, d’un point de vue féministe, c’est que les frontières culturelles ont tendance à être tracées sur le corps des femmes ».

Monsieur le maire était-il présent ou se sert-il de ce genre d’évènements pour nourrir une clientèle qu’au fond il ne connaît pas autrement que sous des demandes confessionnelles ou ludiques, pendant que lui s’intéresse aux évènements de sa clientèle propre ?

Majid Messaoudène tient une ligne de crête difficile : coller aux modes des Social Justice Warriors, qui n’intéressent aucun des habitants des quartiers sensibles à qui il doit son mandat d’adjoint. Parce qu’il refuse l’universalité de valeurs qui ne sont pas liées à une culture ou à une couleur, mais à un combat politique : l’égale dignité entre tous les êtres humains. Parce qu’il refuse le droit à l’enracinement en France et se fait le relais morbide de ceux qui haïssent la France sans avoir le courage de vivre dans les pays dont ils ne cessent de chanter les louanges. Les droits appellent les devoirs. Ceux des femmes sont aussi inaliénables : non soumis à une AOP, à une traçabilité, à un certificat de bonnes mœurs. Cela passe aussi par le respect et la fierté de soi. Si nous sous-traitons aux autres, aux religions, à la mode, aux magazines féminins, aux hommes cette dignité, elle sera soumise aux mêmes aléas que les valeurs boursières.

Ramadan le Tartuffe s’était fait le champion de la liberté des femmes
Condamner tous les racismes ? Oh que oui. Puisqu’il y a le sionisme qui permet de critiquer et de nourrir une haine sans fin vis-à-vis d’Israël. Lutter contre les violences faites aux femmes ? Bien sûr. Sans évoquer cette nécessaire émancipation et dignité qui permettent de considérer que la valeur d’une femme, de n’importe quelle femme, est inaliénable et indépendante de sa religiosité ou de sa conformité avec un quelconque ordre moral. Ramadan le Tartuffe s’était fait le champion de la liberté des femmes. Il a confondu liberté et servitude volontaire pour les autres. À la fin, c’est toujours la femme qui perd.