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Djihadistes condamnés à mort en Irak : un consensus international qui ne dit pas son nom

dimanche 2 juin 2019, par siawi3

Source : http://www.leparisien.fr/faits-divers/djihadistes-condamnes-a-mort-en-irak-un-consensus-international-qui-ne-dit-pas-son-nom-31-05-2019-8083644.php

Djihadistes condamnés à mort en Irak : un consensus international qui ne dit pas son nom

Robin Korda

31 mai 2019, 15h41 |18

En Irak, quiconque a rejoint une organisation « terroriste » est passible de la peine de mort (illustration). AFP
Comme la France, plusieurs pays voient certains de leurs ressortissants djihadistes être condamnés à la peine capitale à Bagdad. Sans réagir outre mesure.

Quelques grandes déclarations. De la gêne, parfois. Ou tout simplement le silence. En Irak, les condamnations à mort de djihadistes étrangers se multiplient. Quiconque ayant rejoint une organisation « terroriste » - qu’il ait ou non combattu - y est passible de la peine de mort.

En moins de quatre jours, sept Français ont été condamnés à la peine capitale. Une série noire qui ne fait pas réagir outre mesure l’exécutif, fidèle, en cela, à la ligne de ses voisins. Au niveau international, un consensus qui ne dirait pas son nom semble se dégager. Il viserait, selon toute vraisemblance, à éviter avant tout le rapatriement d’individus dont les autorités ne sauraient trop quoi faire.

« Procès équitables »

En France, les dernières déclarations de Jean-Yves Le Drian ont fait bondir les défenseurs des droits de l’Homme. Tout en assurant que le gouvernement « multipliait les démarches pour éviter la peine de mort » à ses ressortissants, le ministre des Affaires étrangères affirmait mercredi que les djihadistes français bénéficiaient, à Bagdad, de « procès équitables ».

LIRE AUSSI >Le Drian : « Les djihadistes Français doivent être jugés là où ils ont commis leurs crimes »

« On a de sérieuses raisons de penser que c’est tout l’inverse, rétorque Letta Tayler, chercheuse au sein de Human Rights Watch sur les questions liées à la lutte antiterroriste. Plusieurs prévenus assurent avoir signé des aveux qu’ils ne comprenaient parfois même pas, sous la pression de la torture. » Vendredi, son organisation appelle la France à « ramener chez eux » ses ressortissants « pour y faire l’objet d’une enquête et de poursuites ».

Commuer les peines capitales en prison à vie

Ce scénario n’est clairement pas à l’ordre du jour. Et aucun pays ne semble disposé à s’y diriger. Il faut dire que l’opinion populaire est globalement rétive au retour de ceux qui, il y a quelques années, brûlaient avec hargne leur passeport dans des vidéos de propagande.

Selon Myriam Benraad, politologue et chercheuse associée à l’Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans, l’Allemagne s’est montrée « la plus volontaire » en Europe sur ces dossiers. Mais tout juste le gouvernement fédéral s’est-il impliqué pour effectivement commuer les peines capitales en prison à vie.

Condamnée à mort en janvier 2018 pour avoir rejoint Daech en compagnie de ses filles, mariées à des membres de l’organisation terroriste, Lamia K. a ainsi été épargnée. En décembre, le Spiegel rapportait que les autorités allemandes étaient « en contact étroit » avec Bagdad pour négocier d’éviter la mort de Levent Ö., condamné, lui, pour avoir participé aux combats.

Déclarations d’intention

En Belgique, le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, affirmait également avoir récemment demandé à l’Irak « de ne pas procéder à l’exécution » du djihadiste Tarik Jadaoun. Comme pour la France, il est trop tôt pour savoir si ces déclarations d’intention seront suivies d’effets.

D’autres pays ne s’embarrassent pas de ce genre de précautions. En Russie, « ce n’est même pas un sujet », constate Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur à Moscou, aujourd’hui directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques.

Déchéance de nationalité

« Les combattants tchétchènes seront probablement remis aux mains de Ramzan Kadyrov, relève-t-il. Mais l’idée consensuelle est que les djihadistes ont trahi leur pays et constituent, à ce titre, des ennemis. » Au Royaume-Uni, le ministre de l’Intérieur a fait valoir « l’intérêt général » pour retirer, en février, sa nationalité britannique à Shamima Begum, une jeune djihadiste qui demandait son rapatriement.

Certains pays consentent bien au retour de leurs ressortissants. Jeudi, l’Ouzbékistan annonçait le rapatriement de 156 de ressortissants en provenance de « zones de conflit ». Le Kazakhstan, une autre république d’Asie centrale, avait annoncé le 10 mai avoir rapatrié 231 ressortissants de Syrie. Mais il s’agit toujours de femmes et d’enfants.

« Deals » informels

Les djihadistes, eux, sont majoritairement maintenus à distance, dans les camps syriens ou par les autorités irakiennes. Selon Myriam Benraad, celles-ci bénéficieraient jusqu’à présent de « deals » informels, négociant par exemple des contreparties sous forme de renfort militaire ou d’armement. Récemment, Bagdad s’est officiellement proposé de juger le millier d’étrangers détenus en Syrie contre deux millions de dollars par personne.

Autre solution envisagée : la création d’un tribunal international dédié à la question djihadiste. Lundi, une grande réunion doit se tenir sur le sujet à Stockholm, à l’initiative de la Suède. Reste que cette option ne saurait répondre aux dossiers les plus urgents. Le même jour, trois nouveaux Français seront jugés en Irak pour appartenance à Daech.