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Algérie : Le pouvoir et la rue

samedi 20 avril 2019, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/04/17/le-regime-algerien-lache-du-lest-face-a-la-defiance-de-la-population_5451450_3212.html

Le régime algérien lâche du lest face à la défiance de la population

Le président du conseil constitutionnel a démissionné mardi 16 avril, tandis que les manifestations se poursuivent.

Par Madjid Zerrouky

Publié le 17.04.19 à 10h18, mis à jour à 10h46

Les mardis se suivent sans se ressembler en Algérie. Alors que les manifestations dans la capitale étaient réprimées ou dispersées ces derniers jours, des milliers d’étudiants ont défilé le 16 avril sans être inquiétés par les forces de l’ordre. La journée a de nouveau vu le régime se fissurer et l’armée lâcher du lest au profit de la rue.

A l’image des étudiants, des millions d’Algériens continuent de manifester chaque semaine pour exprimer leur refus d’une transition pilotée par le régime, qui prévoit une élection présidentielle le 4 juillet. Contesté pour la première fois dans la rue vendredi 12 avril, le général Ahmed Gaïd Salah, chef de l’état-major, a sensiblement infléchi sa position lors d’une allocution prononcée mardi.

Une semaine jour pour jour après avoir mis en garde les manifestants, qu’il avait alors accusés d’être en partie « manipulés » et de porter des revendications « irraisonnables », le patron de l’armée a tenu à se démarquer de l’agressivité affichée par la police à l’égard de la foule à Alger, en assurant que son institution « veille à ce qu’aucune goutte de sang algérien ne soit versée ». « Nous avons donné des instructions claires et sans équivoque pour la protection des citoyens, notamment lors des marches », a-t-il ajouté.

Autrement dit, les Algériens peuvent continuer à manifester, le commandement de l’armée n’anticipant visiblement pas un arrêt de la contestation.

« Dernier avertissement »

Signe de fortes tensions au sein de l’« Etat profond » ou tentative de détourner l’attention, Ahmed Gaïd Salah a attaqué publiquement l’ancien général Mohamed Médiène, alias Toufik, ex-patron des services de renseignements pendant vingt-cinq ans, auquel il a adressé un « dernier avertissement ». Déjà accusé, sans être nommé, le 2 avril, de « conspirer » avec l’entourage du président Abdelaziz Bouteflika, Toufik entraverait « les solutions de l’armée et les propositions de sortie de crise », selon Ahmed Gaïd Salah.

Le président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz, incarnation d’un « système » dont la rue réclamait la fin, a annoncé sa démission à la mi-journée, deux semaines après M. Bouteflika, dont il était un très proche. C’est le premier des « 3 B » – le trio, honni par les contestataires, qu’il forme avec le président par intérim, Abdelkader Bensalah, et le premier ministre, Noureddine Bedoui – à mordre la poussière.

Ce départ fragilise un peu plus l’édifice institutionnel mis en place pour préparer la prochaine présidentielle, et pourrait accélérer la chute du gouvernement nommé par l’ex-président deux jours avant son départ. Un peu plus de quinze jours après son arrivée aux affaires, la position de l’équipe gouvernementale est de plus en plus précaire face à la défiance de la population, des administrations et même des collectivités locales.

Les sorties sur le terrain des ministres du nouveau gouvernement de Noureddine Bedoui relèvent du chemin de croix. Samedi, les ministres de l’intérieur, des ressources en eau et de l’habitat ont été accueillis par des manifestants hostiles, les invitant à quitter les lieux à leur arrivée à Béchar, dans le sud-ouest du pays. Ils ont dû rebrousser chemin au terme d’une « visite de travail » éclair menée sous forte protection policière.

Appels à la grève

Lundi, c’est le ministre de l’énergie qui a été assiégé par les contestataires dans l’aéroport de Tébessa, dans l’est, d’où il a été empêché de sortir. Et le ministre des transports a jugé préférable d’annuler une visite sur le chantier de l’extension du métro de la capitale, quand ses homologues à l’éducation et à la culture font face à des appels à la grève dans leurs administrations.
Sur le terrain institutionnel, après la magistrature, un nouveau front vient de s’ouvrir. Alors que la révision des listes électorales a été lancée mardi, la rébellion gagne un rouage essentiel dans le déroulement des opérations de vote : les mairies, où s’amorce un mouvement de désobéissance civile inédit. D’une quarantaine dimanche, le nombre de maires qui refusent d’encadrer le vote dans leur ville approchait la centaine mardi.

Si ce nombre reste marginal au regard des 1 541 communes que compte le pays, cette fronde municipale, que le gouvernement semble incapable d’enrayer, pourrait s’étendre au-delà des wilayas (préfectures) kabyles ou de l’est du pays où elle se propage.

Dans ce climat de défiance généralisée, Ahmed Gaïd Salah affirme désormais que « toutes les perspectives sont ouvertes », mais appelle à sortir de la crise « dans les meilleurs délais ». Le patron de l’armée, en première ligne depuis le départ d’Abdelaziz Bouteflika, estime que « la situation ne peut perdurer davantage » et que le « temps est compté ». De nouvelles manifestations sont prévues vendredi.

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Source : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/04/16/algerie-demission-du-president-du-conseil-constitutionnel_5450966_3212.html

Algérie : démission du président du Conseil constitutionnel

Tayeb Belaiz fait partie des personnes contestées par les manifestants, avec Abdelkader Bensalah, le chef de l’Etat par intérim, et Noureddine Bedoui, le premier ministre.

Publié aujourd’hui 16.04.19 à 13h51, mis à jour à 13h57

Le président du Conseil constitutionnel algérien, Tayeb Belaiz, l’une des principales figures du régime visées par les contestataires, a présenté sa démission mardi 16 avril, rapporte la télévision nationale.

M. Belaiz « a prévenu » le Conseil constitutionnel « qu’il avait présenté sa démission (...) au chef de l’Etat », selon la télévision.

Le Conseil constitutionnel est notamment chargé de valider les candidatures à la présidentielle fixée au 4 juillet pour élire un successeur au président démissionnaire Abdelaziz Bouteflika et de veiller à la régularité des opérations de vote.

« Le peuple veut qu’ils partent tous »

M. Belaiz fait partie des personnes contestées par les manifestants, avec Abdelkader Bensalah, le chef de l’Etat algérien par intérim, et Noureddine Bedoui, le premier ministre – surnommés « les trois B ».

Lire aussi Abdelkader Bensalah, le long parcours doré d’un apparatchik algérien

Mardi, des milliers d’étudiants ont commencé à manifester à Alger, scandant « silmiya » (« pacifique ») face à un important dispositif policier qui leur interdit l’accès au parvis de la Grande Poste, bâtiment devenu le point de ralliement de la contestation qui agite l’Algérie depuis le 22 février.

« Libérez l’Algérie ! », « Le peuple veut qu’ils partent tous », clament les étudiants à l’adresse des dirigeants algériens, issus de l’appareil mis en place par le président Abdelaziz Bouteflika.

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Source : https://www.nouvelobs.com/monde/20190404.OBS11107/il-pensait-effrayer-les-algeriennes-mais-il-a-souleve-une-vague-feministe.html?utm_medium=Social&utm_source=Facebook#Echobox=1554387450

Il pensait effrayer les Algériennes. Mais il a soulevé une vague féministe

Algerian protesters march during a demonstration against ailing President Abdelaziz Bouteflika in the capital Algiers on March 29, 2019. - Opposition to Bouteflika has been widening since the chief of staff, General Ahmed Gaid Salah on March 26, 2019 invoked Article 102 of the constitution under which a president can be removed if found unfit to rule. (Photo by Ryad KRAMDI / AFP)
Manifestations à Alger le 29 mars. (RYAD KRAMDI / AFP)

MAGHREB CAFE. Les Algériennes dénoncent depuis mercredi soir la vidéo d’un homme qui appelait à projeter de l’acide sur les manifestantes. Loin d’être apeurées, elles revendiquent avec une ardeur redoublée l’égalité homme/femme dans le pays.

Par Céline Lussato
Publié le 04 avril 2019 à 15h58

MAGHREB CAFÉ
« L’Obs » a lancé « Maghreb café » pour suivre l’actualité de la rive sud de la Méditerranée. Nous avons décidé de donner une place à tout ce qui suscite le débat, agite les réseaux, soulève l’enthousiasme ou l’indignation. Du tragique au drôle, du politique qui agace au people qui scandalise, du mouvement social au spectacle qui heurte ou provoque la polémique, « Maghreb café » s’en empare
.

« Nous serons encore plus nombreuses ». C’est en substance le message posté sur les réseaux sociaux par les Algériennes en colère après la diffusion sur Facebook du message d’un homme appelant à asperger les manifestantes d’acide lors des prochains rassemblements.

Un message de haine qu’ont également peu apprécié de nombreux hommes prêts à en découdre avec d’éventuels agresseurs :

En quelques heures, les Algériennes se sont organisées pour débusquer l’identité réelle de l’homme, sa localisation en Angleterre et le signaler auprès des forces de l’ordre britanniques.

Une vague de mobilisation s’est levée pour exiger que soit rapidement jugé cet homme.

Une pétition a même été lancée pour appuyer la demande de poursuites judiciaires.

Devant une telle vague de protestations, l’homme a d’ailleurs tenté une petite marche arrière, envoyant un message d’excuses balayé immédiatement par les féministes. C’est avec encore plus de détermination que la jeunesse algérienne a réagi à cette reculade.

Depuis quelques semaines, les manifestantes appelaient non seulement à la chute du régime mais aussi à la défense de leurs droits qu’elles estiment bafoués depuis des dizaines d’années. Pour elles, la libération du peuple algérien ne sera réelle qu’avec la libération des Algériennes. Elles appellent donc à l’abrogation du code de la famille qui maintient les femmes, argumentent-elles, dans un statut de mineures à vie, passant de la tutelle de leur père à celle de leur mari.

Une revendication portée aussi bien au cœur des manifestations par les Algériennes…

ABROGATION DU CODE DE LA FAMILLE APPLICATION IMMEDIATE DE L’ARTICLE 29 DE LA CONSTITUTION https://t.co/ib3SxqVdko
—LesAlge_riennes(@Les Algeriennes- الجزائريات ـ)

que par les intellectuels via leurs réseaux

Un nouvel appel à manifester vendredi, le premier depuis la démission du président Bouteflika, devrait à nouveau réunir dans les rues d’Alger et du reste du pays, des milliers d’Algériens… et d’Algériennes !