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Inde : Le projet hindouiste sur le Jammu et Cachemire

vendredi 23 août 2019, par siawi3

Source :https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/08/17/le-dangereux-coup-de-maitre-de-narendra-modi-au-cachemire_5500208_3232.html

Fin du statut d’autonomie : le dangereux « coup de maître » de Narendra Modi au Cachemire

Publié le 17 août 2019 à 06h30, mis à jour à 14h36

par Guillaume DELACROIX

Si le premier ministre indien a réussi à faire adopter la fin du statut d’autonomie dont jouissait l’Etat de Jammu-et-Cachemire grâce à une majorité de circonstance au Parlement, les tensions avec le Pakistan sont vives.

Avec la mise en coupes réglées de la partie du Cachemire sous souveraineté indienne, Narendra Modi vient de démontrer, une fois encore, son talent de stratège politique. En moins de quarante-huit heures, lundi 5 et mardi 6 août, le premier ministre de l’Inde a accompli le premier des trois rêves de la Sangh Parivar, la nébuleuse nationaliste hindoue : faire disparaître l’autonomie (toute relative) dont jouissait depuis 1947 la seule région de l’Union indienne à majorité musulmane.

Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir s’agissant des deux autres rêves, celui de faire appliquer un code civil unique dans tout le sous-continent et celui de construire un temple hindou sur les ruines de la mosquée de Babri, dans la ville d’Ayodhya (Uttar Pradesh). Mais, sur la question du Cachemire, il n’aura fallu qu’une ordonnance présidentielle signée de Ram Nath Kovind pour faire basculer le destin de 13 millions de personnes.

A posteriori, l’accession de celui-ci à la fonction suprême, en juillet 2017, apparaît comme le point de départ d’un processus préparé de longue date, car, si l’effet de surprise a été entier, l’ordonnance de quarante pages a été rédigée avec une extrême minutie. L’arrivée de M. Kovind était un événement en soi, car cet « intouchable » a été choisi par M. Modi pour ses anciennes accointances avec le parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP, droite nationaliste hindoue), dont il est le premier représentant à occuper le palais de Rashtrapati Bhavan, à Delhi.

Sous la tutelle directe de New Delhi

L’ordonnance qu’il a paraphée a vidé de sa substance l’article 370 de la Constitution qui avait été offert par Nehru à Hari Singh, le maharadjah qui dirigeait l’Etat princier de Jammu-et-Cachemire au moment du départ des Anglais, en échange de son allégeance à l’Inde. Elle a également amputé Jammu-et-Cachemire de la province du Ladakh et retiré à ces deux territoires le statut d’Etat fédéré, pour les reléguer au simple rang de « territoires de l’Union », placés sous la tutelle directe de New Delhi.

En juin 2018, un deuxième événement s’est produit qu’il semble difficile de ne pas lire maintenant comme un acte intentionnel : la chute du gouvernement de Jammu-et-Cachemire, après que le BJP eut décidé de quitter la coalition qu’il avait formée deux ans plus tôt avec le Parti démocratique du peuple de Jammu-et-Cachemire (PDP) et sa représentante, Mehbooba Mufti, entraînant la dissolution de l’assemblée législative régionale. Depuis lors, la région fonctionnait sous le régime du president’s rule, une particularité du fédéralisme indien consistant à placer un territoire sous l’autorité directe d’un gouverneur représentant le chef de l’Etat.

Ce dispositif a été appliqué à de multiples reprises dans le pays mais, généralement, il ne dure que six ou douze mois. L’hiver 2018-2019, alors qu’approchaient les élections générales, les habitants de Jammu-et-Cachemire s’attendaient, en toute logique, à ce qu’un scrutin régional soit organisé simultanément pour rétablir leurs institutions. Il n’en a rien été et, début juillet, le president’s rule a été reconduit pour six mois, si bien que, lorsque le président de la République a mis fin à l’autonomie de Jammu-et-Cachemire, début août, celui-ci ne s’est prévalu que du seul assentiment du gouverneur de la région, Satya Pal Malik.

Il reviendra à la Cour suprême de trancher

Théoriquement, l’abolition de l’article 370 aurait dû être soumise à l’assentiment du gouvernement de Jammu-et-Cachemire. Certains considèrent donc que l’opération est illégale. Il reviendra à la Cour suprême de trancher. Aux yeux de M. Modi, la voie était libre pour faire entériner la mise sous tutelle de Jammu-et-Cachemire par le Parlement. C’est le troisième événement de cette séquence qu’il faut bien qualifier d’historique.

Avant de soumettre l’ordonnance présidentielle à la Lok Sabha (la chambre des députés), où le BJP et ses alliés contrôlent depuis le mois de mai près des deux tiers des sièges, le gouvernement l’a d’abord présentée à la Rajya Sabha (la chambre haute), où le parti au pouvoir n’est pas majoritaire. Et là, surprise ! la réforme constitutionnelle a été adoptée par plus des deux tiers des voix, grâce à l’appui de deux formations d’opposition – l’Aam Aadmi Party et le Bahujan Samaj Party – et grâce à l’abstention d’une troisième – l’All India Trinamool Congress –, à quoi s’est ajouté le retournement de veste de nombreux parlementaires, pratique courante en Inde.

Durant son traditionnel discours de la Fête de l’indépendance, le 15 août, Narendra Modi s’est vanté d’avoir réalisé « en moins de soixante-dix jours » ce que personne n’avait réussi à faire en soixante-dix ans

Comme le fait remarquer Jean-Luc Racine, directeur de recherche au CNRS, « Narendra Modi a réalisé un coup de maître en démontrant qu’il pouvait réunir des majorités de circonstance écrasantes ». Le premier ministre a naturellement surfé sur la vague de sa réélection triomphale au printemps. Durant son traditionnel discours de la Fête de l’indépendance, jeudi 15 août, il s’est vanté d’avoir réalisé « en moins de soixante-dix jours » ce que personne n’avait réussi à faire en soixante-dix ans. Il a su aussi utiliser les services de son fidèle Amit Shah, président à poigne du BJP et nouveau ministre de l’intérieur, qui a dirigé les opérations au Parlement.

Il a enfin bénéficié de l’instrumentalisation de la menace islamiste, grâce à quoi l’absorption du Cachemire ne fait plus vraiment débat dans un pays où le sentiment nationaliste dépasse désormais le strict nationalisme hindou. Sauf parmi la population ojet hindouiste sur le musulmane du Cachemire, à qui l’on n’a pas demandé son avis, que l’on a coupée du monde et dont on a mis au frais tous les leaders politiques, le tout sous la surveillance d’un demi-million de soldats, auprès desquels 46 000 paramilitaires ont été envoyés en renfort.

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Source : https://npa2009.org/actualite/international/le-jammu-et-le-cachemire-mis-en-coupe-reglee-du-gouvernement-nationaliste

Asie : le Jammu et Cachemire mis en coupe réglée du gouvernement nationaliste hindou de New Delhi

Mardi 6 août 2019, mise à jour Mardi 6 août 2019, 11:51

par Correspondant

Crédit Photo : Par Central Intelligence Agency, Wikicommons

Le gouvernement nationaliste hindou du Bharatiya Janata Party (BJP) a procédé le 6 août à un véritable coup d’Etat constitutionnel en révoquant l’article 370 de la Constitution qui assurait l’autonomie de l’Etat du Jammu et Cachemire et en présentant un projet de loi qui envisage de couper en deux la région.

Détaché de sa partie orientale, le Ladakh, à majorité bouddhiste, le Jammu et Cachemire restant, dont la vallée de Srinagar à majorité musulmane dans le nord, perdrait son statut d’Etat confédéré pour devenir un « territoire de l’Union », entièrement dépendant de l’administration centrale de New Delhi. Cette annonce a été précédée d’un déploiement massif de troupes dans une région qui est déjà une des plus militarisées du monde, alors que les leaders politiques locaux étaient placés en résidence surveillée, les écoles fermées et toutes les communications, y compris internet et les lignes téléphoniques fixes, bloquées.

Même si dans les faits depuis les années 1990 l’intervention du gouvernement central dans cette région s’était accentuée, l’article 370 garantissait l’autonomie de la région, condition qui avait présidée au ralliement de cette zone frontalière avec le Pakistan à l’Etat indien au moment de l’Indépendance des deux pays. Le territoire reste cependant depuis lors disputé, avec la présence de mouvements séparatistes actifs.

La révocation de l’article 370 fait depuis longtemps partie des objectifs du BJP. Elle intervient au lendemain de la victoire sans appel de ce dernier lors des élections fédérales d’avril-mai dernier, qui a donné un second mandat au premier ministre Narendra Modi. Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, l’accroissement et la violence de la répression au Jammu et Cachemire ont entrainé une détérioration très sensible de la situation dans la province, donnant un nouveau souffle au mouvement de rébellion.

En cherchant à la mettre au pas de manière autoritaire, le BJP poursuit son projet de construction d’une nation hindoue, où les musulmans sont relégués au rang de citoyens de seconde zone. Jusqu’alors les législations empêchaient notamment les personnes non-originaires de la région d’y posséder des terres. Ces dispositions vont pouvoir être modifiées, ouvrant la voie à changement de la composition démographique et une hindouisation de la zone. Le gouvernement promeut aussi sa vision d’une Inde forte, affirmée au travers d’une belligérance marquée à l’égard du Pakistan, attitude qui lui a permis de faire oublier le très mauvais bilan économique de son précédent mandat et a fortement aidé sa réélection.