Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > Uncategorised > Au Soudan, assaut des militaires au pouvoir contre les manifestants

Au Soudan, assaut des militaires au pouvoir contre les manifestants

mardi 4 juin 2019, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/06/03/soudan-le-mouvement-de-contestation-denonce-une-tentative-de-dispersion-du-sit-in-par-le-conseil-militaire_5470674_3212.html

Au Soudan, assaut des militaires au pouvoir contre les manifestants

L’opposition accuse l’armée d’avoir dispersé le sit-in occupé depuis le 6 avril par des milliers de manifestants dans la capitale, ce que démentent les forces armées.

Le Monde avec AFP

Publié aujourd’hui à08h56, mis àjour à18h10

Photo : Des manifestants soudanais érigent une barricade dans une rue en utilisant des pneus en feu, exigeant que le Conseil militaire de transition remette le pouvoir aux civils, àKhartoum (Soudan), le 3 juin 2019. STRINGER / REUTERS

Les forces soudanaises sont violemment intervenues, lundi 3 juin, contre les manifestants qui campaient depuis des semaines dans le centre de Khartoum, selon le mouvement de contestation, des témoins et des chaînes de télévisions arabes. Un comité de médecins, affilié aux manifestants, fait état d’au moins treize morts et une centaine de blessés.

Les forces armées, de police et des milices ont dispersé « le sit-in pacifique  » des manifestants, a annoncé l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation. « Il n’y a plus rien àpart les corps des martyrs que nous ne pouvons pas sortir du lieu du sit-in jusqu’àprésent  », a-t-elle ajouté dans un communiqué. En conséquence, l’ALC a annoncé « l’arrêt de tout contact politique et des négociations  » avec le Conseil militaire de transition. Elle appelle également à« la grève et la désobéissance civile totale et indéfinie àcompter d’aujourd’hui  ».

Lire notre reportage : Le sit-in géant d’Al Qeyada, cÅ“ur battant d’un Soudan qui rêve de démocratie et de normalité

De leur côté, les militaires nient avoir dispersé le sit-in par la force. Un porte-parole du Conseil, le général Shamseddine Kabbashi, a affirmé àla chaîne de télévision Sky News Arabia, basée aux Emirats arabes unis, que les forces de sécurité avaient visé lundi matin une zone « dangereuse  » près du lieu du sit-in. « Cet endroit, appelé Colombia, a été pendant longtemps un foyer de corruption et d’activités  » illicites, a-t-il déclaré. « De nombreuses personnes ont fui Colombia et sont entrées sur le lieu du sit-in. Résultat : de nombreux jeunes [du sit-in] ont quitté la zone.  »

Dans un communiqué, le ministère français des affaires étrangères « condamne les violences commises ces derniers jours au Soudan dans la répression des manifestations  ».

« La France appelle àla poursuite du dialogue entre le Comité militaire de transition et l’opposition afin qu’un accord inclusif soit rapidement trouvé sur les institutions de la transition. Elle invite l’ensemble des parties soudanaises às’abstenir de toute action violente qui pourrait entacher la transition pacifique àlaquelle aspire le peuple soudanais.  »

Depuis le 6 avril, des milliers de manifestants campaient devant le siège de l’armée dans la capitale. Après avoir demandé le soutien des militaires contre le président Omar Al-Bachir, ils réclament désormais le départ du pouvoir des généraux. Les relations entre les deux camps se sont tendues àla suite de l’échec des négociations le mois dernier, suivies des mises en garde du Conseil militaire qui dirige le pays depuis le 11 avril, date de la destitution, sous la pression populaire, du président Omar Al-Bachir.

Appel àla « désobéissance civile totale  »

Lundi matin, des tirs provenant du lieu du sit-in, installé devant le quartier général de l’armée, ont été entendus par un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP), qui a fait état d’un déploiement important des forces de sécurité dans les rues de la capitale. « Une tentative du Conseil militaire de disperser le sit-in par la force est en cours  », a déclaré, dans un communiqué, l’Association des professionnels soudanais (SPA, pour Sudanese Professionals Association, en anglais), actrice majeure de la contestation.

Face àl’opération des militaires, les manifestants ont mis le feu àdes pneus et érigé des petits murets avec des briques sur des routes accédant au lieu du sit-in, ainsi que sur d’autres axes de la capitale. Selon le Comité central des médecins soudanais, proche du mouvement de contestation, les forces de l’ordre ont tiré dans l’hôpital Charq Al-Nil et empêchent l’accès au Royal Care, un autre établissement hospitalier de la capitale.

La SPA a condamné un « massacre  » et appelle les Soudanais à« la désobéissance civile totale pour renverser le Conseil militaire perfide et meurtrier  ». De son côté, l’ALC a appelé àdes « marches pacifiques et des cortèges dans les quartiers, les villes, les villages  », pour « renverser  » le Conseil militaire. Elle a également demandé l’« intervention urgente  » d’organisations humanitaires citant la Croix-Rouge, le Croissant-Rouge et Médecins sans frontières (MSF). L’ambassade américaine au Soudan a réagi sur Twitter, en exhortant les généraux à« cesser  » cette opération « injustifiée  ». Le Conseil militaire en « porte la responsabilité  », a-t-elle prévenu.

Lire aussi Au Soudan, grève générale dans un climat de tension croissante

Mises en garde du Conseil militaire

Des négociations entre les deux camps visant àformer un Conseil souverain, censé assurer la transition politique pour trois ans, ont échoué le 20 mai. Depuis, le Conseil militaire a multiplié les mises en garde àl’encontre du mouvement de contestation. Il a notamment dénoncé des débordements autour du sit-in, les qualifiant de « menace pour la sécurité et la paix publiques  » et promettant d’agir « avec détermination  » pour faire cesser cette situation.

Plusieurs personnes ont été tuées ces derniers jours dans des circonstances peu claires àproximité du lieu du sit-in. Des soldats et des agents des forces de sécurité avaient été déployés samedi autour de la rue du Nil, près du lieu du sit-in, empêchant l’accès àcette zone.

La SPA avait accusé le même jour les militaires de « planifier de façon systématique et de s’employer àdisperser le sit-in pacifique (…) avec une force et une violence excessives  ». Le mouvement de contestation avait appelé àune grève générale mardi 28 et mercredi 29 mai àtravers le pays pour faire pression sur l’armée, mobilisant divers secteurs d’activité. Le 31, des centaines de Soudanais avaient manifesté, eux, en soutien àl’armée dans la capitale. Le lendemain, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, avait enjoint aux deux parties de reprendre les négociations.

Le chef du Conseil militaire au pouvoir, Abdel Fattah Abdelrahman Bourhane, s’est rendu récemment en Egypte, aux Emirats arabes unis et en Arabie saoudite, trois pays qui lui ont affiché leur soutien. Le Conseil militaire avait fermé la semaine dernière le bureau de Khartoum de la chaîne d’information qatarie Al-Jazira, qui diffuse régulièrement des images des manifestations. Celle-ci a dénoncé une « totale violation de la liberté de la presse  ».

A la tête du Soudan pendant près de trente ans, Omar Al-Bachir a été destitué et arrêté par l’armée le 11 avril sous la pression d’un mouvement inédit, déclenché le 19 décembre par la décision des autorités de tripler le prix du pain dans un pays miné par une grave crise économique.

Lire aussi « Askariya !  », « Islamiya !  » : menace sur le mouvement démocratique au Soudan

Video ici