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France : En commémoration du massacre d’Algériens du 14 juillet 1953

jeudi 25 juillet 2019, par siawi3

Source : https://histoirecoloniale.net/Un-bal-pour-le-souvenir-et-l-actualite-le-13-juillet-2019-place-de-la-Nation-a.html

Histoire coloniale et postcoloniale

En commémoration du massacre d’Algériens du 14 juillet 1953
Un bal pour le souvenir
et l’actualité
le 13 juillet 2019
place de la Nation à Paris

dimanche 7 juillet 2019

En 1953, un cortège du mouvement indépendantiste algérien, le MTLD, participait au défilé populaire du 14 juillet derrière un portrait de son leader, Messali Hadj, et ses banderoles : « À bas le colonialisme », « Nous voulons l’indépendance ». La police ouvre le feu, faisant 7 morts et une cinquantaine de blessés. Cet événement oublié revient peu à peu à la mémoire : le 6 juillet 2017, une plaque a été apposée ; le 13 juillet 2018, une projection suivie d’un bal ont été organisés. En 2019, une commémoration rassemblant davantage de partenaires et faisant le lien avec l’actualité française et algérienne, précédera le bal du souvenir.

Un lent retour de la mémoire

A la suite d’un vote au conseil de Paris, le 18 janvier 2017, à l’initiative de Nicolas Bonnet Oulaldj, président du groupe communiste, une plaque a été dévoilée le 6 juillet 2017 sur l’un des murs du pavillon sud de la « barrière du Trône », notamment par des membres des familles des victimes, place de la Nation à Paris, à quelques dizaines de mètres des lieux du massacre qui a eu lieu 64 ans plus tôt.

Cet événement dramatique, en plein Paris, qui précédait d’un peu plus d’un an le début de la guerre d’Algérie et qui confirmait que celle-ci devenait inévitable, a longtemps été occulté. Il a commencé à sortir de l’oubli, soixante ans plus tard, grâce au travail du documentariste Daniel Kupferstein qui, après une longue enquête à son sujet, a d’abord réalisé un film, Les Balles du 14 juillet 1953, sorti en 2014, puis publié un livre, sous le même titre, en mai 2017, aux éditions La Découverte.

La bande annonce du film ici

Le livre paru en 2017
Une première initiative le 13 juillet 2018

A l’initiative de la section LDH du 12e et avec le soutien de la mairie d’arrondissement, une première initiative a eu lieu le 13 juillet 2018. Parmi les intervenants figuraient Jean Laurans, président de la FNACA de Paris, qui, alors jeune militant syndicaliste, a fait partie des blessés par balles lors de cette journée. Ainsi que l’un des fils du dirigeant de la Fédération de la métallurgie de la CGT, Roger Lurot, qui a été tué par balles alors qu’il tentait de s’interposer en demandant aux policiers de cesser le feu. C’est le seul, parmi les dirigeants politiques et syndicaux présents à quelques dizaines de mètres sur la tribune érigée au sud de la place de la Nation, qui est intervenu dans ce sens, et il l’a payé de sa vie. Ses fils ont longtemps protesté en vain contre le silence fait par la presse communiste sur le sort de ce militant internationaliste et anticolonialiste que fut leur père, Roger Lurot. Désormais, le PCF, la CGT et l’Humanité lui rendent l’hommage qu’il mérite.

Le résumé filmé de la soirée du 13 juillet 2018 ici

En juillet 2019, la commémoration citoyenne et festive rassemblera davantage d’associations

De nombreuses associations, souvent membres du Collectif du 17 octobre 1961 et du collectif L’Autre 8 mai 1945, se sont ajoutées à celles qui avaient participé à la commémoration de 2018. Parmi elles, Droit devant !, l’association Les Oranges et l’Association pour la culture et le voyage (APCV), ont rejoint les sections de la LDH de l’Est de Paris (10e/11e, 12e, 19e, 20e…), le PCF 12, le NPA 12, ATTAC 12, la Commune libre d’Aligre, l’UL CGT du 12e, pour organiser cette initiative, qui est soutenue par la mairie du 12e arrondissement.

Dans un premier temps, de 18h30 à 19h30, un dépôt de gerbes et des prises de parole auront lieu devant la plaque posée en 2017 place de l’Ile de la Réunion. Avec les interventions de Catherine Barrati-Elbaz, maire du 12ème arrondissement, Gilles Manceron, historien, Jean-Luc Deryckx, président de la Fédération de Paris de la LDH, Nicolas Bonnet, président du groupe communiste au Conseil de Paris, et Daniel Kupferstein, cinéaste.

Puis les personnes se dirigeront vers le kiosque à musique face au lycée Arago où aura lieu, de 19h30 à 20h30, un repas citoyen et, de 20h30 à 21h30, une table ronde animée par Gilles Manceron, avec les interventions de Sadek Hadjerès, ancien militant à l’époque du mouvement indépendantiste algérien, le MTLD, puis du Parti communiste algérien (PCA), de l’historien Nedjib Sidi Moussa, qui a travaillé sur l’histoire et les itinéraires des militants messalistes, et de Rosa Moussaoui, journaliste, de l’Association des Amis de l’Humanité, qui rentre d’un reportage en Algérie. Un extrait du film Les balles du 14 juillet 1953 sera projeté en plein air, entre 21h30 et 22h, il sera suivi d’un bal, de 22h à minuit.

Une banderole devant le kiosque à musique affichera le thème de cette initiative : le bal du souvenir et des libertés. Car il ne s’agira pas seulement de commémorer : le mouvement populaire actuel en Algérie sera évoqué par des militants qui y prennent part, ainsi que les problèmes posés par les récentes répressions policières en France et par les atteintes au droit de manifester. Des représentants de l’Observatoire parisien des libertés publiques prendront la parole et le lien sera fait avec les violences policières qui ont fait de nombreux blessés lors des récentes manifestations des gilets jaunes, et aussi parmi les lycéens lors de leurs mouvements de mai 2018, au cours duquel des élèves du lycée Arago, mis illégalement en garde à vue, ont été tout particulièrement victimes.

- Parmi les intervenants de la table ronde,
l’historien Nedjib Sidi Moussa,

auteur du livre Algérie, une autre histoire de l’indépendance. Trajectoires révolutionnaires des partisans de Messali Hadj, Presses universitaires de France, 2019.
Présentation de l’éditeur

- ainsi que des avocats et des observateurs des violences dues récemment aux forces de police françaises.

- Et la question du mouvement de révolte actuel en Algérie sera aussi évoquée.

- L’extrait du film de Daniel Kupferstein qui sera projeté : voir ici

Sur cet événement plusieurs articles ont été publiés sur ce site :

• 14 juillet 1953 : répression coloniale, place de la Nation
• Daniel Kupferstein et le massacre du 14 juillet 1953
• Première reconnaissance officielle du massacre d’Algériens à Paris, le 14 juillet 1953
• 65 ans après la fusillade colonialiste à Paris, place de la Nation,
Un bal populaire pour commémorer les balles

°°°

Source : https://histoirecoloniale.net/Les-echos-du-bal-du-Souvenir-et-des-Libertes-place-de-la-Nation.html

Le 13 juillet 2019, à Paris,
Les échos du bal
du Souvenir
et des Libertés,
place de la Nation

vendredi 19 juillet 2019

Voir toutes les Photos ICI

Le 14 juillet 1953, à Paris place de la Nation, la police a tiré sur une manifestation pacifique portant le drapeau algérien, faisant 7 morts : 6 Algériens et un Français membre de la CGT. Le 13 juillet 2019, pour la deuxième année consécutive, la Ligue des droits de l’Homme a organisé, avec le soutien de la Mairie du 12° et de nombreuses associations, un bal populaire en souvenir de cet événement : dépôt de gerbe au pied de la plaque commémorative, débats (et chansons), restauration et bal. De nombreux intervenants ont fait le lien avec l’actualité : la liberté de manifester menacée en France et la révolte du peuple algérien pour la liberté.

L’intervention de la représentante de la LDH du 12e,
du représentant de la maire de l’arrondissement,

et les élus de la majorité municipale

(caméra au poing, Daniel Kupferstein)

Le bal du Souvenir et des Libertés
Intervention de la Fédération de Paris de la LDH à la commémoration des événements du 14 juillet 1953, Paris, Place de la Nation, 13 juillet 2019.

Mesdames, messieurs, chers amis, c’est un honneur pour la Ligue des droits de l’Homme de participer à la célébration du 14 juillet 1953, pour la seconde année consécutive, avec le soutien de la Mairie du 12° et de nombreuses organisations algériennes et françaises. Merci à vous toutes et à vous tous.

Il y a ici des historiens. Ils confirmeront, je crois, que l’histoire permet d’éclairer le présent. Alors osons comparer le passé et le présent, même si ce n’est pas simple. En 2019 on ne tire plus à balles réelles sur des manifestants pacifiques en tuant 7 personnes. Mais aujourd’hui, en France, 66 ans après les événements dramatiques que nous commémorons, la liberté de manifester est menacée. Bien des faits nous inquiètent. Prenons deux exemples.

En janvier, au début des manifestations des Gilets Jaunes, on comptait déjà officiellement 350 blessés par LBD40 (les flashballs), dont 159 blessés à la tête soit presque la moitié. Sur ces 350 blessés on comptait 40 journalistes et 10 passants. En mars, le gouvernement annonçait devant le Sénat le chiffre de 13 000 tirs de LBD contre les Gilets Jaunes et 2 200 blessés parmi les manifestants. Au même moment, la Ligue des droits de l’Homme, la CGT, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, l’UNEF et l’Union nationale lycéenne interpellaient le conseil d’Etat en ces termes : « ces armes, provoquant des dommages irréversibles aux manifestants, portent atteinte à la liberté fondamentale de manifester, à la dignité humaine […] au droit à la vie et à la protection de l’intégrité physique ». Il faut savoir que le LBD40 et ses munitions sont classés par la réglementation internationale en armes de catégorie A2 c’est à dire en matériel de guerre. Et qu’on ne vienne pas nous dire que c’est pour répondre aux casseurs. Nous condamnons sans hésitation la violence des casseurs sur des biens publics ou privés. Mais nous sommes inquiets au plus haut point de la violence policière quand elle s’exerce sur des personnes innocentes ou de façon disproportionnée.

Qu’on se comprenne bien. La police doit jouer son rôle de maintien de l’ordre public et de protection des citoyens et des biens. Mais les violences exercées par l’Etat doivent être strictement nécessaires, et proportionnées aux nécessités du maintien de l’ordre ou à l’infraction commise. C’est ce qu’exige la Cour européenne des droits de l’Homme. Or qu’en est-il dans les faits ?

Le deuxième exemple que je voudrais citer est significatif de ce point de vue. C’est ce qui c’est passé lors du rassemblement du groupe Extinction Rebellion le vendredi 28 juin, sur le pont Sully à Paris. La trentaine de manifestants pacifiques assis sur la chaussée ont été abondamment aspergés de gaz lacrymogène à bout portant avant d’être trainés sur le sol sans ménagement. Leur seul tort : avoir bloqué la circulation des voitures sur un pont.

La Ligue des droits de l’Homme et le Syndicat des avocats de France ont créé récemment un Observatoire parisien des libertés publiques, qui était sur les lieux le 28 juin et a conclu à un « recours excessif et disproportionné à la force » par la police. Peut-être avez vous vu les images de ces policiers qui aspergeaient tranquillement de gaz de jeunes manifestants comme s’ils aspergeaient d’insecticide des cancrelats. Et il faut savoir que les bombes lacrymogènes d’une capacité supérieure à 100 ml sont classées par le Code de la sécurité intérieure comme armes de catégorie B, c’est-à-dire dans la même catégorie que les armes à feu de poing, les pistolets et les revolvers.

Peut-être pensez-vous que je noircis le tableau. Mais regardons bien. Aujourd’hui, beaucoup - beaucoup de manifestations, même pacifiques et apaisées, voient l’intervention violente de la police. C’est ce qui s’est passé y compris le 1° mai contre les syndicalistes et leurs dirigeants, en dehors de tout incident.

La Ligue des droits de l’Homme s’interroge sur la stratégie de maintien de l’ordre de l’Etat français depuis quelques années. Elle s’inquiète de l’utilisation quasi systématique de la force, d’une façon excessive et disproportionnée, qui porte atteinte à la liberté de manifester.

Mesdames, messieurs,
Commémorer les événements du 14 juillet 1953 c’est rappeler avec force que la liberté de manifestation est un droit fondamental. Non seulement en France et en Algérie, comme le peuple algérien le fait en ce moment chaque semaine, mais aussi dans le monde entier. C’est le droit de se lever dans la dignité, de dire j’existe, mon pays existe, mon peuple existe.

Et nous avons des droits. Souvenons nous toujours de ces manifestants algériens qui défilèrent ici Place de la Nation en 1953 et de ceux qui tombèrent sous les balles de la police.

Restons actifs et vigilants.

Je vous remercie de votre attention.

Jean-Luc Deryckx, pour la Fédération de Paris de la LDH.

La table ronde et la projection

Nedjib Sidi Moussa et Gilles Manceron, historiens, et Rosa Moussaoui, journaliste à « l’Humanité ».

A gauche au premier rang, Guy Lurot, fils de Roger Lurot, syndicaliste CGT, abattu délibérément par un policier ; il s’interposait au massacre des manifestants algériens pacifiques qui étaient aussi ses syndiqués.

L’intervention de Guy Lurot

Quatorze juillet 1953. J’avais 17 ans. Quatorze juillet 2019. Entre ces deux dates, 66 années ont passé…

Comme le chantait Léo Ferré, avec le temps tout passe, « avec le temps tout s’en va » et on oublie…

Pour moi, rien n’est passé, rien n’est parti et je n’ai pas oublié ce jour de 1953 où les pavés de la place de la Nation furent rougis par le sang de sept morts et de centaines de blessés, Français de France et d’Algérie massacrés par une police parisienne aux ordres de gouvernants qui n’avaient pas compris que l’époque des colonies, c’était fini. Honte et malédiction sur eux.

Ce soir, à nouveau, je tiens à rendre un vibrant hommage à toutes ces victimes de la barbarie aveugle, venues ici pour chanter et dire leur envie de vivre libre.

Je tiens à rendre un hommage particulier à un homme que je connaissais bien, un Ardennais, membre du parti communiste et secrétaire d’un syndicat CGT de la métallurgie, il était, ce jour-là, au pied de la tribune officielle pour sa protection.

Il n’a pas hésité à se mettre devant les forces de l’ordre, leur demandant d’arrêter de tirer… Un policier l’a froidement tué d’une balle au cœur, tirée à bout portant.

Il avait 40 ans… et laissa une veuve et trois enfants, dont une fille de 20 ans et deux fils de 17 et 13 ans.

Il s’appelait Maurice Lurot, c’était mon père. Pour beaucoup, ce fut un héros, pour nous c’était « papa ».

Honoré de Balzac disait : « De toutes les semences données à la terre, c’est le sang des martyrs qui fait lever les plus riches moissons ». Alors, soyons fiers d’être le fruit de ces moissons.

Le moment est venu de laisser la tristesse. Aujourd’hui, et demain, c’est jour de fête. Amusez-vous… dansez !

Guy Lurot.

L’intervention de Nathalie Thehio,
avocate,
représentante de l’Observatoire parisien des libertés publiques

sur la question des violences récentes
de la police française.

L’appel à la solidarité
avec le mouvement démocratique en Algérie

Un représentant de l’Association pour le changement et la démocratie en Algérie (ACDA) a appelé au soutien au mouvement en cours en Algérie et à la signature de l’appel :

Halte à la répression du peuple algérien. Pour le respect des droits de l’homme et les libertés.
publié par Mediapart, Maghreb émergent, l’Humanité, El Watan…
Signatures sur le site de l’ACDA.