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France : « Il y a trente ans, l’affaire des foulards de Creil fut le début de l’offensive islamiste en France »

mercredi 18 septembre 2019, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/il-y-a-trente-ans-l-affaire-des-foulards-de-creil-fut-le-debut-de-l-offensive-islamiste-en-france-20190911

« Il y a trente ans, l’affaire des foulards de Creil fut le début de l’offensive islamiste en France »

Par Renée Fregosi

Mis à jour le 11/09/2019 à 15:56 Publié le 11/09/2019 à 15:56

« Il y a trente ans, l’affaire des foulards de Creil fut le début de l’offensive islamiste en France »

FIGAROVOX/TRIBUNE - En septembre 1989, l’affaire des « foulards de Creil » ouvrait un vif débat sur la laïcité à l’école et dans l’ensemble de la société française. Pour la philosophe Renée Fregosi, la défense du port du voile musulman est incompatible avec la lutte féministe et le combat pour la laïcité.

Il y a trente ans, en septembre 1989, commençait ce qu’on a appelé « l’affaire des foulards » : trois collégiennes de Creil refusent de retirer leurs voiles au nom du respect de leur religion. Face à la division de l’opinion publique sur la question, les atermoiements des responsables politiques annoncèrent les lâchetés futures face à ce qui se révélera être le début de l’offensive islamiste en France. C’est ainsi que s’est rouvert un débat sur la laïcité que beaucoup considéraient alors comme forclos, dépassé et dérisoire. Lionel Jospin, ministre de l’Éducation nationale à l’époque, adopta une attitude que l’on jugera désinvolte, pusillanime ou coupable, en laissant la décision d’interdire ou d’autoriser le port du voile dans leurs locaux, aux chefs d’établissement. Cela constituait, sciemment ou non, une fin de non-recevoir aux expressions d’inquiétude qui se faisaient jour dans des rangs laïques, au demeurant clairsemés et affaiblis depuis plusieurs décennies de somnolence et l’échec de 1984 sur l’enseignement confessionnel.

L’État doit aujourd’hui résister aux assauts extérieurs d’un islam conquérant.

En 2004, la loi d’interdiction « des signes religieux » à l’école et dans les administrations publiques, si elle mit fin à l’offensive du voile sur les élèves de l’école primaire et secondaire, ne fit qu’entraver davantage le nécessaire débat de fond sur la confrontation de la République et plus largement de la culture occidentale à une nouvelle menace d’emprise sur les consciences et les institutions démocratiques : l’islam prosélyte et militant. Tandis que l’État s’est hier séparé de l’Église catholique pour parfaire sa construction républicaine, il doit aujourd’hui résister aux assauts extérieurs d’un islam conquérant. Si le mouvement historique de sécularisation a procédé d’une évolution complexe au sein de la culture occidentale (gréco-romaine, talmudique et chrétienne), la confrontation avec l’islam ne consiste pas en un débat ou un conflit interne de même type. Et tandis que dans les pays de culture musulmane, l’islamisme travaille à une ré-islamisation (après les tentatives inabouties de sécularisation menées par des régimes nationalistes autoritaires issus des indépendances), il tente de s’imposer en Occident en opérant dans un premier temps une stratégie séparatiste : séparer les musulmans des non musulmans et séparer les sexes dans l’espace public, les lieux de travail et de loisirs.

 » LIRE AUSSI - L’affaire des « foulards de Creil » : la République laïque face au voile islamique

Le voilement des femmes constitue alors le premier mouvement de l’offensive. Car il n’y a aucune différence de nature entre le voile « simple foulard » et des vêtements plus couvrants comme les niqabs, burkas, hidjabs et autres tchadors : la fonction symbolique en est la même, à savoir couvrir les femmes d’un habit de « pudeur » en signe de leur impureté et de leur infériorité par rapport aux hommes. Mais, aussi important soit-il, ce voilement polymorphe et systématique des femmes ne représente cependant que la partie émergée de l’offensive islamiste et fait même diversion pour mieux la faciliter (notamment à travers l’entrisme de personnages se présentant comme « modérés » dans toutes les institutions). Ainsi, le feuilleton estival du burkini a repris cette année dans les piscines françaises, après leur apparition provocatrice initiale sur les plages il y a quelques années. Cela ne pourrait être qu’anecdotique.

La laïcité est consubstantielle à la libération des femmes.

« Mais cela reste marginal ! » peut-on entendre, « votre laïcisme radical est obsessionnel, paranoïaque, voir phobique » (entendez « islamophobe »). Et cet argument présenté comme la preuve d’un prétendu délire laïque : « la laïcité n’a rien à voir avec le corps des femmes ». Or précisément si ! La laïcité est consubstantielle à la libération des femmes et la libre disposition de leur corps relève absolument de l’émancipation individuelle dont l’esprit laïque a posé les fondements. D’ailleurs, les islamistes ne s’y trompent pas, eux : dominer le corps des femmes en le voilant, en l’enfermant, en le séparant de celui des hommes, constitue la pointe et la partie la plus visible de l’offensive intégriste globale sur les individus et les sociétés.

De nos jours en effet, sous la pression des islamistes et avec la bénédiction d’un progressisme dévoyé et d’un néo-féminisme victimaire, les pays occidentaux subissent une vaste régression en matière de mœurs qui converge avec le frein mis à la timide libération sexuelle qui avait débuté également dans les pays dits « musulmans ». Régression antimoderne qui souvent se pare (c’est le cas de le dire !) des oripeaux du libéralisme. Dans sa tactique systématique de retournement des concepts, d’inversion des rôles entre victimes et agresseurs, et de renversement de la charge de la preuve, l’islamisme va en effet jusqu’à produire un nouvel oxymore : « le féminisme islamique ». Le voilement des femmes y est présenté comme le signe de leur « liberté de se vêtir ». L’offensive islamiste constitue donc la preuve a contrario de l’intimité entre laïcité et liberté des femmes, comme l’illustrent les polémiques actuelles sur le burkini, mais déjà les débats précédents sur la burqa et depuis ses débuts, la question du port du voile dit islamique.

Le mouvement de révolte contre le voile des femmes est emblématique du combat laïque contre le totalitarisme islamiste.

Que les tenants d’une laïcité « ouverte » considèrent que l’égalité hommes / femmes n’a « rien à voir » avec le combat laïque ne change rien à l’affaire. Leur prétendue laïcité, qui n’est en fait qu’une protection de la liberté religieuse, consiste en réalité à tolérer des pratiques discriminantes (et stigmatisantes) à l’égard des femmes. Mais qu’elles subissent « une servitude volontaire » ou qu’elles y soient contraintes par la force et la menace, le voilement des femmes est bien le symbole de cette abdication de l’autonomie des femmes. Et par-delà leur discrimination en signe d’impureté, de soumission à l’homme ou par « pudeur », c’est la notion même d’individu libre qui est rejetée. Refuser cette injonction religieuse relève donc à la fois du combat féministe et du combat laïque plus global, c’est-à-dire du combat pour l’émancipation et la liberté de tous les individus.

Ainsi, lorsqu’à la suite d’une initiative ponctuelle de femmes égyptiennes en 2015, la campagne contre le port du voile lancée par la journaliste iranienne en exil Masih Alinejad fait tache d’huile à partir du début 2018, c’est tout le système théocratique de l’Iran qui est remis en cause. Des femmes dévoilent leurs cheveux et font circuler leurs photos sur les réseaux sociaux, tandis que par dérision, leurs compagnons se photographient en portant un voile, puis d’autres femmes dans les rues de villes iraniennes, brandissent tête nue un foulard blanc au bout d’un bâton. Ce mouvement de révolte contre le voile des femmes fut emblématique du combat laïque contre la dictature des mollahs iraniens et du totalitarisme islamiste en général.

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Renée Fregosi est philosophe et politologue. Elle a récemment publié Français encore un effort… pour rester laïques ! (Ed. L’Harmattan, 2019).