Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > Uncategorised > Julian Assange, lanceur d’alerte en danger

Julian Assange, lanceur d’alerte en danger

vendredi 3 mai 2019, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/debattons/editos/wikileaks-julian-assange-arrete-danger

Julian Assange, lanceur d’alerte en danger

Publié le 11/04/2019 à12:17

Jack Dion
Directeur adjoint de la rédaction

Depuis la chute du président Rafael Correa, on savait la situation de Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, réfugié àl’ambassade d’Equateur àLondres sous peine d’être envoyé dans une prison américaine, fragilisée. Le nouveau pouvoir en place àQuito, plus sensible aux pressions de la Maison Blanche, avait laissé planer le doute sur le sort du reclus. Il a finalement cédé aux pressions diverses et variées et décidé de livrer Assange àla police britannique, ce qui ouvre une dangereuse plage d’incertitude quant àson avenir.

On imagine les cris d’orfraie si un lanceur d’alerte terré dans une ambassade étrangère en Russie, àCuba ou au Venezuela afin d’échapper aux griffes d’un embastillement annoncé en cas de sortie, alors qu’aucune charge sérieuse ne pèse contre lui avait subi un tel sort. Mais quand le lanceur d’alerte s’appelle Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, le ton est différent.

L’histoire a commencé le 18 juin 2012, date àlaquelle cet australien de 46 ans a trouvé ce refuge en catastrophe pour échapper àdes poursuites visant àle faire taire àjamais. La justice suédoise l’a d’abord accusé de viol et d’agression sexuelle sur une jeune femme, avant de classer l’affaire sans pour autant l’innocenter, ce qui lui interdit l’entrée sur le territoire suédois jusqu’en 2020, date àlaquelle les faits présumés seront prescrits.

Mais la menace la plus sérieuse vient des Etats-Unis. Julian Assange y est l’objet d’une enquête àrallonge depuis la publication par WikiLeaks, en 2010, de documents secrets de l’armée américaine, puis des courriers piratés de Hillary Clinton durant la campagne électorale qui a permis l’entrée de Donald Trump àla Maison-Blanche. Depuis lors, les fins limiers de la CIA accumulent les dossiers visant àtransformer Assange en espion patenté, en manipulateur professionnel et en taupe du Kremlin. Il est ainsi sous le coup d’un transfert immédiat dans une geôle américaine en cas de sortie de l’ambassade d’Equateur àLondres, où il vit en reclus dans un univers kafkaïen, prisonnier sans l’être.

On se croirait revenu au temps de la guerre froide avec une différence : àl’époque, les prisonniers d’opinion et les dissidents traqués étaient àl’Est.

En vérité, si Assange est devenu la cible favorite de la gauche bourgeoise américaine, c’est parce que cette dernière n’a jamais digéré la victoire de Trump. Les têtes pensantes du Parti Démocrate persistent àattribuer la défaite de Hillary Clinton aux seules révélations de WikiLeaks, comme si l’ancienne secrétaire d’Etat n’avait aucune responsabilité dans sa propre déroute. On oublie qu’elle a passé une bonne partie de son temps àsaboter la candidature de Bernie Sanders, sans doute le seul qui aurait pu battre Trump. En effet, le sénateur Démocrate ne tirait pas le boulet de l’élitisme chic fatal àune Hillary Clinton restée célèbre pour avoir traité de « pitoyables  » ceux qui ne se ralliaient pas àson étoile.

L’affront n’a toujours pas été digéré. Les médias américains, relayés par d’autres, continuent àcibler Julian Assange, alimentant rumeurs infondées, fausses pistes, insinuations gratuites, sans que nul ne s’en offusque. Ainsi, Le Guardianbritannique l’a accusé d’avoir rencontré àplusieurs reprises, et dans le plus grand secret, Paul Manafort, un ex collaborateur de Donald Trump, sur la base d’une source « haut placée  » digne d’un roman de science fiction. Voici peu, Le Monde,journal qui se pique de posséder un site de « décodage  » afin de trier le bon grain de l’ivraie, titrait sans hésiter : « Pourquoi Julian Assange est soupçonné de liens avec la Russie  ». Et avec la Corée du Nord, on est sà»r qu’il n’y a rien àse mettre sous la dent ?

Il est vrai que dans le climat de russophobie qui a envahi le monde occidental, il en faut peu pour être soupçonné de collusion avec le Kremlin. Au train où vont les choses on finira par oublier qu’Edward Snowden a été obligé de fuir les Etats-Unis après ses révélations sur les curieuses méthodes déployées par l’agence de renseignement américain NSA pour espionner ses alliés aux quatre coins de monde. Mais l’affaire a été enterrée. A lire les gazettes, on a l’impression que la Russie est le seul pays àavoir des services secrets, àbalancer des « fake news  », et àutiliser des méthodes que la morale réprouve.

On se croirait revenu au temps de la guerre froide avec une différence : àl’époque, les prisonniers d’opinion et les dissidents traqués étaient àl’Est. Aujourd’hui, àl’instar de Julian Assange, ils sont aussi àl’Ouest.