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Palestine/Israel: montée de l’opposition non violence, l’exemple de Bel’in

Sunday 23 May 2010, by siawi2

Nous sommes revenus de Tel Aviv hier mercredi 28 avril après une fouille minutieuse àla sortie : passage des bagages en machine, par deux fois pour les bagages àmains, ouverture des valises et fouille détaillée des affaires. Cette fouille approfondie tient au fait que nous sommes nés en Algérie. Deux collègues avec des noms arabes ont eu droit àla même qualité de fouille alors que d’autres amis sont passés sans fouille àcause de leur nom bien français. On respire. Par précaution nous avions envoyé par la poste les documents que les interlocuteurs de France-Palestine Solidarité nous ont donnés.

Nous étions allés, en tant que membres (25 environ) de l’Association France Palestine Solidarité, pour participer àla 5ème conférence internationale qu’organise chaque année durant 3 jours le comité du village de Bel’in. Cette conférence s’est tenue malgré son interdiction formelle quelques jours avant par les autorités militaires. La conférence s’est terminée le vendredi 23 après la prière de midi par une manifestation internationale contre le mur.
En plus de notre participation àla conférence, nous avons rencontré aussi des organisations militantes palestiniennes tant en Israël (on les appellent les Arabes de 48) que dans les territoires occupés depuis 67.
Nous avons aussi fait aussi un peu de tourisme (mer morte, Qumran, Massada).

La conférence a été un franc succès car elle a réuni des militants palestiniens de différents courants et des militants internationaux et israéliens solidaires que les gens du village ont logés et restaurés, bien sur contre rémunération. Rien que cela c’est une performance. On a eu le droit àla présence remarquée du 1er ministre de l’autorité palestinienne Salam Fayyad, des chefs des partis importants Fatah, FP, FD et même Hamas ainsi que d’autres personnalités dont le remarquable représentant de l’église orthodoxe grecque Hanna Attalah en grand habit de curé qui étonnerait plus d’un en Algérie par son discours patriotique dans un Arabe remarquable de clacicité, de clarté et de fluidité. [Entre parenthèses j’ai du faire des progrès énormes en Arabe et en Anglais, obligé que j’étais de comprendre et de restituer et quelquefois de traduire.]

Même si les partis sont tous représentés àBel’in, les organisateurs du comité ont une volonté d’indépendance et, j’ai cru comprendre, une crainte de récupération. L’exemple de Bel’in s’est étendu àd’autres villages voisins et Israël est très gêné de cette volonté non-violente généralisée. Ce qui explique la réaction violente des soldats lors de la manifestation contre le mur et les colonies d’en face. Non seulement ils ont bombardé les gens de grenades lacrymogènes (un manifestant a reçu une bombe lacrymogène en plein front et a été emmené d’urgence àl’hôpital, plusieurs autres ont étés blessés) mais de plus ils ont traversé la « frontière » pour arrêter des gens.
Il faut dire que ces mêmes soldats traversent la « frontière » de nuit pour arrêter des militants du village. Certains militants doivent «pointer» au commissariat israélien le plus proche justement durant les horaires de la manifestation.

Dès notre arrivée le vendredi 16 avril nous avons participé àCheikh Djerrah àune manifestation hebdomadaire de solidarité avec les habitants qu’Israël veut déloger pour judaïser ce quartier permettant de relier deux parties de Jérusalem. Nous avons alors appris le procédé incroyable de récupération de terres utilisé dans ce cas. A cheikh Djarrah existe le tombeau du Cheikh Seddiq et les juifs ont décidé que ce tombeau était celui du juif Cheikh Shim’on, alors des religieux sont venus occuper le lieu et l’armée est alors intervenu pour les « protéger ». On nous a expliqué plusieurs fois cette coordination colons-armée, comme on nous a expliqué que les extrémistes religieux juifs investissent de plus en plus l’armée y compris àdes postes d’encadrement. Il faut ajouter que les manifestants de Cheikh Djarrah étaient majoritairement des jeunes Israéliens très organisés. Lors de cette manifestation nous avons rencontré une jeune palestinienne expulsée de sa maison qui a été occupée immédiatement par des religieux juifs. Son expulsion avait été retardée de plusieurs mois parce qu’elle hébergeait des Suédois solidaires. Depuis son expulsion elle a planté une tente sous un arbre face àsa maison et y campe.

On voit par cet exemple que la terre est occupée pied àpied, et on comprend bien que les activités des militants et de l’autorité palestinienne visent àfixer les gens sur leur terre et éviter autant qu’il est possible qu’ils en partent.

Un autre moyen d’occuper la terre, y compris dans les frontières de 48, c’est l’interdiction de rénovation et de reconstruction des maisons (refus de permis) et aussi la contestation systématique des documents de propriété. Bien entendu les documents de propriété d’avant 48 n’ont aucune valeur.

Nous avons rencontré avec émotion le comité des détenus de Jérusalem. Ceux-ci sont considérés, de même que les détenus du Golan, comme des détenus israéliens et Israël a refusé qu’on les évoquent lors des accords d’Oslo comme Israël refuse que les actuelles autorités palestiniennes parlent d’eux. Ils nous ont parlé des tortures systématiques lors des arrestations, des brimades de la détention avec le but d’avilir les détenus ou d’en faire des mouchards.

Nous avons aussi rencontré des Arabes de 48, àHaïfa, àTamara et àJaffa (Saint-Jean-D’acre). A Haïfa, nous cherchions un café un dimanche matin et ànotre stupéfaction on nous a dit que personne ne travaillait le dimanche : c’est que nous étions dans un quartier chrétien. Des gens nous ayant entendu chercher un café nous ont proposé de prendre un café dans leur maison (proche de la rue Emile Touma). Bien sûr il s’agissait de chrétiens totalement arabophones (je suis toujours étonné tant c’est curieux pour nous) exprimant les mêmes sentiments, récriminations et espoirs que les autres Palestiniens.

Puis àSaint Jean d’acre nous avons été guidés par une belle femme de prénom Rym membre du PC. Elle aussi nous a parlé de la judaïsation rampante et progressive de la ville. Autre curiosité, elle nous a amené àun théâtre autogéré sans aide de la mairie (pourtant les Arabes sont 30%) nom ellaz. On m’a expliqué que c’était pour faire référence au livre de l’écrivain algérien Tahar Outtar.

Nous nous sommes arrêtés aussi àNazareth (Nacira), lieu important du christianisme, où nous a reçu un représentant du PC qui nous a expliqué leur problématique d’Arabes de 48 et après nous a fait visité une chapelle où Marie s’est illustrée ainsi qu’une source sainte, équivalente sans doute àl’eau de zemzem. Il nous a expliqué qu’il y avait deux municipalités, la Nazareth du haut àmajorité juive et la Nazareth du bas àmajorité arabe que le PC dirigeait tout en étant présent dans celle du haut.

Je n’ai pas parlé de Jérusalem qui est un monde àpart, où la judaisation bat son plein. La vieille ville ressemble àune grande casbah, faite de rues étroites en escaliers. Pleine de soldats israéliens (les plus durs sont les falachas) et de contrôles au faciès. Le mur des lamentations, le dôme du rocher et la mosquée el aqsa ainsi que le saint sépulcre sont les lieux saints les plus fréquentés. Nous avons assisté àdes scènes de magie au saint sépulcre supposé contenir le tombeau du Christ : des gens apposaient leurs mains sur le tombeau et sans doute faisaient des vœux, ce que nous avons fait aussi. Nous avons vu des marchandes mettre des colifichets un àun sur le tombeau avec, sans doute, la volonté de les vendre plus chers car étant imprégnés de Dieu ! Dans ce grand bazar on parle toutes les langues, on a toutes les religions chrétiennes, y compris des Ethiopiens, chacun avec des habits plus curieux l’un que l’autre. Le mur des lamentations est aussi un spectacle, évidemment quand on n’est pas dans le coup, autant l’accoutrement que les balancements lors des prières sont un vrai spectacle.

Quant aux lieux saints de l’Islam, le dôme du rocher et la mosquée el Aqsa, nous y sommes allés. Mon épouse a du s’accoutrer d’une robe palestinienne longue qu’elle venait d’acheter et avec une copine et un copain marocains, elle a prié sur le lieu même où Mohammed a fait son ascension et où il a laissé au plafond de la grotte un creux qu’aurait fait sa tête en se relevant. Après elle a aussi prié àla mosquée el Aqsa . Bref si avec toutes ces dévotions de toutes sortes on n’est pas préservés du mauvais sort, il n’y a plus qu’àdésespérer de Dieu. Pour ma part j’ai eu du mal àrentrer car mon passeport français indiquait Jacques et j’ai eu du mal àfranchir le double barrage du soldat falacha et d’un imam de service, car je n’ai pas su réciter la fatiha, mais je suis entré en fin de compte.

Notre partie tourisme a consisté àprendre un petit bain dans la mer morte où, grâce àArchimède, il est impossible de couler. Nous avons visité deux lieux importants pour le sionisme, àsavoir Qumran et ses documents dits «de la mer morte » ainsi que Masada où les juifs ont résisté àl’armée romaine et préféré la mort plutôt que de se rendre. Deux lieux qui sont très utilisés dans l’enseignement et l’édification des enfants.

Ce que nous avons vu, de nos yeux ou àtravers les rencontres et les manifestations militantes, dépasse largement ce que nous imaginions car Israël organise une pression-répression cohérente et détaillée.
Mais en même temps nous avons fait un beau voyage.

S.