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France : « L’aveuglement sur l’immigration est l’une des raisons de l’échec historique de la gauche »

mercredi 18 septembre 2019, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/laurent-bouvet-l-aveuglement-sur-l-immigration-est-l-une-des-raisons-de-l-echec-historique-de-la-gauche-20190917

Laurent Bouvet : « L’aveuglement sur l’immigration est l’une des raisons de l’échec historique de la gauche »

Laurent Bouvet est politologue, essayiste et universitaire.

Par Paul Sugy

Mis à jour le 17/09/2019 à 20h53 | Publié le 17/09/2019 à 20h53

INTERVIEW - Le professeur de science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, auteur notamment de L’Insécurité culturelle (Fayard, 2015) et de La nouvelle question laïque(Flammarion, 2019) se livre au Figaro.

LE FIGARO.- Emmanuel Macron a appelé lundi soir sa majorité à « regarder en face » le sujet de l’immigration. Faut-il comprendre par là qu’il reconnaît des insuffisances dans la politique migratoire qu’il a conduite jusqu’ici ?

Laurent BOUVET. - C’est en tout cas un tournant majeur. C’est la première fois qu’un président de la République tient un discours réaliste, au sens propre du terme, sur le sujet. C’est-à-dire un discours qui se détache de l’alternative dans laquelle nous sommes enfermés depuis des décennies : l’immigration serait soit une chance pour la France, soit une menace pour le pays, une invasion, un « grand remplacement »… Il me semble que pour la première fois, à ce niveau, l’immigration est considérée comme un fait social et géopolitique qui doit être traité politiquement, c’est-à-dire en prenant en compte, ensemble, les données objectives et les enjeux de société. Concernant les premières, quelle que soit la référence que l’on considère, l’immigration a très fortement augmenté ces vingt dernières années en France. Quant aux seconds, les effets conjugués de la crise sociale, de l’évolution mondiale - et européenne depuis 2015 - et de la montée en puissance de courants nationaux-populistes nous obligent à reconsidérer en profondeur nos positions sur la question migratoire.

 » LIRE AUSSI - Guillaume Tabard : « Pourquoi Macron fait le choix de provoquer sa propre majorité »

Le président a fait le procès de la gauche en général, lui reprochant son aveuglement sur ce sujet primordial pour de nombreux Français. Pourquoi ce ton nouveau maintenant ?

Il y a du vrai dans ce reproche adressé à la gauche. Mais il y a aussi, de la part du chef de l’État, de la tactique politique. Le reproche d’une forme d’aveuglement de la gauche sur ce sujet important pour nos concitoyens, comme sur l’ensemble des enjeux concernant l’identité collective, est tout à fait justifié. Un indicateur simple permet de le comprendre : les voix, politiques ou intellectuelles, qui au sein de la gauche tentent depuis des années d’alerter sur ces questions ont systématiquement été dénoncées au sein de leur propre camp comme « faisant le jeu du Front national ». C’est devenu l’anathème ultime qui disqualifie tel ou tel dès lors que son analyse ou son opinion n’est pas conforme à la doxa sur l’immigration largement véhiculée dans les médias dits de gauche, chez une grande partie des chercheurs en sciences sociales ou dans les différentes organisations partisanes, syndicales et associatives de ce camp. Ce qui a paralysé toute réflexion à gauche sur l’enjeu migratoire comme sur l’identité collective ou le commun français. C’est là une des raisons fondamentales de l’échec historique de la gauche française ces dernières années. Ne négligeons pas pour autant l’aspect tactique du propos présidentiel, qui entend aussi consolider un électorat qui l’a rejoint depuis 2017, venu de la droite, et pour lequel la question de l’immigration constitue de longue date un enjeu essentiel.

Le chef de l’État évoque une notion qui vous est chère, « l’insécurité culturelle »…

Emmanuel Macron avait déjà mentionné l’insécurité culturelle pendant la campagne présidentielle. Il connaît bien les analyses autour de ce terme et en mesure l’intérêt politique dès lors qu’il s’agit de dépasser les seules réponses économiques et sociales aux préoccupations de nos concitoyens. Mais la question qui reste posée aujourd’hui, une fois que l’on a pris en compte les propos du chef de l’État, est de savoir si l’on peut répondre aux interrogations et inquiétudes résumées sous le terme d’« insécurité culturelle » uniquement à partir d’une inflexion de la politique migratoire. Je pense évidemment que c’est insuffisant, il est indispensable de mener une politique globale de réponse à l’insécurité culturelle, qui, outre l’enjeu migratoire, implique une réflexion sur ce que j’appelle le « commun français », c’est-à-dire sur ce qui constitue à la fois historiquement et aujourd’hui notre identité collective, en termes à la fois matériels et symboliques, à partir, par exemple, de la manière dont on conçoit la nation dans le cadre européen, ou encore sur la façon dont on veut faire vivre notre culture laïque spécifique face à des mouvements religieux qui ne sont pas favorables à ses principes. Or, sur ces sujets, on attend encore une expression claire et engagée du président de la République. Il appartient à sa fonction d’incarnation de donner un sens politique, aujourd’hui, à ce qui fait de nous des Français. C’est, à mes yeux, la seule manière de relier à nouveau les îles de « l’archipel français » bien décrit par Jérôme Fourquet pour faire pièce au national-populisme qui déchire le continent. Et affronter avec efficacité les défis considérables qui se présentent à nous.

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