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France : Burkini : le sexisme islamiste waterproof

mardi 20 août 2019, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/debattons/tribunes/burkini-le-sexisme-islamiste-waterproof


Burkini : le sexisme islamiste waterproof

Publié le 19/08/2019 à16:40

Naë m Bestandji

Le militant laïc et féministe Naë m Bestandji explique pourquoi il estime que le burkini est un vêtement islamiste et sexiste, contrairement àce qu’affirment l’Alliance citoyenne pour les droits civiques de Grenoble.

Par son obsession sexuelle, le corps des femmes est le champ de bataille politique de l’islamisme. Le voilement en est l’outil, le burqini une de ses déclinaisons.

Le voile a été créé par des hommes pour limiter la liberté des femmes considérées comme tentatrices. La première de ces limites est le vêtement. Le « libre choix » brandi par les islamistes dans leur stratégie de communication est en réalité une décision conforme àce qui est attendu par ceux qui prescrivent le voilement (le Coran ne le prescrit pas). Il a pour objet de stigmatiser, discriminer et ségréguer un groupe humain en raison de son sexe. Le « choix » présenté est le suivant : être pudique ou pas, une femme bien ou pas, une bonne musulmane ou pas, plaire ou déplaire àDieu, le paradis ou l’enfer. Mais il faut séduire autant que culpabiliser pour amener les concernées àfaire ce « libre choix ». Alors en parallèle on le valorise : la femme serait une perle, le voile son écrin. En désignant ce qui est pudique et « modeste » (donc aussi ce qui ne l’est pas) par des critères sexistes d’un autre âge, les prescripteurs du voile dictent aux femmes comment se vêtir. Les islamistes nomment cela « le cheminement spirituel ».

Un projet islamiste

Suite àcet endoctrinement, celles qui refusent de se baigner en maillot de bain comme tout le monde n’ont plus d’autres choix que de s’exclure elles-mêmes des piscines. Mais dans leur rhétorique, nous passons d’une auto discrimination « choisie », en s’affublant du genre vestimentaire le plus sexiste que l’être humain ait inventé, àune discrimination subie. Les coupables ne sont plus les hommes qui leur ont prescrit de cacher leurs corps et leur tête mais la société qui souhaite limiter l’expansion de ce sexisme « religieux » ou tout simplement faire respecter un règlement qui concerne tous les citoyens sans distinction. L’inversion est totale.

Brandir la liberté alors qu’il y a obligation est un classique de la rhétorique d’inversion.

Elles ne réclament pas des horaires séparés. D’autres ont essayé,
sans succès. C’est trop tôt. Pour dissimuler leur radicalité, elles
tentent d’inclure toutes les femmes en noyant leur sexisme religieux
dans la liberté de toutes celles qui auraient des difficultés avec le
rapport àleur corps. Prétendre défendre "la liberté de toutes les
femmes de s’habiller comme elles veulent" est un des éléments de langage
classiques de l’islamisme politique pour détourner voire inverser la
notion de liberté. Se dissimuler sous un voilement parce que née femme
n’est pas une forme de liberté mais une oppression « choisie ». Cette
fameuse servitude volontaire qui en devient militante. La liberté, par
définition, libère, émancipe. Elle n’est pas de différencier et hiérarchiser les êtres humains selon leur sexe.

Lire aussi : Burkini, laïcité et République : où se niche vraiment l’islamisme et comment le définir ? Entretien croisé

Ces actions pro-burqini sont donc uniquement menées par des intégristes musulmanes (et ceux qui les soutiennent), seules àfaire le « libre choix » de se voiler quelles que soient les circonstances. Aucune autre femme ne fait un tel choix. La majorité des musulmanes ne voient aucun problème àse baigner en maillot de bain. Aucun règlement d’aucune piscine ne leur a jamais interdit l’accès, contrairement aux fausses informations diffusées par les islamistes. Aucun homme non plus, y compris ceux qui prescrivent le voile avec tant d’ardeur, ne font ce « libre choix ». Nous sommes bien làdans un carcan qu’elles renomment « liberté » en raison de motivations sexistes.

Les « savants » islamistes ne prescrivent pas le burqini. Par contre, tous prescrivent le voilement. C’est cela qui est adapté àla baignade sous la forme du burqini, un « juste milieu » par la création d’un voile waterproof. Leur liberté est ainsi soumise àl’obligation du port d’un vêtement discriminant. L’une des fanatiques de Grenoble avait très bien exprimé ce « libre choix » : « C’est notre [interprétation de la] religion. On est obligées de rentrer couverte [àla piscine] ». Brandir la liberté alors qu’il y a obligation est un classique de la rhétorique d’inversion.

La création du burqini est l’adaptation pragmatique des prescriptions intégristes au contexte dans lequel ces femmes se trouvent. L’adaptation ne va pas vers un détachement de leur radicalité mais vers le transport de celle-ci dans les piscines.

Elles ne parlent donc pas au nom des droits de toutes les femmes mais d’une idéologie qui les assigne àêtre des objets sexuels tentateurs qui doivent être cachés de la vue des hommes. Làest l’humiliation. Si aucun homme ne prescrivait le voile, aucune femme ne le porterait et le burqini n’existerait pas. Ainsi, le fait que ce vêtement ne soit pas prescrit par les instances islamistes officielles n’est pas la preuve qu’il n’est pas islamiste. Dans l’incapacité psychologique de dépasser leur embrigadement sexiste, la création du burqini est l’adaptation pragmatique des prescriptions intégristes au contexte dans lequel ces femmes se trouvent. L’adaptation ne va pas vers un détachement de leur radicalité mais vers le transport de celle-ci dans les piscines.

Si, par un endoctrinement profond, des fanatiques sont psychologiquement incapables de se baigner dans la même tenue que toutes les autres françaises, si elles considèrent que leur tenue est comparable àla couleur de la peau, c’est-à-dire incrustée dans les gènes, c’est cela dont il faut s’inquiéter et traiter, non pas modifier les règlements applicables àtous. Accuser la société de discrimination envers un vêtement (auto) discriminant est làencore une inversion accusatoire.

Cette rhétorique d’inversion est utilisée par Alliance citoyenne, l’association grenobloise àl’origine de plusieurs actions pro-burqini. Ce n’est pas un hasard. Elle est liée aux Frères musulmans par ses divers partenariats comme la branche estudiantine de la confrérie, EMF, et par ses références comme le CCIF. Elle a ainsi adopté cette rhétorique, en allant même plus loin par l’expression « droits civiques des femmes musulmanes ».

La République et les droits civiques

Demander aux piscines municipales de plier face àl’intransigeance vestimentaire d’une poignée de fanatiques n’a rien àvoir avec les droits civiques. En France, il n’existe pas de droits civiques spécifiques àtelle ou telle communauté ethnique ou religieuse. La République ne reconnaît que des citoyens. L’appel aux droits civiques est importé des États-Unis. Elle vise àjouer sur l’émotion en créant artificiellement un lien entre la conquête des droits civiques des afro-américains contre le racisme et la conquête politico-religieuse des islamistes en France par le sexisme. De plus, prétendre parler au nom des « femmes musulmanes » stigmatise et essentialise toutes les musulmanes. Des bigotes qui ont intégré la diabolisation de leurs corps ne représentent qu’elles-mêmes.

Cette analogie avec les droits civiques américains est une démarche politique qui a pour finalité de fractionner la société française, la diviser en communauté où chacune aurait des droits spécifiques. Personne ne milite pour « les droits civiques » des nudistes dans les piscines, puisque la liberté textile est un des arguments des pro-burqini. Personne ne milite pour « les droits civiques » des partisans de tel ou tel parti politique àse baigner avec un vêtement intégral recouvert de slogans, puisque la liberté idéologique est aussi un de leurs arguments.

Lire aussi : Burkini : la réponse politique se fait attendre

Le rejet d’une demande de privilège n’est pas une discrimination ni une injustice. Puisqu’elles réclament des droits dont elles bénéficient déjà, alors elles en acceptent la réciprocité comme le respect des règles communes. Avoir été exclues n’est pas dà» au fait qu’elles sont musulmanes mais parce qu’elles n’ont pas respecté ces règles applicables àtous. Se victimiser en permanence n’y change rien.

Le danger n’est pas seulement d’accorder un privilège àune minorité islamiste. Il est dans la stratégie des petits pas dans laquelle le burqini s’inscrit. Si cette étape réussit àêtre franchie, des femmes toujours plus nombreuses se laisseront convaincre par le sexisme islamiste quand d’autres subiront des pressions puisqu’elles n’auront plus d’excuses. Nul doute que certaines de ces mamans en burqini iront aussi àla piscine avec leurs fillettes vêtues de la même façon (pour aussi respecter leurs « libre choix » et « droits civiques »). Une fois que ce sexisme sera banalisé, alors la prochaine étape pourra être visée : les horaires séparés, par « respect de leurs droits ».

Le burqini peut sembler anecdotique. Mais sous le verni de son apparente superficialité se cachent bien des enjeux sociétaux dont le statut des femmes est central.

Cette revendication s’inscrit dans l’évolution de certains quartiers populaires marqués par un recul de la mixité. Une mixité aujourd’hui conditionnée, souvent, au voilement des femmes. Au-delàdes polémiques autour du burqini, le cÅ“ur du sujet est le choix de notre modèle de société, le genre de rapport entre femmes et hommes que nous souhaitons adopter et transmettre ànos enfants. L’égalité des sexes ou le différentialisme culturel ? Un apartheid sexuel où les femmes seraient des objets sexuels qui devraient se cacher de l’autre partie de la société, les hommes ? En autorisant le burqini, on valide ce modèle, on le banalise, on l’accepte.

Le rôle de la République est de favoriser l’émancipation de ses citoyens. Elle est toujours grandie lorsqu’elle réussit às’imposer face àdes revendications qui la ramèneraient vers le passé. Le burqini peut sembler anecdotique. Mais sous le verni de son apparente superficialité se cachent bien des enjeux sociétaux dont le statut des femmes est central.

Lire aussi : [Tribune] Burkini : au nom de la République, nous voulons l’égalité et la liberté pour toutes