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Cachemire : « Ce que fait l’Inde est très violent » : des Français racontent comment ils tentent de communiquer avec leurs proches au Cachemire

vendredi 23 août 2019, par siawi3

Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/inde/ce-que-fait-l-inde-est-tres-violent-des-francais-racontent-comment-ils-tentent-de-communiquer-avec-leurs-proches-au-cachemire_3583927.html

« Ce que fait l’Inde est très violent » : des Français racontent comment ils tentent de communiquer avec leurs proches au Cachemire

Un black-out sur les communications et de fortes restrictions de circulation ont été imposés dans cette région par l’Inde le 4 aoà»t, àla veille du décret présidentiel révoquant l’autonomie de la partie du Cachemire qu’elle contrôle.

Photo : Une manifestation contre la décision du gouvernement indien de mettre fin au statut d’autonomie de la région du Jammu-et-Cachemire, àSrinagar (Inde), le 12 aoà»t 2019. (DANISH SIDDIQUI / X90172)

Auriane Guerithault

Mis àjour le 22/08/2019 | 12:25
publié le 22/08/2019 | 12:25

Coupés du monde. Après la décision inattendue de mettre fin àl’autonomie du Jammu-et-Cachemire, un Etat du nord de l’Inde, lundi 5 aoà»t, le gouvernement indien a interrompu toutes les communications dans cette zone. Plus de téléphone ni d’internet, des couvre-feu très stricts : les habitants sont confinés dans leurs maisons et quasi aucune information ne sort de cette région himalayenne, àmajorité musulmane.

Cela fait soixante-dix ans que les nationalistes hindous souhaitent mettre fin au statut spécifique de cette zone divisée entre l’Inde et son voisin ennemi, le Pakistan, depuis 1947. Après la révocation de l’autonomie, New Delhi a déployé 80 000 paramilitaires supplémentaires au Cachemire et pris des mesures d’ampleur pour éviter un soulèvement. Au moins 4 000 personnes ont été arrêtées, ont indiqué des sources gouvernementales le 18 aoà»t. Franceinfo a interrogé des Françaises inquiètes pour leurs proches sur place, avec qui les communications sont extrêmement rares, voire inexistantes.

« C’est plus restrictif que d’habitude »

Charlotte Nagroo avait été prévenue par son mari dès le dimanche 4 aoà»t que les communications allaient être interrompues. « Ils coupent souvent les communications, internet, mais pas les lignes fixes et, surtout, normalement cela ne concerne pas tout le monde et pas tout le temps », explique-t-elle àfranceinfo.

Tous deux travaillent dans l’artisanat local : cachemire et bois sculpté. Parents de deux adolescentes, ils ont choisi de revenir en France et effectuent quelques allers-retours vers Srinagar, la capitale d’été du Jammu-et-Cachemire. Actuellement dans l’Hexagone, Charlotte attendait son mari qui devait rentrer le 15 aoà»t, mais elle n’a eu aucune nouvelle jusqu’àla nuit du samedi 17. Prévenue du retour de la connexion par son neveu, qui se trouve sur place, elle a pu avoir son mari au téléphone.

[(On a pu se parler une minute, on s’est dit qu’on se rappelait et le lendemain ça ne marchait pas. Charlotte Nagroo àfranceinfo)]

Une situation très compliquée, même pour Charlotte, qui a vécu quelques mois au Cachemire et arrive àse figurer un peu la situation : « Les gens sont assignés àrésidence, sous couvre-feu, certains commerces arrivent àouvrir, mais les écoles sont fermées, alors des classes de quartier s’organisent. » Mais « c’est plus restrictif que d’habitude, plus long et plus dur », assure-t-elle.

Trois heures de queue pour un appel téléphonique

Charlotte Kaufmann se trouve elle aussi en France et s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles de son mari. Créatrice textile, elle a rencontré son compagnon àSrinagar. Elle connaît bien la région et y a déjàvécu quelques mois. Mais depuis l’annonce de la fin de l’autonomie, elle vit dans l’attente, accrochée aux quelques informations qui filtrent dans les médias.

Elle a pu parler pour la dernière fois àson mari mardi 13 aoà»t. « Il s’est rendu àune station de police et on a pu se parler une minute. Il a dà» faire la queue pendant trois heures », explique-t-elle. A Srinagar, deux portables satellite sont mis àdisposition de la population dans des postes de police, relate France 24. Un seul appel par personne, et de quelques minutes seulement pour les plus chanceux, est autorisé.

Les deux Charlotte se connaissent et se soutiennent en partageant les miettes d’informations qu’elles peuvent recueillir chacune de leur côté. « On essaye de se communiquer tout ce que l’on peut. J’avais même contacté une chercheuse, Charlotte Thomas, spécialisée sur le mouvement indépendantiste du Cachemire. Je l’ai remerciée pour son intervention sur France Inter car personne ne parle de ce qu’il se passe là-bas », regrette Charlotte Kaufmann.

Les deux femmes sont aussi en lien avec la mère d’une autre Française, Mélanie, qui se trouve sur place avec son mari. La jeune femme habite Srinagar depuis près de trois ans. « C’est mon ex-mari qui a eu des nouvelles, explique la mère de Mélanie, désemparée. Elle va bien. Dans leur quartier, près du lac Dhal, c’est plutôt calme et, visiblement, les départs de Srinagar sont possibles. » L’ambassade de France en Inde ne lui a pas donné plus d’informations, hormis qu’elle interviendrait si « la situation devenait embêtante ».

« L’armée est partout »

Au quotidien, il est courant de voir l’armée patrouiller dans les rues et, pendant les moments de tension, la pression peut monter très vite. Les habitants sont habitués aux « jeteurs de pierres », des jeunes qui lancent des projectiles sur les militaires. En réponse, ces derniers caillassent les maisons pour effrayer la population.

Mais depuis le 5 aoà»t, la situation au Cachemire est encore plus tendue et le manque d’informations ajoute àl’inquiétude des proches. « J’ai peur car c’est très violent ce que fait l’Inde, c’est du jamais-vu. L’armée est partout », confie Charlotte Kaufmann. La mère de Mélanie, elle, s’interroge sur les conditions dans lesquelles les habitants passent leurs appels. « Est-ce qu’ils ont pu dire ce qu’ils voulaient au téléphone, alors que la police se trouvait àcôté ? »

« Je ne crains pas forcément pour la vie de mon mari, poursuit Charlotte Kaufmann, car il sait comment se comporter dans cette situation. Mais j’ai peur pour l’avenir de la région, du peuple. » Les manifestations se tiennent généralement dans le centre de Srinagar, bastion de la contestation contre l’Inde. Mercredi 21 aoà»t, un « terroriste », selon la police indienne, et un policier ont trouvé la mort dans un incident survenu dans le district septentrional de Baramulla. Début aoà»t, un homme s’était noyé dans la vieille ville de Srinagar en tentant d’échapper àla police.