Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Home > impact on women / resistance > La Corée du Sud vers une levée de l’interdiction d’avorter

La Corée du Sud vers une levée de l’interdiction d’avorter

Sunday 14 April 2019, by siawi3

Source: https://www.liberation.fr/.../la-coree-du-sud-vers-une-levee-de-l-int...

La Corée du Sud vers une levée de l’interdiction d’avorter

Par Clémentine Rigot

11 avril 2019 à19:44

Des militantes sud-coréennes fêtent la décision de la Cour constitutionnelle àSéoul, jeudi. Photo Jung Yeon-je. AFP

La prohibition de l’avortement, qui restreignait le droit des femmes depuis soixante-six ans, a été jugée inconstitutionnelle par la Cour constitutionnelle.

C’est une victoire pour le droit des femmes sud-coréennes. La Cour constitutionnelle du pays a ordonné jeudi la levée de l’interdiction de l’avortement. La loi qui le prohibait depuis 1953, au sortir de la guerre de Corée, a été jugée inconstitutionnelle à7 voix contre 2 par la plus haute juridiction de l’Etat. L’interdiction devrait, àmoins d’un amendement, tomber automatiquement dès le 1er janvier 2021. Les Sud-Coréennes pourront alors recourir légalement àl’avortement, déjàtrès répandu dans le pays. «L’interdiction de l’avortement limite le droit des femmes àaccomplir leur propre destin et viole leur droit àla santé en restreignant leur accès àdes procédures sûres en temps opportun», a indiqué la cour dans un communiqué. Le 30 mars, plus d’un millier de femmes avaient manifesté àSéoul pour demander la fin de l’interdiction.

La juridiction avait été saisie par une médecin, elle-même poursuivie pour avoir pratiqué 69 interruptions volontaires de grossesse (IVG). La Corée du Sud était une des dernières économies développées où cet acte était toujours illégal, àquelques exceptions près. Seuls les cas d’inceste, de viol, de maladie génétique grave et de risque pour la mère permettaient de mettre fin àune grossesse, et ce dans les 24 premières semaines. Les femmes mariées désirant avorter devaient également avoir l’autorisation de leurs époux.

«La décision d’aujourd’hui est un pas majeur en faveur des droits des femmes et des filles en Corée du Sud», a salué Roseann Rife, spécialiste de l’Asie de l’Est àAmnesty International, rappelant que «les lois draconiennes du pays ont discriminé et stigmatisé des générations de femmes et de filles en les forçant àrecourir clandestinement àdes avortements dangereux».

Jusqu’àprésent, les Coréennes ayant recours àl’IVG risquaient jusqu’àun an de prison et une amende de deux plus de 1 500 euros. Les médecins, eux, s’exposaient àdeux ans d’emprisonnement. Malgré l’interdiction, les Sud-Coréennes avaient recours àl’avortement : 50 000 en 2017, avec une tendance àla baisse grâce àun meilleur accès àla contraception. Seuls huit cas illégaux étaient poursuivis cette même année, contre 24 en 2016.

D’après les données du Guttmacher Institute, près de 132 millions de femmes asiatiques en âge de procréer (sur un total de 1,1 milliard) n’avaient pas accès aux méthodes de contraception moderne en 2017. Sur le continent, l’organisation estime que 53,8 millions de grossesses non désirées ont lieu chaque année ; 65% d’entre elles déboucheraient sur un avortement. L’OMS soulignait que plus de la moitié des avortements àrisques dans le monde ont lieu en Asie. L’IVG est toujours totalement prohibée en Irak, au Laos et aux Philippines. Mais la tendance reste positive : entre 2000 et 2017, 33 pays ont assoupli leur législation sur l’avortement.