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Bouddhistes, musulmans, chrétiens... pourquoi le Sri Lanka reste « une vraie poudrière »

lundi 22 avril 2019, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/bouddhistes-musulmans-chretiens-pourquoi-le-sri-lanka-reste-une-vraie-poudriere?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Bouddhistes, musulmans, chrétiens... pourquoi le Sri Lanka reste « une vraie poudrière »

Propos recueillis par Alexandra Saviana

Publié le 22/04/2019 à16:33

Des attentats perpétrés dans des églises et des hôtels ce 21 avril au Sri Lanka ont tué 290 personnes. L’attaque est la plus meurtrière qu’ait connu le pays depuis la fin de la guerre civile il y a 10 ans. Analyse avec Anthony Goreau-Ponceaud, maître de conférences àl’Université de Bordeaux, en délégation CNRS àl’Institut français de Pondichéry.

L’attaque la plus meurtrière qu’ait connu le pays depuis dix ans. Ce dimanche 21 avril, en plein week-end de Pâques, une série d’attentats a visé des églises et des hôtels au Sri Lanka, faisant plus de 200 morts et blessant 500 autres personnes. Alors que les opérations de déminage se poursuivent, la police a découvert 87 détonateurs de bombes dans une gare de bus de la capitale, Colombo. Les autorités sri lankaises accusent un mouvement islamiste local, le National Thowheeth Jama’ath. Plus de vingt-quatre heures après les faits, l’attentat n’a toutefois pour l’instant pas été revendiqué. Explications avec Anthony Goreau-Ponceaud, maître de conférence àl’Université de Bordeaux, en délégation CNRS àl’Institut français de Pondichéry.

Marianne : La série d’attaques qui a secoué le Sri Lanka ce dimanche est-elle inédite ?

Anthony Goreau-Ponceaud : Il s’agit en tout cas du plus grand épisode de violence qu’ait connu le pays depuis 2009 et la fin de la guerre civile. Le Sri Lanka est un pays qui a une longue histoire de lutte contre le terrorisme. De 1983 à2009, il a été secoué par les affrontements entre la majorité cinghalaise bouddhiste et l’organisation indépendantiste des Tigres de libération de l’ÃŽlam Tamoul (LTTE). Ce n’est toutefois pas un pays qui a exactement fait la paix avec son histoire : depuis 2009, il n’y a eu aucune enquête pour faire le point sur les crimes de ce conflit. Le Sri Lanka reste une vraie poudrière.

Dans ce contexte, quelle est la place de la communauté chrétienne, visée ce dimanche par ces attentats ?

Après la résolution de la guerre civile, le gouvernement sri lankais a cherché àse trouver un nouvel ennemi intérieur. Il s’est donc tourné contre les minorités chrétiennes et musulmanes. Les partis fondamentalistes bouddhistes, notamment le parti politique cinghalais de droite nationaliste, le Jathika Hela Urumaya (JHU), créé en 2004, ou encore l’organisation nationaliste extrémiste, Bodu Bala Sena (BBS), créée en 2012, ont largement contribué àfragiliser ces deux communautés. Le JHU et le BBS veulent àtout prix imposer le bouddhisme dans la société sri lankaise, quitte àmarginaliser chrétiens et musulmans. Le BBS a par exemple appelé au boycott des magasins tenus par les membres des deux minorités. Il est aussi àl’origine d’émeutes, principalement visant les musulmans. Nous sommes donc face àdeux communautés qui ne bénéficient pas de la protection suffisante du pouvoir en place.

Y a-t-il un lien entre les décennies de conflit entre ces mouvements bouddhistes et les récentes attaques ?

Je doute que les mouvements bouddhistes soient liés aux attaques de ce dimanche. D’abord car ils visent avant tout la communauté chrétienne. Ensuite, car le mode opératoire ne leur ressemble pas. Les révoltes provoquées par les mouvements extrémistes bouddhistes ont certes été marquées par des émeutes et des incendies de magasins, mais sont sans commune mesure avec la violence de ce dimanche. Il y a eu six premiers attentats àla bombe, dans trois hôtels et trois églises, avant deux autres explosions un peu plus tard, dans des maisons d’hôtes et un ensemble de logements. Il semblerait donc plutôt que l’on se dirige vers une mouvance djihadiste.

De leur côté, les autorités sri lankaises évoquent la piste d’un mouvement islamiste local. Qu’en pensez-vous ?

Dès ce dimanche, le gouvernement a en effet avancé l’hypothèse qu’un groupuscule musulman extrémiste local, le National Thowheeth Jama’ath (NTJ), soit responsable. Ce mouvement s’est fait connaître en vandalisant des statues bouddhistes et en tentant de mettre àsac plusieurs temples. Son secrétaire, Abdul Razik, a notamment été arrêté en 2016 pour incitation au racisme. Il semblerait également qu’une agence de renseignement étrangère a alerté les autorités sri lankaises il y a dix jours, les prévenant que le NTJ projetait des attentats-suicides dans le pays. Mais je suis sceptique. Premièrement àcause de petits indices : la page Facebook du mouvement, par exemple, est très peu alimentée, comme si l’organisation n’était pas ou plus active. Ensuite, car le Sri Lanka compte peu d’exemples de militantisme islamiste dans son histoire. L’émergence d’un mouvement local àqui l’on pourrait attribuer un attentat, surtout de cette ampleur, est très surprenant.

Si le NJT n’est pas responsable, qui pourrait bien s’être rendu coupable de tels actes ?

Les autorités indiennes penchent davantage pour un mouvement islamiste transnational, qui dépasserait le Sri Lanka et pourrait agir dans toute l’Asie du Sud-Est. C’est une possibilité que le gouvernement sri lankais ne veut pas forcément mettre en avant : il n’a aucune envie que le grand frère indien se mêle de ses affaires alors qu’il a choisi de se tourner résolument vers la Chine. Pourtant, la menace est àprendre en compte. Ne serait-ce que parce que les auteurs de cet attentat semblent clairement chercher àdéstabiliser le pays. En ciblant la communauté chrétienne comme ils l’ont fait ce dimanche, il n’ont pas seulement touché une minorité. Ils s’en sont pris aux chrétiens, qui appartiennent àdeux anciens groupes rivaux du pays, tamoul et cinghalais... de quoi réveiller de vieux conflits. C’est une réalité àprendre en compte : s’attaquer àeux, c’est risquer un embrasement du pays, voire de la région entière.

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Source : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/04/22/attentats-au-sri-lanka-les-autorites-accusent-un-mouvement-islamiste-local_5453461_3210.html

Attentats au Sri Lanka : les autorités accusent un mouvement islamiste local

Le National Thowheeth Jama’ath s’était fait connaître l’an passé par des actes de vandalisme contre des statues bouddhiques.
290 personnes, dont un Français, sont mortes.

Le Monde avec AFP, AP et Reuters

Publié aujourd’hui à12h47, mis àjour à20h32

Vingt-quatre heures après la série d’attentats du dimanche de Pâques, le porte-parole du gouvernement, Rajitha Senaratne, a annoncé lundi 22 avril qu’un mouvement islamiste local, le National Thowheeth Jama’ath (NTJ), était àl’origine de ces attaques-suicides.

Les autorités sri-lankaises ont annoncé l’arrestation de 24 personnes, sans donner de détails sur ces suspects. Les attaques n’ont pas été revendiquées et le bilan s’est alourdi, passant à290 morts et 500 blessés. Alors qu’un précédant bilan indiquait que 39 touristes étrangers figuraient parmi les morts, le ministère des affaires étrangères sri-lankais a revu ce chiffre àla baisse, annonçant que 31 étrangers, dont un Français, avaient été tués.

Les opérations de déminage n’étaient par ailleurs pas encore terminées lundi. Une explosion s’est produite au cours de l’une d’entre elles dans une camionnette arrêtée àproximité d’une église frappée la veille par un des attentats-suicides. On ignore dans l’immédiat si cette déflagration a fait des victimes. La police a également découvert 87 détonateurs de bombes dans une gare de bus de Colombo.

Complicités étrangères

Les autorités sri-lankaises enquêtent sur d’éventuels liens de l’organisation avec des groupes étrangers : « Nous ne pensons pas que ces attaques ont été commises par un groupe de personnes cantonnées àce pays  », a déclaré Rajitha Senaratne. « Il y a un réseau international sans lequel ces attaques n’auraient pas pu réussir  », a-t-il ajouté.

Le NTJ avait fait il y a dix jours l’objet d’une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle le mouvement préparait des attentats contre des églises et l’ambassade d’Inde àColombo. Ces informations étaient basées sur un signalement d’« une agence de renseignement étrangère  ». Le NTJ, sur lequel peu d’éléments sont connus, s’était fait connaître l’an passé par des actes de vandalisme commis contre des statues bouddhiques.

Maithripala Sirisena, le président du Sri Lanka, va décréter l’état d’urgence dans l’ensemble du pays àpartir de lundi minuit. En outre, un couvre-feu est instauré dans la capitale Colombo de 20 heures à4 heures. Après les attaques de dimanche, les autorités avaient décrété un premier couvre-feu, qui a été levé à6 heures locales lundi matin.

Pour limiter la fréquentation de la voie publique, ce pays de 21 millions d’habitants a déclaré deux jours fériés. Les écoles et la Bourse de Colombo restaient fermées. De nombreux Sri-Lankais devaient toutefois se rendre au travail.

Carte des attentats perpétrés au Sri Lanka, samedi 20 avril.

Réseaux sociaux bloqués

La déclaration de l’état d’urgence accorde àla police et àl’armée des pouvoirs élargis, notamment la possibilité d’arrêter et d’interroger des suspects sans autorisation préalable de la justice. Ce régime a été en vigueur pendant plusieurs périodes de la guerre contre les séparatistes tamouls. La présidence affirme qu’il n’empiétera pas sur la liberté d’expression dans le pays.

Facebook et ses services WhatsApp et Instagram ont été bloqués, a annoncé par le portail d’information officiel du gouvernement sri-lankais, qui justifie ce blocage par la diffusion de « faux reportages  ». L’observatoire NetBlocks a détecté une coupure de ces plates-formes ainsi que de YouTube, Snapchat et Viber. Twitter ne semblait pas affecté.

En France, deux lignes téléphoniques ont été mises àdisposition par le Quai d’Orsay, l’une pour les voyageurs au départ de France (01-43-17-51-00), l’autre pour ceux qui sont au Sri Lanka (0094-11-26-39-442). Idem du côté britannique, où le site du gouvernement recommande aux touristes de « limiter leurs mouvements  » jusqu’à« la levée du couvre-feu  » et de suivre les instructions des autorités locales.

Photo : Des enquêteurs dans l’église Saint-Sébastien, àNegombo, le 22 avril 2019. ATHIT PERAWONGMETHA / REUTERS

Le département d’Etat américain, selon qui au moins quatre Américains ont été tués dans les attentats, a lui aussi adressé une mise en garde aux voyageurs : « Des groupes terroristes continuent àpréparer de possibles attaques au Sri Lanka  » et a appelé les ressortissants américains à« une prudence accrue  ». « Des terroristes peuvent attaquer sans préavis ou quasiment, en ciblant des endroits touristiques, des hubs de transport, des centres commerciaux  » et d’autres endroits comme des hôtels, des clubs, des restaurants et des lieux de prière.

Le président américain, Donald Trump, a, pour sa part, appelé lundi le premier ministre du Sri Lanka, Ranil Wickremesinghe, pour lui présenter ses condoléances. Ces « attaques quasi simultanées (…) sont l’un des actes terroristes les plus meurtriers depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le président Trump a promis le soutien des Etats-Unis au Sri Lanka pour déférer les auteurs devant la justice, et les deux dirigeants ont réaffirmé leur engagement àlutter contre le terrorisme mondial  », peut-on lire dans un communiqué de la Maison Blanche.