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Allemagne, mère blafarde - le retour ?

Percée de l’extrême droite allemande en Saxe et dans le Brandebourg

vendredi 13 septembre 2019, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/allemagne-de-l-est-l-enracinement-de-l-extreme-droite-parti-pour-durer?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Allemagne de l’Est : l’enracinement de l’extrême droite, parti pour durer

Par Coralie Delaume

Publié le 02/09/2019 à16:57

Trente ans après la chute du mur de Berlin, l’extrême droite poursuit son enracinement dans l’Est de l’Allemagne. Ce dimanche 1er septembre, àl’occasion d’élections régionales dans le Brandebourg et en Saxe, l’Alternative für Deutschland (AfD) recueille environ un quart des suffrages. Décryptage.

Dans le Brandebourg comme en Saxe, l’AfD n’arrive pas en tête, ce qui était son objectif. Mais elle se classe systématiquement deuxième et surtout, son score explose avec respectivement 23,5% et 27,5% des suffrages aux élections régionales dans ces deux Länder d’ex-Allemagne de l’Est ce dimanche 1er septembre. De tels résultats étaient prévisibles et attendus mais posent la question plus vaste de la réunification et de ses effets.

La réunification en toile de fond

A l’Est, cette mémoire reste aussi douloureuse que le processus unificateur fut brutal. L’unification monétaire précoce décidée par Helmut Kohl, par exemple, et l’introduction du Deutschemark en ex-RDA contre l’avis du banquier central de l’époque, Karl-Otto Pöhl (qui finit par démissionner), a représenté un choc violent pour l’économie de la zone, en particulier pour son industrie, dont une partie aurait sans doute pu être sauvée.

Lire aussi : Pourquoi l’Allemagne est entrée en déclin

L’œuvre de la Treuhand, ensuite, cette structure créée pour privatiser àtour de bras (et dont l’action a largement inspiré l’œuvre de la Troïka européenne en Grèce) fut perçue comme un dépeçage en règle. La mise au rancard systématique des élites de l’ancienne République démocratique, enfin, généra un sentiment d’humiliation et d’injustice.

Rien ne fertilise plus sà»rement l’extrême droite que le sentiment d’humiliation, l’orgueil blessé et le sentiment d’être nié dans son identité

Auteur d’un livre au titre provocateur, Le second Anschluss – l’annexion de la RDA (édition Delga, 2015), l’économiste italien Vladimiro Giacchè explique par exemple : « L’élite, non seulement politique mais aussi scientifique et culturelle de l’ex-RDA, a été complètement évincée. Aujourd’hui encore, rares sont les professeurs des universités enseignant àl’Est qui ne proviennent pas de l’Ouest. Dans la magistrature et dans l’armée, la proportion des « Ossies » est quasi nulle. Tous les instituts et les académies de l’Est ont été liquidés en un temps record (...) Ces pratiques ont évidemment contribué àengendrer dans une large frange de la population d’ex-Allemagne de l’Est, la sensation d’avoir été colonisée, et de voir mise en cause sa propre identité.  ».

Or rien, sans doute, ne fertilise plus sà»rement l’extrême droite que le sentiment d’humiliation, l’orgueil blessé et le sentiment d’être nié dans son identité. D’autant qu’àcela, il convient d’ajouter les choix qui ont été faits par Angela Merkel en matière migratoire et qui ont conduit àl’entrée de plus d’un million et demi de personnes en Allemagne en 2015-2016 dans le cadre de la « crise des migrants  ». La chancelière voulait notamment répondre au défi démographique du vieillissement, mais sans s’aviser qu’une population âgée est d’autant moins apte à« digérer  » un gros afflux migratoire. Il convient enfin d’ajouter que le rattrapage économique de l’Allemagne de l’Est est loin d’être achevé. Même s’il est faible dans tout le pays, le chômage est plus élevé àl’Est. Surtout, les salaires plus bas. Une récente étude montre qu’en Saxe et dans le Brandebourg, les salaires sont inférieurs de 20% àla moyenne nationale.

Lire aussi : Au mercato du parlement européen, l’Allemagne rafle encore la mise

L’ensemble de ces ingrédients font qu’Alternative für Deutschland est sans doute appelée àdurer àl’Est de l’Allemagne, malgré les outrances de certains de ses cadres et leur passé trouble (Andreas Kalbitz, la tête de liste du parti dans le Brandebourg, a dà» admettre s’être rendu àun rassemblement néo-nazi en Grèce en 2007). Pour l’heure, l’AfD ne participera toutefois àaucun exécutif local puisque aucun autre parti ne souhaite faire alliance avec lui.

Qui gouvernera les deux Länder ?

Bien qu’elle cède du terrain, la CDU demeure le premier parti de Saxe avec 32% des voix (-7 points), cependant que le SPD réalise une contre-performance spectaculaire (moins de 8%). Alors que la CDU et le SPD gouvernent ensemble àl’échelon national, que des coalitions CDU/Verts existent dans certains Länder, le Land pourrait se doter d’une coalition noir-vert-rouge (ces trois couleurs étant les couleurs respectives de la CDU, des Verts et du SPD).

Dans le Brandebourg, c’est le SPD qui arrive en tête avec 26,2% des voix (mais avec -6 points par rapport à2014). L’actuelle coalition « de gauche  » (SPD et Die Linke) manque de sièges pour maintenir la coalition actuelle et les deux partis de gauche devront s’associer àune troisième formation (probablement Les Verts) pour former une coalition « rouge-vert-noir  ».

Le grand perdant du double scrutin reste le parti de gauche radicale Die Linke (un score divisé pratiquement par deux en Saxe entre 2014 et 2019). Ce parti disputait jusqu’alors àl’AfD le rôle de recours pour les électeurs n’ayant plus confiance dans les deux grands partis de gouvernement. Voilàl’AfD avec le monopole de la contestation àl’Est…

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Source : http://www.lefigaro.fr/international/percee-de-l-extreme-droite-allemande-en-saxe-et-dans-le-brandebourg-20190901

Percée de l’extrême droite allemande en Saxe et dans le Brandebourg

Par Pierre Avril

Mis àjour le 01/09/2019 à23:03 Publié le 01/09/2019 à20:24

L’AfD a réalisé le meilleur score de son histoire dans ces deux Länder d’ex-RDA.

Envoyé spécial àPotsdam

Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a enregistré dimanche les meilleures performances électorales de son histoire sans parvenir néanmoins àremporter les deux régions de la Saxe et du Brandebourg. Celles-ci faisaient hier l’objet d’un scrutin local lourd de conséquences pour l’avenir politique du pays. Selon les premiers sondages de la première chaîne ARD, cette formation - qui surfe sur le fort sentiment anti-immigrés prévalant dans l’est de l’Allemagne - a respectivement obtenu 27,5 % et 22,8 % des voix, soit des scores en progression respective de 18 et 10 points. Son porte-parole, Alexander Gauland, s’est dit « très heureux » tout en regrettant que son parti ne soit « pas devenu la première force » en ex-RDA.

 » LIRE AUSSI - Allemagne : l’AfD perturbée par les tensions entre « durs » et « modérés »

En Saxe, par rapport au dernier scrutin de 2014, la CDU d’Angela Merkel, qui dirige actuellement le gouvernement régional, conserve sa première place tout en accusant un net recul de 7 points. Dans le Brandebourg, son allié social-démocrate SPD au sein de la coalition fédérale, qui tient les manettes du Land depuis 30 ans, remporte également le scrutin, en baisse pour sa part de 4 points.

Aux côtés de l’AfD, les Verts sont le seul parti àaméliorer leur score - d’environ trois points - remportant 9 % et 10 % des voix en Saxe et dans le Brandebourg. Tout en améliorant ses résultats d’une manière spectaculaire, décrochant systématiquement la seconde place, l’Alternative pour l’Allemagne ne sera pas en mesure de cogérer une quelconque des deux régions, dans la mesure où aucun parti dit traditionnel n’accepte de faire alliance avec elle. Ainsi en Saxe, la CDU pourrait répéter le scénario de la grande coalition qui prévaut àBerlin (avec le SPD) ou privilégier une alliance avec les Verts, tandis que dans la Brandebourg, les sociaux-démocrates pourraient entamer des pourparlers avec la gauche radicale et les écologistes.

Photo : Une jeune femme en tenue traditionnelle sorabe, une minorité slave du Brandebourg, quitte, dimanche, un bureau de vote de Burg, dans le Spreewald.

À eux deux, ces Länder ne comptent que 5,8 millions d’électeurs, soit 12 % du corps électoral, mais leur situation géographique dans l’est de l’Allemagne en fait des territoires symboles au moment où l’Allemagne va fêter les trente ans de la chute du Mur. Un troisième scrutin similaire et capital aura lieu en Thuringe le 27 octobre. Sur le plan fédéral, l’affaiblissement électoral est plus marqué du côté de la CDU - la formation d’Angela Merkel - que de l’allié SPD. Le piètre résultat des chrétiens-démocrates n’est pas pour renforcer la posture d’Annette Kramp-Karrenbauer, l’actuelle dauphine de la chancelière, déjàcritiquée dans la presse pour ses nombreuses gaffes. La performance tout aussi chétive des sociaux-démocrates pourrait stimuler, mais en mode mineur, la voix de l’aile gauche du parti, qui prône une cure d’opposition. Mais le séisme a probablement été évité pour les deux.

Une situation dangereuse

« Ã€ part la guerre commerciale et le changement climatique, la percée de l’AfD constitue le principal problème »
Karl Heinze, électeur

Dans la capitale du Brandebourg, àPostdam, le long de la rue Karl-Marx, près du bureau 5401, le score attendu de l’extrême droite faisait l’objet de toutes les craintes. Le nom de cette coquette artère qui serpente entre forêt et rivière, hérité de la période communiste, détonne avec le paysage alentour, truffé de maisons de luxe donnant avec ponton privatif sur le lac Griebnitz.

Bien que les habitants du quartier eussent préféré garder leur vote secret, on devinait que leur suffrage s’était porté vers les Verts, ou les sociaux-démocrates. « Ã€ part la guerre commerciale et le changement climatique, la percée de l’AfD constitue le principal problème », résumait Karl Heinze, venu au bureau de vote àvélo, comme tous ses voisins.

Sur l’avenue qui mène au château, les affiches du parti répétaient ses traditionnels slogans : « Wir sind das Volk »(« nous sommes le peuple »), emprunté aux manifestants prodémocratie d’ex-RDA réclamant la chute du Mur en 1989, ou « L’Est se lève ». Mais le long des grilles du célèbre édifice, le Musée du film avait joué les résistants et déployait une bannière arc-en-ciel : « Pour la démocratie, l’ouverture au monde et la tolérance », soit l’inverse des valeurs prêtées ici àl’AfD. « La situation est très dangereuse : cette extrême droite s’associe avec des gens qui n’ont pas l’air de se rendre compte. Les politiques doivent chercher àcomprendre pourquoi les électeurs sont mécontents alors que, ces dernières années, les choses vont très bien. Il faut résoudre les problèmes plutôt que de les mettre sur le compte des immigrés qui n’ont rien àvoir là-dedans », plaidait Regina Hoffamn, professeur de physique àl’université de Postdam et voisine de la rue Karl-Marx.

Dans cette ville, l’AfD devrait finir àla seconde place avec près de 20 % des voix, soit dix points de plus que lors des élections municipales du printemps dernier. Mais pour les riverains du lac Griebnitz, c’est beaucoup trop.

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