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Violence et religion en Afrique

Book Presentation

samedi 29 juin 2019, par siawi3

Source : https://www.revue-ballast.fr/cartouches-44/


Violence et religion en Afrique,
de Jean-François Bayart

Karthala, 2018

Lire Jean-François Bayart a quelque chose de déroutant tant son écriture est une énumération de faits, de dates, de noms d’organisations et de protagonistes. Dire que l’on peine à suivre sa connaissance érudite des sociétés africaines est un euphémisme. Mais cette forme est par elle-même une illustration du propos : seul un regard kaléidoscopique permet d’appréhender l’entremêlement des causalités sous-jacentes aux phénomènes religieux violents en Afrique.

Tout le travail de ce spécialiste de la sociologie politique africaine consiste à rappeler que ceux-ci, comme n’importe quels autres éléments du monde social, sont des événements historiquement situés et que leur compréhension nécessite de prendre en compte la multiplicité des acteurs, intérêts et logiques qui préside à leur existence.
Qu’il s’agisse des salafismes jihadistes, des mouvements pentecôtistes ou des « tenants des cultes de l’invisible », toutes ces expressions religieuses sont autant de formulations du politique et de l’économique énoncées sous le voile du sacré — la religion y agit comme « emblème identitaire » bien plus que comme cause profonde.

Ce sont des motivations terrestres qui sont à l’œuvre : guerres de ressources amplifiées par les bouleversements climatiques, lutte pour l’accès aux terres, volonté de s’émanciper du « despotisme décentralisé » des ordres lignagers, anciennes cristallisations identitaires accentuées par l’édification des États-nations post-coloniaux sur les ruines des anciens empires, imbrication de l’éthos viriliste de la jeunesse avec la violence militariste…

Ces « énonciations religieuses du politique » se modèlent dans des formes contradictoires : prophétismes mis au service des sphères dirigeantes, jihad en guerre contre l’État ou enrôlé par le « développementisme » gouvernemental, soulèvements sociaux s’exprimant par le langage des deux monothéismes ou d’un christianisme évangélique en appui aux forces capitalistes… Si les fondamentalismes religieux participent bel et bien à l’horreur de notre époque, c’est en tant qu’ils sont pénétrés et renforcent des dynamiques mortifères globales. La juste appréhension de ces agencements permet de défaire les confusions culturalistes. [L.B.]