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Algérie : De quelle Transition avons-nous besoin ?

vendredi 3 mai 2019, par siawi3

Source : http://www.raina-dz.net/spip.php?article1751

De quelle Transition avons-nous besoin ?

jeudi, 2 mai 2019 09:07

Azouz Dekali

Le Hirak s’est soulevé pour refuser que la période d’intérim née de la démission de l’ancien président se fasse dans la continuité du système tel que cela découle de l’application stricte de l’article 102. Bien au contraire le Hirak exige de passer par une période de transition, en rupture avec les institutions héritées du système en place afin d’ouvrir la voie àune république nouvelle :

- Qui rétablisse toutes les libertés confisquées et les droits bafoués par les différents régimes qui se sont succédés depuis 1962.

- Qui en finisse avec les politiques économiques ultra libérales de pillage et de gaspillage des ressources nationale qui ont accru la dépendance de l’économie vis-à-vis de la rente des hydrocarbures déclinante et sa vulnérabilité àtous les points grâce au tout import.

Cette transition devra être conduite hors du cadre rigide de l’article 102 , par des Institutions ad-hoc issues de la volonté populaire incarnée par le Hirak .

L’ANP en tant qu’ Institution républicaine garante de la sécurité et de l’intégrité du pays devra accompagner cette transition sans chercher àexercer ni tutelle ni dictât .

De nombreuse propositions sur la question de la transition sont soumises au débat. Les multiples propositions diffèrent par la durée de cette transition ( aussi courte que possible ou suffisamment longue ) , par le rôle que doit jouer l’exécutif ( gestion des affaires courantes ou véritable gouvernement de redressement ) par le processus qui doit conduire àl’émergence de la nouvelle constitution (commission de révision ou assemblée constituante ) par la place que doit occuper l’élection du prochain président (on commence par cette élection ou bien on termine avec elle ).

Le choix entre ces différentes propositions isolées peut être secondaire . Ce qui compte c’est la manière de les combiner pour choisir un scénario de sortie de crise acceptable pour peu que prévaut la volonté politique d’aller jusqu’au bout du changement radical espéré . Cette volonté dépendra en dernière instance du rapport de forces ( RDF) qui prévaudra sur le terrain entre le Hirak et les tenants du pouvoir .

Dans l’immédiat rien ne sert de s’attarder sur le choix des scénarios précis de transition .L’ essentiel est de s’en tenir àl’exigence d’une transition indépendante et d’être prêts àenvisager tous les scénarios possibles en fonction des possibilités qu’offrira le RDF. Une fois que le pouvoir sera disposé àdialoguer et ànégocier ( directement ou indirectement ) , àce moment làil sera nécessaire de parler propositions et contre-propositions àla lumière du RDF créé .

Par exemple dans un RDF très favorable, les Instances de la transition , en appui sur la mobilisation populaire, devront aller le plus vite et le loin possible dans les taches d’assainissement politiques , juridiques et économiques, pour s’attaquer aux manifestations les plus insupportables du « système  » et préparer ainsi le terrain au démantèlement du système lequel nécessitera des mesures de fond et de longue haleine.

Dans un RDF très favorable, le GNT ne devra pas se contenter de gérer les « affaires courantes  » mais s’attaquer en urgence àmettre fin aux pillages des finances publiques , àprendre des mesures conservatoires pour geler les avoirs àl’étranger des oligarques en vue de leur rapatriement ; àendiguer la gangrène de la corruption dans les rouages de l’Etat et des différentes Institutions . Tel est le « mandat du Hirak  » qui découle du cri de colère des millions d’algériens

« klitou leblad ya serraqine  ». Plus vite nous nous attaquerons àces fléaux, plus efficace sera la lutte . Sans un rapport de force favorable et sans la mobilisation des milliers de travailleurs et cadres honnêtes , de telles taches ne pourront pas être menées avec l’urgence requises ni le succès espéré.
Parmi les taches les plus urgentes devront figurer aussi :

- les mesures de redressement financier pour réparer les dégâts de la planche àbillets notamment sur la valeur du dinar et le pouvoir d’achat des masses ;

- la levée de toutes les entraves liées àl’exercice des libertés dans tous les domaines des libertés civiles, politiques et démocratiques, dont la liberté d’association et de manifestation, d’expression et de la presse, syndicales et de création des partis politiques. Mais sans attendre l’installation du GTN , les syndicats et la société civile sont en droit d’exiger dès aujourd’hui que des mesures de confiance dans ces domaines soient prises par le pouvoir , et d’en faire une priorité pour le Hirak . Plus aucun activiste ne doit rester en prison . Hadj Ghermoul , Fekhar et Hadj Brahim Aouf.. doivent être libérés . Plus aucune arrestation ou interpellation arbitraire ne doit être tolérée.
- les taches de contrôle du commerce extérieur pour arrêter l’hémorragie des devises dans des surfacturations et des importations anarchiques .

- L’assainissement des rangs de la justice et de la police pour les débarrasser de tous ceux qui se sont compromis avec les clans mafieux , etc ..

Concernant la durée que doit prendre la période de transition , il faut avoir àl’esprit que les taches indispensables d’assainissement et de redressement ne doivent pas être bâclées et ne peuvent pas être reportées àla période post –transition car elles ne pourront jamais être menées par des méthodes administratives ordinaires , tant le mal a gangrené tous les rouages de l’Etat et toutes les Institutions.

Ces taches nécessitent une véritable approche révolutionnaire impliquant directement les citoyens concernés. Le Hirak qui se dit révolutionnaire doit se préparer àfaire face àun mouvement adverse contre révolutionnaire. C’est pourquoi non seulement le Hirak ne devra pas s’arrêter durant la période de transition , mais il devra se poursuivre et se redéployer au niveau de toutes les corporations, institutions et grands secteurs économiques pour y exercer son rôle de véritable « maître d’œuvre  » du changement , et de véritable « lanceur d’alerte  » pour prévenir et neutraliser les actes de sabotage de la part des forces hostiles au changement.

Cependant il faut être extrêmement vigilant pour ne permettre aucun dépassement de la part du Hirak dans cette mission . Notre garde fou c’est le respect strict des règles du droit et le maximum de transparence .

Concernant la politique économique le plus grand piège sera de considérer que c’est l’affaire des technocrates . Si cela devait être, ce serait leur donner carte blanche pour qu’ils continuent dans la fuite en avant vers l’ultralibéralisme dicté plus par des considérations idéologiques d’inspiration étrangère , hostiles aux préoccupations nationales de développement durable et de souveraineté. Nous avons vu comment cette politique a donné un coup d’arrêt brutal àla politique nationale de développement économique indépendant . Comment elle a disloqué le tissu industriel naissant et jeté la pays en pâture aux mafias de l’import import qui ont ruiné les ressources financières du pays et l’ont acculé au recours àla planche àbillets . Nous avons vu comment cette politique a bradé au dinar symbolique des terrains agricoles y compris des fermes pilotes au rôle stratégique pour la recherche agronomique garante de l’indépendance alimentaire du pays . Nous avons vu comment cette politique est allé jusqu’àmenacer la souveraineté nationale sur les hydrocarbures àtravers la loi de Chakib Khalil de triste renom.

Le GTN devra suspendre le nouveau projet de révision de la loi des hydrocarbures concocté par Ould Kadour avec le concours de Sociétés de conseil américaines et le confier àun large collège d’ experts nationaux intègres et engagés pour en repenser toute l’économie dans le sens des seuls intérêts nationaux .

D’ailleurs sans attendre l’installation du GTN , les syndicats et la société civile sont en droit d’exiger des aujourd’hui les mesures conservatoires sur ce sujet .

Il en va de même de la fébrilité avec laquelle est envisagé le projet contesté d’exploitation du gaz de schiste qui semble plus dictée par le souci de faire des cadeaux d’allégeance aux grandes puissances ( France et USA ) que par un souci réellement patriotique . Aucune fuite en avant technocratique ne doit être tolérée sur ce sujet . Non seulement il doit faire l’objet d’une expertise nationale indépendante qui devra prendre en considération tous les aspects stratégiques et en particulier la sauvegarde de l’éco-système des populations concernées de même que les enjeux stratégiques des ressources aquifères vitales pour l’avenir du pays . Aucune initiative ne devra être engagée sans la consultation et l’adhésion des populations concernées sous la vigilance du Hirak local.

( Azzouz Dekali -29/04/2019 )